Véronique Bohbot, neuroscientifique à l’Institut Douglas et professeure au département de psychiatrie de l’Université McGill, a d’abord indiqué qu’il y avait des corrélations entre l’utilisation des «noyaux caudés», qui font que certains comportements deviennent des automatismes, et la grosseur de l’hippocampe, une partie du cerveau utilisée lorsqu’on pose des gestes de façon réfléchie.

La nature addictive des jeux vidéo et des réseaux sociaux

Les jeux vidéo et les réseaux sociaux peuvent-ils vraiment vous rendre «accro»? Une table ronde tenue samedi, au Musée de la Civilisation, à l’occasion de la Semaine numériQC a permis de répondre en partie à cette question et même de proposer quelques solutions au «problème» puisque oui, il y a vraiment une dimension addictive à ces réalités des années 2000.

Véronique Bohbot, neuroscientifique à l’Institut Douglas et professeure au département de psychiatrie de l’Université McGill, a d’abord indiqué qu’il y avait des corrélations entre l’utilisation des «noyaux caudés», qui font que certains comportements deviennent des automatismes, et la grosseur de l’hippocampe, une partie du cerveau utilisée lorsqu’on pose des gestes de façon réfléchie. «Dans les jeux vidéo "First person shooter", il a été démontré qu’on notait une diminution de l’hippocampe chez ceux qui utilisent les "noyaux caudés", par exemple certains systèmes de récompense dans les jeux vidéo. On ne peut pas prétendre que ça cause des maladies cependant. Pour ça, il faudrait faire des études plus approfondies», indique-t-elle. 

Maude Bonenfant, professeure au département de communication sociale et publique de l’Université du Québec à Montréal (UQAM), associe pour sa part à la mécanique des casinos certains systèmes de récompense des jeux vidéo qui ont tendance à les rendre très addictifs pour leurs adeptes. «Par exemple, quand les récompenses sont remises à des moments aléatoires, le joueur a plus tendance à rester, à continuer à jouer», signale-t-elle.

Quant à Cynthia Dulude, maquilleuse et «Youtubeuse» qui compte plus de 600 000 abonnés, elle a expérimenté personnellement le caractère addictif des réseaux sociaux. «Même si je gagne ma vie sur les réseaux sociaux, j’ai eu tout un choc en me rendant compte que je passais trois heures par jour sur Instagram. C’est facile de devenir "accro" sans s’en rendre compte. Et comme la majorité de mes abonnés sont en France, je peux recevoir des messages à longueur de journée. Quand je fais de la lecture par exemple, il faut que je place mon téléphone cellulaire ailleurs pour ne pas être tentée de jeter un coup d’oeil dessus», explique-t-elle.

Mme Dulude a aussi constaté la pression pour les jeunes à être «populaires» sur les médias sociaux. «Plusieurs me demandent des conseils pour être plus populaires sur les réseaux sociaux alors que ça ne devrait pas être le cas. Ça m’affecte de voir que pour certains, un "like" est plus important qu’un contact humain!» 

De gauche à droite: Véronique Bohbot, Cynthia Dulude et Maude Bonenfant

Solutions

Pour Maude Bonenfant, l’une des solutions serait de sensibiliser les entreprises à la situation, voire même de légiférer afin de protéger les jeunes. «Au Québec, on a déjà légiféré pour interdire la publicité destinée aux enfants, alors pourquoi ne pas légiférer concernant les jeux pour les enfants? On pourrait y interdire les mécaniques de casino et la publicité de même que la collecte de données», suggère-t-elle.

Véronique Bohbot insiste pour sa part sur l’importance de prendre conscience que le fait que notre cerveau «veuille la récompense» puisse amener des utilisations plus longues que prévu des jeux vidéo et des réseaux sociaux. «Et quand on arrête, des symptômes de sevrage peuvent aussi apparaître, comme le fait d’être irritable», indique-t-elle en soulignant en terminant que certains pays, comme la Chine, vont plus loin dans la réglementation au sujet du caractère addictif des jeux vidéo et des réseaux sociaux.

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Samedi, plusieurs enfants ont pu expérimenter, jouer et réfléchir sur notre existence numérique au Musée de la civilisation.