L’oeuvre controversé de Jeff Koons

L’artiste plasticien Jeff Koons de nouveau condamné pour contrefaçon

PARIS - Vedette controversée de l’art contemporain, le plasticien américain Jeff Koons a de nouveau été condamné jeudi pour «contrefaçon» par la justice française, cette fois-ci pour avoir copié le cochon de la marque d’une marque française de prêt-à-porter féminin, Naf-Naf, dans une oeuvre exposée à Paris en 2014.

Le tribunal de grande instance de Paris a condamné Jeff Koons, mais aussi la société dont il est le gérant et le Centre Georges Pompidou - qui a exposé lors d’une rétrospective la sculpture en porcelaine du plasticien - à verser solidairement 135.000 euros (environ 200 000 $CAN) de dommages et intérêts au publicitaire Franck Davidovici, concepteur du visuel «Fait d’hiver» pour Naf-Naf en 1985.

La société Jeff Koons LLC a également été condamnée à payer 11.000 euros à M. Davidovici pour avoir reproduit la sculpture sur le site internet de l’artiste. L’éditeur Flammarion a quant à lui été condamné à verser 2.000 euros de dommages et intérêts pour avoir commercialisé un livre reproduisant l’oeuvre.

«Le jugement est très clair et cinglant: Jeff Koons ne peut pas se prévaloir d’une quelconque liberté d’expression artistique», s’est réjoui l’avocat du publicitaire, Jean Aittouares.

«Les juges n’ont pas été dupes, c’est satisfaisant. Ce qui est plus décevant, c’est qu’ils ne vont pas jusqu’à tirer la conséquence ultime, la confiscation de l’oeuvre», a ajouté Me Aittouares.

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Le publicitaire Franck Davidovici accusait l’artiste américain Jeff Koons de contrefaçon, pour une oeuvre qui présente de nombreuses similitudes avec une publicité de 1985 pour les vêtements Naf-Naf (photo), mettant en scène un cochon venant au secours d’une femme dans la neige.

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La confiscation de la sculpture, que Koons avait aussi titrée «Fait d’hiver», n’a en effet pas été ordonnée par le tribunal, comme le réclamait M. Davidovici.

Le plasticien s’était défendu de toute contrefaçon expliquant avoir créé «une oeuvre nouvelle et indépendante». Le message de Jeff Koons n’était plus de «vendre des vêtements» mais celui de la «banalité comme sauveur», avait soutenu son avocat à l’audience.

Cette nouvelle condamnation s’ajoute à une liste déjà longue pour Koons, l’un des artistes les plus côtés au monde, mais également controversé, et qui a souvent défendu une démarche «d’appropriation» dans son travail.

Le même tribunal parisien avait jugé en mars 2017 que son oeuvre «Naked» (Nus) était la contrefaçon du cliché d’un photographe français montrant deux enfants nus, et l’avait condamné à verser des dommages et intérêts aux ayants droit de l’auteur de la photographie.

«Naked» et la sculpture «Fait d’hiver» font partie de la série «Banality», dont d’autres pièces ont valu à Jeff Koons des poursuites pour plagiat.

«Différences minimes»

La sculpture «Fait d’hiver» avait été présentée une première fois en 1988 dans une galerie new-yorkaise, puis vendue à la Fondation Prada environ trois millions d’euros en 2007 chez Christie’s à New York.

C’est au moment d’une rétrospective de Koons fin 2014 au Centre Pompidou à Paris que Franck Davidovici découvre l’oeuvre et les nombreuses similitudes avec son modèle.

Le publicitaire avait alors assigné l’artiste américain et sa société, ainsi que le musée parisien, Flammarion et le propriétaire de l’oeuvre, auxquels il demandait près de 300.000 euros en réparation du préjudice subi.

Le tribunal a reconnu que Franck Davidovici, directeur de création indépendant, était bien l’auteur du visuel «Fait d’hiver», une oeuvre «originale» confrontant de façon inhabituelle une jeune femme évanouie ou alanguie dans la neige, avec penchée sur elle un petit cochon portant à son cou un tonnelet de chien Saint-Bernard.

Bien que Jeff Koons ait ajouté dans sa composition des pingouins, des fleurs autour du cou du cochon et des lunettes sur le front de la jeune femme, désormais vêtue d’un haut en résille et non plus d’une doudoune, des «différences minimes» pour le tribunal, «la mise en scène très reconnaissable» de l’oeuvre ‘’première’’ «est la même», a estimé le tribunal.

Jeff Koons n’ayant pas demandé l’accord de Franck Davidovici pour adapter son visuel, «la contrefaçon est donc constituée», pointent les juges.

L’avocat de Jeff Koons n’était pas joignable dans l’immédiat.

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L’artiste américain Jeff Koons à Hong Kong, en mars dernier