Rémy Crête, 29 ans, a plaidé coupable à l’accusation d’avoir, par négligence criminelle, causé des lésions à son ami Alex Bouchard-Mathurin et sa copine Émy Perron, âgée de 17 ans à l’époque.

La prison pour le mixologue amateur qui a enflammé ses amis

Il faut responsabiliser les jeunes adultes face à leur consommation d’alcool, a rappelé le juge Steve Magnan en imposant une peine de neuf mois à Rémy Crête, coupable d’avoir enflammé deux amis lors d’une fête aux cocktails flambés.

Crête, 29 ans, a plaidé coupable à l’accusation d’avoir, par négligence criminelle, causé des lésions à son ami Alex Bouchard-Mathurin et sa copine Émy Perron, âgée de 17 ans à l’époque.

Le 29 mai 2017, Rémy et Alex se rendent dans un bar de Grande-Allée pour observer comment les mixologues préparent des cocktails avant d’y mettre le feu.

Ils se munissent ensuite des ingrédients nécessaires et vont faire leurs propres cocktails flambés chez Rémy, dans Limoilou.

Les deux jeunes hommes et Émy consomment beaucoup d’alcool dans la soirée. 

Rémy Crête va verser de la vodka une première fois sur la tête de son ami Alex. Ce dernier se fâche et se rend à la salle de bain pour s’essuyer.

Quelques minutes plus tard, Crête arrive avec une bouteille d’alcool à 94% et asperge Alex, assis sur le divan. En se relevant, Alex entend un bruit de briquet près de son oreille. Il s’enflamme aussitôt. Émy se précipite sur son ami pour éteindre le feu. Elle va aussi s’embraser puis, s’évanouir.

Les deux jeunes ont subi d’importantes brûlures au 2e et au 3e degré au visage, à la poitrine, aux épaules et ont dû avoir plusieurs greffes de peau.

Alex et Émy ont aussi été plongés dans l’anxiété et la colère. Ils ont tous les deux décroché de leur parcours scolaire après les événements.

L’accusé Rémy Crête, jeune homme sans antécédent judiciaire, a vécu très difficilement avec les conséquences de ses actes. En proie à des idées suicidaires, il a dû séjourner dans un centre de crise. Il dit avoir complètement cessé de boire de l’alcool.

Pas un geste volontaire

Le juge Steve Magnan ne voit pas de motif d’écarter la version de l’accusé, voulant qu’il n’a jamais enflammé délibérément son ami. Crête a plutôt tenté de s’allumer une cigarette sans penser aux risques liés aux vapeurs d’alcool.

Son avocat, Me Pierre Néron, demandait une absolution conditionnelle pour son client, qui souhaite travailler de nouveau comme préposé aux bénéficiaires. 

Le juge Steve Magnan de la Cour du Québec a refusé cette demande. Le juge a voulu insister sur l’objectif de dissuasion générale et de dénonciation afin de conscientiser les jeunes adultes aux conséquences de s’enivrer et de commettre des gestes irréfléchis. « L’ivresse lève les inhibitions et conduit souvent à la commission d’infractions graves aux lourdes conséquences. C’est le cas en espèce », écrit le juge Magnan.

Le juge a donc imposé une peine de neuf mois de détention à Rémy Crête, soit trois mois de moins que ce que le procureur de la Couronne Me Matthieu Rochette réclamait. Crête sera aussi en probation durant trois ans.

En sortant de la salle d’audience, Émy était heureuse que Rémy Crête subisse enfin, lui aussi, les conséquences de cette beuverie qui a viré au drame. Elle recevait bien les commentaires du juge, sur les risques liés à l’intoxication. « Il faut avoir une tête sur les épaules quand même, si tu veux boire », lance la jeune femme.