La propriété de la famille Krieg, à Sutton, passe entre les mains de Conservation de la nature Canada et d’Au Diable Vert.
La propriété de la famille Krieg, à Sutton, passe entre les mains de Conservation de la nature Canada et d’Au Diable Vert.

La Réserve naturelle des Montagnes-Vertes s’agrandira

Une centaine d’hectares sur le flanc sud des monts Sutton, dans le secteur de Glen Sutton, est maintenant protégée à perpétuité. La terre appartenant à la famille Krieg vient de s’ajouter aux propriétés de Conservation de la nature Canada (CNC) dans les montagnes Vertes. Elle fera éventuellement partie de la Réserve naturelle des Montagnes-Vertes.

Le vaste terrain boisé, qui compte une portion agricole, de la famille de August et Linda Krieg a été divisé en deux. Une partie a été achetée par la station de montagne Au Diable Vert puisqu’elle contient des bâtiments, ce que ne peut posséder CNC, explique Cynthia Patry, biologiste pour l’organisme de protection. L’entreprise y cultive du foin pour nourrir les vaches Highlands qu’elle possède, mais demeure un partenaire de CNC pour la protection des lieux. Un réseau de sentiers a ainsi été consolidé.

Située dans les montagnes Vertes, la nouvelle propriété de CNC fait partie d’un corridor écologique qui permettra, lorsqu’il sera complété, aux animaux de se déplacer à perpétuité entre une zone protégée près de la frontière avec le Vermont et les massifs du mont Sutton.

«Ce déplacement est d’autant plus important quand on pense aux changements climatiques, souligne Mme Patry. Les changements climatiques vont faire varier les conditions météorologiques. Les populations qu’on retrouve plus au sud vont être modifiées. Les animaux, pour rechercher les mêmes conditions, vont devoir migrer vers le nord. Si la connectivité est coupée, si on ne protège pas les grands corridors comme les montagnes vertes, on risque de perdre certaines espèces qui ne pourront pas s’adapter en migrant vers le nord.»

Espèces à protéger

Les espèces qui ont besoin de grands territoires pour vivre, comme l’orignal, l’ours, le pékan et le lynx roux, qu’on retrouve dans la région, pourraient souffrir de la perte de la connectivité entre le nord des États-Unis et le sud du Québec. Le lynx roux a, par exemple, besoin d’un territoire de 60 km carrés. À titre de comparaison, la Réserve naturelle des Montagnes-Vertes s’étend sur 73 km carrés.

«Ce sont de grands massifs forestiers  nécessaires pour trouver de la nourriture, des partenaires, des abris, poursuit Mme Patry. On s’intéresse aux espèces à grands domaines vitaux parce que c’est probablement ces espèces-là qu’on va perdre en premier si la connectivité est coupée, si la forêt se fragmente à cause de routes ou de développements résidentiels. C’est une des raisons qui ont justifié le travail qu’on a fait avec la famille Krieg.»

Il reste environ 2,5 km de forêts à protéger entre les deux secteurs pour compléter le corridor à cet endroit.

«Heureusement, on est dans une situation où il n’y a pas eu un lotissement à outrance, glisse Mme Patry. Il y a quelques grands propriétaires. On continue notre travail de sensibilisation avec ces gens-là. C’est important de garder connectés les grands massifs forestiers. C’est réaliste de penser qu’on va pouvoir connecter le nord et le sud.»

Cette forêt abrite aussi le pioui de l’est, un oiseau désigné préoccupant selon la Loi canadienne sur les espèces en péril, ainsi que la salamandre pourpre, désignée vulnérable en vertu de la Loi québécoise sur les espèces menacées.

Les volontés de la famille

Les enfants d’August et de Linda Krieg ont grandi dans la forêt aujourd’hui léguée à CNC. Ils savaient que leur mère, toujours en vie, souhaitait de tout cœur que leur propriété ne soit jamais lotie ni construite. Ses vœux, partagés par son époux, seront exaucés.

Les enfants ont fait une vente à rabais, faisant don d’une partie de la terre d’une valeur de 250 000 $. Le reste de la facture a été payé grâce à des contributions financières de Québec, d’Ottawa, de la fondation Sweet Water Trust et de CGI.

La propriété a une valeur de 770 000 $, mais le projet est de l’ordre de 970 000 $. La somme payée est cependant moindre.

C’est via l’entreprise touristique Au Diable Vert que la famille a communiqué avec CNC. «Ça a été mission accomplie», se réjouit Pierre Guillemette, mari de l’aînée de la famille et exécuteur testamentaire de M. Krieg.

La famille, propriétaire depuis 70 ans, s’est dite heureuse du dénouement. Le nom d’August et de Linda Krieg sera par ailleurs associé à cette portion de la Réserve naturelle des Montagnes-Vertes, lorsque l’accréditation sera octroyée par Québec.

La parcourir à pied

La propriété ne sera pas qu’observable de l’extérieur. Il est possible d’en marcher une partie via les sentiers opérés par Au Diable Vert et par une portion toujours ouverte des Sentiers de l’Estrie. «La famille Krieg a accepté de partager la propriété avec le public, avec les Sentiers de l’Estrie», explique Cynthia Patry. 

Par contre, comme le sentier de l’organisme sherbrookois existe grâce à des ententes pour les droits de passage, il est tributaire de la bonne volonté des propriétaires terriens.

«Un des voisins a cessé de donner accès, ce qui fait que ça bloque le sentier pour aller au sommet, qui est très joli, mentionne la biologiste. Par contre, les gens qui passent par Au Diable Vert, il y a des sentiers au nord où c’est possible d’accéder au sommet.»