La place Desjardins peut accueillir 5000 personnes, mais le Festif! limite le nombre de places à 4800, pour que ceux qui s'y trouvent conserve un certain confort.

Le 10e Festif!: le festival qui vous veut du bien

BAIE-SAINT-PAUL — «Il y a des spectacles dans les festivals où les gens viennent pour jaser. Mais vous, vous êtes vraiment là pour la musique, ça paraît!» lançait Tire le Coyote au début de son spectacle gratuit sur le quai de Baie-Saint-Paul, en mettant le doigt sur l’un des ingrédients de la recette gagnante du Festif!

Il y a toujours quelques grappes en arrière qui discutent, bière à la main, mais, règle générale, on sent effectivement que les spectateurs du Festif! sont là pour vivre une expérience musicale. Ils aiment le festival, applaudissent ses bons coups et soulignent les améliorations possibles — en sachant très bien que l’équipe est constamment en train de tester et de s’ajuster.

On aperçoit souvent Clément Turgeon, le fondateur et directeur général du Festif!, à l’arrière des foules, qui observe et sourit de voir comment ce qu’il a créé procure de la joie à ses frères humains. «On a toujours de nouveaux concepts, ça aide à maintenir l’intérêt et à permettre au festival de continuer de se développer sans se dénaturer», souligne-t-il.

Aménager des espaces

La plus grosse scène, logée dans l’ancienne cour d’école derrière le musée, peut accueillir jusqu’à 4800 spectateurs cette année, alors que Clément Turgeon parlait plutôt de 4600 l’an dernier. «On a revu l’aménagement. En défaisant le gros carré de sable qu’il y avait là, on a pu reculer nos tentes. Si on remplissait à pleine capacité, on pourrait accueillir 5000 personnes, mais on arrête à 4800, par choix, pour que ce soit confortable.»

Des zones d’ombre, avec des bancs intégrés, offrent un répit aux festivaliers dans des espaces de stationnement sur la rue Saint-Jean-Baptiste. Un ajout qui s’imposait, puisque le Festif! rime presque toujours avec canicule. En 10 ans, le directeur ne se souvient que d’une seule journée de pluie, où les précipitations avaient cessé à 17h. «On a parfois des plans B à l’intérieur, mais il y a peu d’espaces à Baie-Saint-Paul qui peuvent accueillir beaucoup de monde, alors disons qu’on est chanceux que la météo soit de notre côté», note-t-il.

Plus propre

L’usage de verres à bière et à vin réutilisables à l’effigie du Festif! réduit considérablement la quantité de déchets produits par le festival. Le principe est simple : on laisse une consigne de 2$ qu’on récupère en ramenant son verre vide. On peut aussi le conserver comme souvenir pour usage ultérieur.

«Il a des sites où on n’a même pas besoin de mettre de poubelle parce qu’on est zéro déchet», note Clément Turgeon. «On a une équipe qui fait le tri. Le compost, le recyclage, tout est pesé et envoyé aux bonnes places.»

Autre idée assez intéressante : des bornes pour déposer les mégots sont placées à plusieurs d’endroits à proximité des sites de spectacles, ce qui évite de transformer les rues et sites en tapis d’immondices. À Gogol Bordello, le couple devant nous transportait un petit pot spécialement pour mettre ses mégots et pouvoir aller s’en débarrasser proprement à la fin du spectacle.

À boire et à manger

Au Festif!, on boit de la bière de la Microbrasserie de Charlevoix et des vins de la région et on mange des produits locaux préparés par le Mouton Noir, les Faux Bergers et la Famille Migneron Charlevoix. Une demi-douzaine de chefs de Québec (en renfort puisque les chefs de Charlevoix sont trop occupés l’été) cuisinent aussi avec des produits locaux pour les pop up bouffe. On a dégusté un kebab au céleri-rave en regardant l’arc-en-ciel pendant l’averse de vendredi et les chefs distribuaient des chips en peau de poisson pendant le spectacle de Jérôme 50 sur la rivière.

«Flusher les grosses brasseries et les hot-dog Lafleur, au début, on se disait que ça ne marcherait pas, se souvient Clément Turgeon. Ça demande des investissements. À nos bars, on a besoin du triple des bénévoles pour pouvoir servir de la bière en fût plutôt que des canettes ou des bouteilles. Il a fallu que Microbrasserie Charlevoix s’actualise juste pour nous autres. Il faut vouloir.»

They Call Me Rico, au bar clandestin, dans un ancien bar de la rue Saint-Jean-Baptiste

Bar clandestin

En mettant la main sur une des cartes distribuées par un faux curé autour de midi, 75 personnes avaient accès au nouveau bar clandestin du Festif! vendredi soir. Au sous-sol de l’Auberge de la Grande maison, sur Saint-Jean-Baptiste, ceux-ci pouvaient écouter They Call Me Rico, l’homme-orchestre Frédéric Pellerin, qui groovait la place avec son blues énergique. Ils pouvaient surtout boire gratuitement sur le bras de la Microbrasserie Charlevoix, en se faisant servir à travers des barreaux. Il faisait plutôt chaud dans l’espace exigu (les ventilateurs ont par malchance lâché peu avant minuit), mais l’équipe du Festif! travaillait à rendre l’endroit plus frais pour la seconde soirée, avec un autre artiste invité, samedi.

Pourquoi une «autre» option de fin de soirée, alors que les possibilités sont déjà nombreuses? «Ça nous permet d’habiter d’autres lieux et d’offrir quelque chose de nouveau à ceux qui n’ont pas de billets de spectacle. Il y a aussi un inside local, puisque le local a déjà accueilli un bar. C’est un clin d’oeil pour les gens de la place», note Clément Turgeon.

Pour nos dernières heures au Festif!, on veille tard avec Choses sauvages et Lydia Képinski au sous-sol de l’église, avant d’attraper le bus de 2h du matin pour une prestation de l’artiste électro Ryan Playground et de voir le soleil se lever avec Philippe B.