Le directeur musical de l'Orchestre symphonique de Londres, Simon Rattle.

Le Brexit, fausse note pour les tournées des orchestres britanniques

PARIS — C'est peut-être le plus européen des orchestres du Royaume-Uni mais avec le Brexit, l'Orchestre symphonique de Londres pourrait voir ses tournées continentales se réduire comme peau de chagrin, regrette son directeur musical vedette, Simon Rattle.

Pour le plus célèbre des chefs d'orchestre britanniques, la sortie de l'UE ne signifiera pas seulement un désagrément administratif personnel vu qu'il partage son temps entre Berlin, où il vit avec sa famille, et Londres.

«Les difficultés d'ordre pratique vont être immenses sans aucun doute, parce qu'il n'y a jamais eu de planification du Brexit... à chaque fois que l'on demande "Qu'en sera-t-il du transport des instruments dans un camion de pays en pays", la réponse est "Pardon? Nous n'avons aucune idée"», affirme M. Rattle, 65 ans.

L'Orchestre symphonique de Londres (London Symphony orchestra, LSO), aujourd'hui parmi les plus réputés au monde, a été le premier orchestre britannique à faire une tournée en Europe, plus précisément à Paris, en 1906.

En 2019, près de 70% de ses concerts en dehors du Royaume-Uni ont été joués en Europe et, sur les 26 nationalités de ses musiciens, 18 sont Européens. Le LSO compte également parmi ses chefs d'orchestre invités le Français François-Xavier Roth.

L'orchestre et son chef seront parmi les vedettes de l'édition 2020 du Festival d'art lyrique d'Aix-en-Provence, où ils se produiront entre autres lors d'une parade sur le cours Mirabeau.

«Les musiciens étaient en larmes»

«Vendredi (25 janvier), nous avons joué à Francfort. Samedi on était à la Philharmonie de Paris. Si tous les instruments doivent être inspectés entre chaque pays, ça prendra en moyenne 15 heures, ce qui veut dire que notre programmation de tournées va être complètement différente», ajoute encore M. Rattle.

Le chef d'orchestre, qui s'est fait un nom à 25 ans lorsqu'il a propulsé l'Orchestre symphonique de Birmingham à un niveau international, est depuis 2017 aux commandes du LSO, basé au Barbican Center au nord de Londres.

«J'étais avec l'orchestre le jour du vote sur le Brexit en 2016», se souvient le chef reconnaissable à ses cheveux bouclés blancs.

«On était incapable de commencer la répétition... Les musiciens étaient en larmes...»

Le chef d'orchestre, qui a été parmi les signataires d'une lettre anti-Brexit adressée en 2018 par des représentants de l'industrie de la musique à l'ex-première ministre Theresa May, raconte comment ils ont dû par exemple accélérer la procédure de naturalisation d'un violoniste français.

Seule note positive: «Nos partenaires européens nous disent "Maintenant on veut faire plus avec vous et pas moins". Mais est-ce que ça sera facile? Absolument pas.»

M. Rattle a été pendant 16 ans directeur musical du prestigieux Orchestre philharmonique de Berlin où il avait comme prédécesseurs les légendaires Claudio Abbado et Herbert von Karajan. Il est marié à la mezzo-soprano tchèque Magdalena Kozena avec qui il a trois enfants.

L'Europe est une source d'inspiration pour lui: depuis plusieurs années il défend la création d'une Philharmonie de Londres, à l'image de la Philharmonie de Paris, qu'il qualifie de «miracle».

Son projet est approuvé par les autorités britanniques, mais n'a pas manqué de faire grincer ses dents en raison de son coût (250 millions de livres sterling) et des interrogations quant à l'utilité d'une nouvelle salle à Londres.

M. Rattle, qui avait marqué les esprits en dirigeant le LSO sur la bande originale du film Les Chariots de feu à la cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques d'été de Londres en 2012 avec l'aide d'un certain M. Bean, a insisté: 

«À Londres, il n'y a pas de bonne salle pour la musique d'orchestre», dit-il. Pour le moment, le projet est au ralenti en raison de problèmes liés à l'emplacement.

«Il faut trouver une bonne raison pour acheter un billet Eurostar et venir entendre l'excellence de nos orchestres!», souligne-t-il.