Samedi dernier, le NM Apollo a heurté le quai de Matane, près de trois semaines après être entré en collision avec le quai de Godbout

La STQ met l’Apollo au rancart [VIDÉO]

MATANE — Au lendemain des inquiétudes et des doutes qu’a émis le Bureau de la sécurité des transports (BST) sur la sécurité et la navigabilité du NM Apollo, la Société des traversiers du Québec (STQ) a procédé au retrait définitif du navire de 49 ans qui assure la liaison entre Matane et la Côte-Nord, en remplacement du NM F.-A.-Gauthier.

C’est ce qu’a annoncé le président-directeur général par intérim de la STQ après avoir obtenu l’aval du ministre des Transports, François Bonnardel. «J’ai pris cette décision en raison du risque élevé de bris potentiel sur un navire d’un tel âge, de l’ampleur des travaux qui seraient nécessaires afin de remettre le navire en état et de l’ampleur des coûts associés, a expliqué Stéphane Lafaut. Je n’attendrai pas les rapports d’enquête pour agir. Il m’apparaît évident que l’Apollo n’est plus la solution permettant à la STQ d’avoir une offre de services satisfaisante.»

Depuis son acquisition, le 29 janvier, l’Apollo a coûté environ 3,5 millions $. Depuis cette date, en soustrayant toutes les journées où le navire n’a pas été en mesure de naviguer, l’Apollo n’aura été en service qu’une quinzaine de jours au total. «Comme plusieurs, je suis déçu de la tournure des événements, a admis le dirigeant de la STQ. Il s’agissait d’un achat de bonne foi dans un contexte d’urgence et c’était aussi le seul navire disponible.»

Aucune inspection

Même si aucune inspection n’avait été réalisée par la STQ au moment de l’achat, Stéphane Lafaut rappelle que l’Apollo était déjà en opération et avait toutes les certifications requises de Transports Canada. Aucun recours n’est envisageable à l’endroit de l’ancien propriétaire, la Labrador Marine. «Dans l’industrie maritime, lorsque vous achetez un navire usagé, il n’y a pas de garantie», précise le pdg par intérim. La société d’État est toujours en pourparlers afin d’acquérir un navire de relève. «Nous sommes dans le dernier droit», assure M. Lafaut.

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PAS D'EXCUSES DU MINISTRE DES TRANSPORTS

Le ministre des Transports n’a pas d’excuses à présenter aux usagers de la traverse Matane–Baie-Comeau–Godbout. «Les seuls qui devraient s’excuser, c’est le Parti libéral qui n’a pas été assez prévoyant en n’ayant pas préparé un plan de relève», estime François Bonnardel. 

Quoi qu’il en soit, il avoue ne pas être «fier de toute cette saga». «Ce n’est pas facile, laisse-t-il tomber. Je mesure combien c’est un transport important pour les usagers. C’est leur autoroute à eux!»  Johanne Founier

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«LA DÉCISION QUI DEVAIT ÊTRE PRISE», DIT LE MAIRE DE BAIE-COMEAU

«C’est la décision qui devait être prise. Depuis l’incident du quai de Matane, il y avait plusieurs citoyens qui ne voulaient plus prendre ce bateau», déclare le maire de Baie-Comeau, Yves Montigny. Il exige de la Société des traversiers du Québec (STQ) qu’elle fasse une priorité de trouver dans les plus brefs délais un navire de réserve pour la saison estivale.

Le maire en profite pour demander de nouveau au gouvernement «des investissements sur la Côte-Nord pour compenser les pertes. Québec doit comprendre que l’économie locale a été gravement impactée par les problèmes de traversier». Il réclame des annonces dès le dépôt du budget provincial de jeudi.

«Quel fiasco, cette histoire! Ça n’a pas de bon sens», déclare Martin Ouellet, député de René-Lévesque. «Les citoyens se retrouvent encore le cul à l’eau. Y a-t-il moyen d’au moins faire démarrer plus tôt la traverse Saint-Siméon-Rivière-du-Loup?» s’interroge-t-il.

M. Ouellet affirme aussi que le gouvernement devra dédommager les intervenants du monde touristique frappés de plein fouet par cette saga. «Je pense, entre autres, aux hôteliers qui essaient de vendre leurs forfaits quand il n’y a aucune certitude avec la traverse», lâche-t-il.  Steeve Paradis