Marc Bérubé a contracté une maladie pulmonaire après avoir été affecté à la décontamination des moisissures dans la salle des machines du NM F.-A.-Gauthier.

Le F.-A.-Gauthier a «détruit sa vie»

MATANE — Deux ans après avoir été affecté à la décontamination des moisissures sur le NM F.-A.-Gauthier, un employé de la Société des traversiers du Québec (STQ) a reçu un diagnostic qui, selon lui, a détruit sa vie. Marc Bérubé a développé une maladie pulmonaire dégénérative. Si la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité au travail (CNESST) reconnaît la maladie professionnelle de l’homme de 51 ans de Matane, son employeur conteste le verdict.

«J’étais en pleine santé et maintenant, le moindre petit effort me donne de la misère, soutient M. Bérubé. Je n’ai plus de souffle. Ça va raccourcir ma durée de vie. Ça m’a rendu malade.»

C’est en mai 2018 que les premiers symptômes sont apparus. «J’avais la gorge enflée et j’avais de la misère à respirer», relate M. Bérubé. Il s’est rendu à l’hôpital, après quoi il a été placé en arrêt de travail. Puis, lorsqu’il a recommencé à laver les moisissures dans la salle des machines du navire, les symptômes sont réapparus. Alors, la STQ l’a affecté à la peinture du plafond de la timonerie. Dès que le travailleur s’est retrouvé à proximité des bouches de chauffage, il dit avoir senti ses voies respiratoires enfler. «Ça a été fini à partir de ce moment-là», laisse-t-il tomber. Par conséquent, Marc Bérubé est en arrêt de travail payé depuis un an.

«C’est terminé, ma carrière de marin, se désole-t-il. Ça me rend triste parce que j’aimais ça. […] Il ne me restait qu’un an pour passer ma 4e classe, pour avoir un meilleur avenir. Je ne pourrai plus jamais travailler sur les bateaux. Ils viennent de scraper ma vie!» M. Bérubé souhaite que la STQ le réaffecte à d’autres tâches. «Je trouve le temps long à la maison, dit-il. Je suis un gars travaillant. Je veux travailler!»

Indemnité de 2300 $

La CNESST lui a offert une indemnité de 2300 $. Même s’il considère ce montant ridicule, il ne recevra rien tant et aussi longtemps que le litige entre la CNESST et la STQ ne sera pas réglé.

L’homme qui a œuvré pendant 10 ans au chantier naval de Verreault Navigation des Méchins n’avait jamais vu autant de moisissures sur un navire. «On décontaminait et ça ressortait à mesure, raconte Marc Bérubé. C’était impossible de prendre le contrôle de ça.» D’ailleurs, le travailleur déplore que la STQ n’ait fait décontaminer que les murs et non les espaces clos et les autres compartiments. «Il y en avait plein partout, surtout dans la ventilation qui n’a pas été nettoyée après avoir été désinfectée. C’est un manque parce que les champignons, ça fait des spores et ça entre partout.»

Selon M. Bérubé, le F.-A.-Gauthier, livré il y a quatre ans pour assurer la liaison entre Matane et la Côte-Nord, présente un vice de construction des veines dans les espaces clos qui, plutôt d’aller dans les plafonds et les murs, devraient sortir dehors. Aussi, il est persuadé que le vaisseau a été peinturé après avoir été envoyé dans l’eau, ce qui expliquerait le problème d’humidité.

La STQ refuse d’expliquer les raisons de sa contestation. «C’est de l’information personnelle, justifie le porte-parole. On ne commentera pas le dossier confidentiel de cet employé.» En revanche, Alexandre Lavoie admet que les problèmes de moisissures, «c’est quelque chose qu’on connaît depuis quelques années déjà». Il indique que comme il y a enquête de la vérificatrice générale et tant et aussi longtemps que son rapport ne sera pas déposé, la Société des traversiers s’abstiendra d’accorder des entrevues sur le sujet.