Les mesures de protection de la baleine noire ont causé des cauchemars aux pêcheurs de la Gaspésie d'avril à juin. Ce fut notamment le cas des homardiers.

La nomination du ministre Wilkinson inquiète les pêcheurs en Gaspésie

CARLETON – Le remplacement de Dominic LeBlanc par Jonathan Wilkinson, un ministre de la Colombie-Britannique, à la tête de Pêches et Océans Canada, sème l’inquiétude en Gaspésie, même si la crise provoquée par la façon dont M. LeBlanc a géré la protection de la baleine noire y a été vivement critiquée.

O’Neil Cloutier, directeur du Regroupement des pêcheurs professionnels du sud de la Gaspésie, craint que la provenance du ministre Wilkinson pose le même problème que par le passé, à savoir qu’un ministre venant d’une province de l’Ouest canadien fasse peu de cas des pêches en atlantique.

«Chaque fois qu’un ministre des Pêches vient de la Colombie-Britannique ou de l’Ouest, je vois la menace de privatisation de l’accès à la pêche revenir. Le ministre Anderson (David, au début des années 2000) avait permis que des compagnies achètent des permis de pêche le long de la côte du Pacifique, avec le résultat qu’un industriel possède 67% de tous les accès à la pêche», précise M. Cloutier.

Ce principe de protection du pêcheur indépendant, qui signifie que la capture est divisée en une multitude de permis individuels, par opposition à un contrôle par les usines de transformation, s’est retrouvé régulièrement au cœur des revendications des pêcheurs de l’Atlantique depuis des décennies.

«Si l’accès à la pêche est concentré dans un petit nombre de personnes, ce sont les communautés côtières qui vont perdre (…) Le mandat du ministre LeBlanc a été difficile à cause du dossier de la baleine noire, où il s’est fait passer un sapin par ses fonctionnaires, mais il avait défendu le principe du pêcheur indépendant», ajoute M. Cloutier.

La multiplication des secteurs de fermeture de capture, en raison de la présence potentielle ou réelle de baleines noires, a causé des cauchemars aux crabiers et homardiers de la Gaspésie et du Nouveau-Brunswick d’avril à juin. Les pertes de captures ne sont pas encore évaluées, mais elles se chiffrent assurément en dizaines de millions de dollars.

Le député indépendant de Gaspé à l’Assemblée nationale, Gaétan Lelièvre, se dit prêt à «laisser la chance» au ministre Wilkinson, mais il partage les mêmes craintes qu’O’Neil Cloutier. Il se demande aussi si M. Wilkinson tentera de réparer le «fiasco» de la baleine noire.

«La Loi canadienne concernant la protection des espèces sauvages en péril au Canada précise « que la connaissance et les intérêts — notamment socioéconomiques — des collectivités devraient être pris en compte lors de l’élaboration et de la mise en œuvre des mesures » visant la protection d’espèces menacées. Pêches et Océans Canada doit aussi donner la priorité à la viabilité économique et à la consultation des pêcheurs et transformateurs, selon la même loi. Or, le ministre LeBlanc n’a consulté personne avant d’imposer une protection de la baleine noire», déplore M. Lelièvre.

MM. Cloutier et Lelièvre veulent protéger ce mammifère marin, mais en fonction de mesures adaptées à la réalité. Ils craignent que le passé environnemental de Jonathan Wilkinson, jusqu’à mercredi secrétaire parlementaire de la ministre de l’Environnement et du Changement climatique, mène à un durcissement du ton avec les pêcheurs.