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Le jour de l’accident, Sylvain Beaulieu était exposé au danger d’être heurté compte tenu de la planification déficiente des travaux d’installation des glissières en béton sur l’autoroute 20. 
Le jour de l’accident, Sylvain Beaulieu était exposé au danger d’être heurté compte tenu de la planification déficiente des travaux d’installation des glissières en béton sur l’autoroute 20. 

Le décès du signaleur Sylvain Beaulieu aurait pu être évité selon la CNESST [VIDÉO]

Nancy Massicotte
Nancy Massicotte
Le Nouvelliste
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Le décès de Sylvain Beaulieu, un monteur de chantiers pour Signalétik qui avait été happé mortellement par une voiture le 21 septembre 2020 à Sainte-Eulalie, est attribuable à une planification déficiente des travaux d’installation des glissières en béton.

C’est du moins ce qui ressort de l’enquête de la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité au travail (CNESST). Deux causes ont effet été retenues pour expliquer cet accident de travail.

D’une part, on écrit dans le rapport que M. Beaulieu a été heurté mortellement alors qu’il se trouvait momentanément dans la trajectoire de l’automobiliste qui a emprunté la voie ouverte à la circulation de l’autoroute en direction est. D’autre part, la planification des travaux d’installation des glissières en béton pour chantiers en contexte autoroutier était déficiente et exposait le travailleur à un danger de heurt.

Le jour de l’accident, M. Beaulieu se trouvait sur un chantier de l’autoroute 20 et s’affairait à l’installation des glissières en béton dans le but de fermer la voie de circulation de gauche de l’autoroute en direction est.

Le travailleur se déplaçait à pied à l’intérieur de l’aire de travail délimitée temporairement par des repères visuels afin d’aider l’opérateur du chariot élévateur à aligner les glissières. Alors que l’opérateur du chariot élévateur se déplaçait pour soulever une glissière, M. Beaulieu, qui se situait alors à proximité d’un repère visuel positionné à la limite de la voie de droite ouverte à la circulation, a été heurté par une automobile. Les secours ont été appelés sur les lieux et M. Beaulieu a été transporté au centre hospitalier, où son décès a été constaté.

À la suite de l’accident, la CNESST a interdit l’installation des glissières en béton pour chantiers et a exigé de l’employeur, Signalétik inc., et du maître d’œuvre, C.F.G. Construction inc., qu’ils fournissent une méthode de travail sécuritaire. L’employeur et le maître d’œuvre se sont conformés à ces exigences en fournissant une méthode de travail écrite accompagnée de plans de signalisation signés et scellés par un ingénieur. Ces plans incluaient la fermeture de la bretelle d’accès adjacente, la mise en place d’un espace tampon éloignant les travailleurs de la circulation et une déviation de la circulation dans l’accotement.

Cet accident et le rapport qui en découle viennent en quelque sorte corroborer les lacunes observées par l’Association regroupant les installateurs et les signaleurs du Québec (ARISQ) en lien avec la sécurité des travailleurs. On sait que depuis 2008, une vingtaine de signaleurs ont laissé leur vie sur des chantiers routiers.

Le plus récent accident est celui qui avait causé la mort de Pascal Cauchon le 8 avril dernier sur l’autoroute 20, à la hauteur de Saint-Cyrille-de-Wendover.

L’ARISQ demande avec insistance au gouvernement de mettre en place des mesures visant à accroître la sécurité de ses travailleurs. Ce vendredi, un cortège d’envergure se tiendra pour rendre hommage à M. Cauchon et s’arrêtera entre autres devant l’Assemblée nationale.

Yves Picard de l’ARISQ insiste sur l’importance d’offrir une formation théorique et pratique aux travailleurs comme cela se faisait auparavant et non pas seulement une courte formation en ligne de deux ou quatre heures. «Nous demandons aussi une plus grande sensibilisation face à notre travail de la part des usagers de la route, des chantiers mieux sécurisés, une plus grande visibilité, ce qui inclut une meilleure présignalisation. Nous suggérons par exemple l’installation de photo radars. Nous croyons qu’une vie vaut plus qu’un photo radar à 20 000 $. Le gouvernement est capable d’en installer sur les chantiers. On sait très bien que ça contribue à faire ralentir les automobilistes», a-t-il mentionné.

Notons aussi qu’une manifestation semblable, organisée par l’ARISQ, avait eu lieu à Shawinigan, en octobre dernier, lors du décès de M. Beaulieu.

La CNESST rappelle dans son rapport sur le décès de M. Beaulieu que des solutions existent pour éviter qu’un travailleur ou un usager de la route soit impliqué dans un accident lors de la mobilisation des glissières en béton pour chantiers par exemple.

La CNESST recommande de préconiser l’utilisation d’équipements de manutention qui limitent le nombre de travailleurs près des voies ouvertes à la circulation (comme une grue montée sur camion avec accessoires de manutention), d’adopter des méthodes de travail sécuritaires qui prévoient le positionnement adéquat des travailleurs et la manutention sécuritaire de la glissière. On suggère également de prévoir des entraves à la circulation qui tiennent compte de l’aire de travail devant être occupée par les équipements de manutention durant toutes les étapes de manipulation des glissières et qui augmentent la sécurité des travailleurs sur le réseau autoroutier (comme des fermetures et chemins de détour, un espace tampon latéral, une déviation).

La CNESST recommandera au ministère des Transports du Québec de s’assurer que les devis spéciaux en maintien de la circulation et signalisation des travaux privilégient des entraves qui tiennent compte des conclusions de cette enquête lors des changements de phase impliquant la mobilisation de glissières en béton pour chantiers afin d’assurer la sécurité des travailleurs.