Darline Thibault-St-Jean accompagnée de son père, Daniel.
Darline Thibault-St-Jean accompagnée de son père, Daniel.

Le deuil du père, un jour de fête

Comment vit-on la fête des Pères lorsque l’on est en deuil de l’être fêté? Darline Thibault-St-Jean, dont le père est décédé en 2018 et Line Maisonneuve, qui vit un deuil récent en raison de la COVID-19, ont accepté de livrer leur témoignage au Soleil.

La dernière fois que Darline Thibault-St-Jean a vu son père Daniel, c’était en 2018, le jour de la fête des Pères. Cette journée-là, elle l’a invité à venir souper à la maison. Sur la table, de bons sushis l’attendaient. «Il était tellement heureux de venir, se remémore Mme Thibault-St-Jean. Ce fut une très belle soirée. La fête des Pères restera toujours pour moi le dernier moment où j’aurai vu mon papa.»

Deux mois plus tard, Daniel Thibault, pilote pour Aries Aviation International, une entreprise de services en aviation basée en Alberta, s’est envolé pour une mission de reconnaissance près de Calgary. Mais le Piper PA-31 de Daniel n’arrivera pas comme prévu à l’aéroport Springbank, au nord-ouest de la ville albertaine. La structure de l’appareil est retrouvée sur le mont Rae. Les deux occupants sont décédés. Daniel Thibault avait 59 ans.

«Comme dans un film, deux policiers sont venus cogner à ma porte à 4h du matin le 2 août pour m’informer de ce qui était arrivé, raconte sa fille. Mon père est décédé sur le coup. Je suis celle qui a dû aviser la famille.» Une enquête du bureau de la sécurité des transports du Canada déterminera un an plus tard que le pilote aurait perdu le contrôle de son avion à cause d’un manque d’oxygène dû à l’altitude.

«Je pense beaucoup à lui, mais encore plus à la période de la fête des Pères», explique Mme Thibault-St-Jean. Une période riche en dates significatives pour elle. Darline Thibault-St-Jean a donné naissance à une petite fille, le 31 mai 2019. Six jours plus tard, le 5 juin, c’est la date d’anniversaire de son père. Enfin, il y a la fête des Pères à la mi-juin. «C’est une période où il y a un mix d’un paquet de choses, soupire-t-elle. Je me dis “mon Dieu que c’est injuste”, mais je le sens aussi près de moi.»

Vivre l’absence

La première fête des Pères après qu’il s’en soit allé a été une épreuve douloureuse. «L’année dernière, c’était un gros tourbillon d’émotions, témoigne Darline Thibault-St-Jean. J’avais beaucoup d’appréhension. C’était une peine profonde.» Assise avec sa fille d’un an dans les bras, elle ne pouvait s’empêcher de penser que son père ne la verrait jamais. «C’était une journée lourde de tristesse», confie-t-elle.

Cette année, Darline dit approcher cette date avec plus de sérénité. La fête des Pères 2020 sera vécue pour elle comme un hommage. «Les émotions sont plus positives cette fois, explique-t-elle. Après un certain temps, le deuil se transforme. Je pense beaucoup à lui. Je me dis : est-ce que je me rappelle encore sa voix? Est-ce que je me rappelle encore son visage? Et de me confirmer que je m’en souviens, ça me fait du bien. Je vais penser à lui avec une paix intérieure et un sourire.»

Il y a un an, le flambeau de père a été transmis. «Avec la naissance de ma fille, c’est mon conjoint qui est devenu père, indique Darline. Je lui ai pris un petit cadeau cette année.»

Avant d’être pilote, Daniel Thibault était chansonnier pendant plusieurs années. Père et fille avaient une connexion musicale entre eux. Aujourd’hui, lorsqu’elle écoute la radio, seule en voiture, Darline retrouve ce lien avec son père. «C’est sûr que je vais me prendre un moment dans ma journée de dimanche qui lui sera dédié, pour être en symbiose avec lui, dit-elle. Après, je vais redevenir une maman et fêter mon chum qui est papa.»


« Les émotions sont plus positives cette fois, explique-t-elle. Après un certain temps, le deuil se transforme. Je pense beaucoup à lui. Je me dis : est-ce que je me rappelle encore sa voix? Est-ce que je me rappelle encore son visage? Et de me confirmer que je m’en souviens, ça me fait du bien. Je vais penser à lui avec une paix intérieure et un sourire. »
Darline Thibault-St-Jean

La première fête des Pères

Line Maisonneuve a toujours étroitement associé la fête des Pères à son propre papa. Raymond, son père, est né quelques jours avant la traditionnelle date. La famille a naturellement toujours fêté cet anniversaire le jour de la fête des Pères. Cette année, les Maisonneuve ne célébreront malheureusement pas cette double fête. Raymond Maisonneuve a été emporté par la COVID-19 le 10 mai dernier, à l’âge de 84 ans.

Habitant une résidence pour personnes autonomes, le père de Line Maisonneuve a contracté le virus et a développé une pneumonie. «Nous n’avons même pas pu l’accompagner à l’hôpital, raconte Line Maisonneuve. La dernière fois que je l’ai vu, c’est à travers un Zoom qu’une infirmière avait réussi à nous organiser.» 

Les funérailles ont eu lieu dans une chapelle avec une restriction de douze personnes présentes au maximum. La cérémonie a été retransmise par webdiffusion pour le reste de la famille. «C’est un deuil dans un contexte qui est très particulier, témoigne Line Maisonneuve. C’est difficile et pas le bon moment pour perdre quelqu’un.»

Le jour de la fête des Pères, date ayant une signification si particulière, cela fera six semaines que Raymond Maisonneuve n’est plus. «Il y a beaucoup de tristesse dans tout ça, confie Line Maisonneuve. C’est difficile d’en parler. Ce sera la première fête sans lui.» D’ordinaire une journée de rassemblement familial, la fête de cette année sera différente. «On ne fera rien cette journée-ci», poursuit-elle.

Profiter de chaque instant

«C’est cliché, mais tabarnouche, faut vraiment profiter», s’exclame Darline Thibault-St-Jean. Six mois avant l’accident d’avion, elle a pu partir en voyage en famille, avec sa sœur et son père. Une aventure qu’ils n’avaient pas eu l’occasion de réaliser depuis de nombreuses années. «Dans les moments de deuil, on devient parfois un peu ésotérique, élabore Darline. En rétrospective, c’est comme si ce voyage devait se faire, qu’il fallait qu’on le vive.»

Un appel, un passage rapide par la maison paternelle, ou un message, chaque attention compte et est précieuse. «En vieillissant, les personnes qu’on aime partent toutes les unes après les autres, dit Line Maisonneuve. Il faut saisir chaque moment avant qu’il ne soit trop tard.»

Pour Darline Thibault-St-Jean, la fête des Pères doit se vivre au quotidien, en profitant de chaque instant. «J’en reprendrais beaucoup des fêtes des Pères avec mon papa», confie-t-elle, l’émotion audible dans la voix.