Un tiers des pères indiquent avoir essuyé des reproches concernant le temps qu’ils accordent à leurs enfants et leur façon jugée trop brusque de jouer avec eux.

La moitié des papas ont déjà été critiqués pour leurs choix

MONTRÉAL — Près de la moitié des pères qui ont répondu à une récente enquête américaine rapportent avoir été critiqués pour la façon dont ils s’occupent de leurs enfants, qu’il s’agisse de leur façon de les nourrir, de les discipliner ou même de jouer avec eux.

Le sondage a été réalisé par des chercheurs de l’Université du Michigan auprès de 713 papas américains d’enfants âgés de 0 à 13 ans.

La majorité des pères affirment avoir réagi positivement à ces critiques : 49 % ont dit avoir modifié leur comportement et 40 % ont cherché à se renseigner.

Le coup a été plus dur à encaisser pour d’autres : 25 % rapportent que leur confiance a été minée et 20 % disent que cela les a découragés de s’impliquer plus dans l’éducation de leurs enfants. Quarante-trois pour cent des participants ont estimé que les critiques qui leur étaient adressées étaient injustes.

«Pour être critiqués, c’est parce qu’on est présent, a tempéré Tamarha Pierce, qui est professeure de psychologie sociale à l’Université Laval. C’est déjà quelque chose. Il faut voir ça comme un progrès vers une pleine participation des pères dans les soins des enfants; c’est parce qu’ils sont engagés qu’ils sont la cible de critiques.»

La discipline arrive en tête de liste des sujets de reproches, les deux tiers des papas disant avoir été critiqués à ce sujet. L’alimentation (40 %) se classe en deuxième place, tandis qu’un tiers des pères indiquent avoir essuyé des reproches concernant le temps qu’ils accordent à leurs enfants et leur façon jugée trop brusque de jouer avec eux.

«D’être surprotecteur, d’élever un enfant dans la ouate, ce n’est pas nécessairement bon pour cet enfant-là, a prévenu Mme Pierce. Plusieurs recherches soulignent à quel point cet apport de jeu physique [...] est bon pour développer la confiance des enfants à affronter des défis. [...] De se mesurer à un adversaire dans un jeu pour arriver éventuellement à gagner, ça développe l’estime de soi.»

Le sommeil (24 %), l’apparence (23 %) et la sécurité (19 %) sont d’autres pommes de discorde.

«Être parent, c’est être maman»

Le père et la mère ont des rôles complémentaires à jouer auprès de l’enfant, poursuit Mme Pierce, et chacun est en mesure de contribuer à quelque chose de précieux.

Les critiques dirigées à l’endroit du papa découlent en partie des comparaisons inévitables qui sont faites avec la maman.

«C’est clair qu’il y a une partie de la nature ou de la forme que la critique prend auprès des hommes qui vient du fait qu’on a eu tendance par le passé [...] à les juger selon un critère de "être parent, c’est être maman", a-t-elle dit. Donc, dans la mesure où ils faisaient différemment, c’était déjà perçu comme n’étant pas correct. Ça mine beaucoup l’apport particulier des pères, justement d’amener une façon différente. C’est très bon pour les enfants de voir ces apports différents.»

Elle mentionne notamment la contribution du père au développement du langage, à la réussite scolaire et au développement moteur et cognitif des enfants.

Les critiques dont écopaient les participants à l’étude américaine provenaient de l’autre parent dans 44 % des cas, mais aussi des grands-parents (24 %) et même des amis du papa (9 %).

«Ce que les pères apportent est très important en complément aux mères, a dit Mme Pierce. Il y a autant de bonnes mères qu’il y a de bons pères, et il y a autant de mauvaises mères qu’il y a de mauvais pères.»

Neuf pères américains sur dix considèrent qu’ils s’occupent correctement de leurs enfants. Malgré tout, un peu plus de 10 % d’entre eux disent avoir ressenti qu’un enseignant, un médecin ou une infirmière considérait qu’ils étaient mal renseignés concernant les besoins de leur enfant. Un peu moins du quart des participants se sont aussi sentis exclus de communications concernant leur enfant.

L’Enquête québécoise sur l’expérience des parents d’enfants (EQEPE) — à laquelle Mme Pierce et d’autres ont collaboré, et à laquelle ont participé 7000 pères et 7900 mères — révélait récemment que 64 % des hommes et 68 % des femmes sont «souvent ou toujours» encouragés par leur conjoint dans leur rôle de parent.

De plus, 67 % des hommes rapportent que leur conjointe leur donne «souvent ou toujours» des conseils, contre seulement 48 % des femmes qui disent que leur conjoint fait la même chose.

Mais la ligne de démarcation entre un conseil et une critique peut être très mince, prévient Mme Pierce.

«Ce n’est pas mal intentionné, ils veulent aider, mais offrir de l’aide à quelqu’un qui n’en a pas demandé, c’est comme lui dire "t’es pas capable de faire ce que tu es en train de faire", et je pense que c’est quelque chose que les hommes vivent plus souvent que les femmes, a-t-elle dit.

«Avoir la liberté d’essayer et d’explorer est important. Les pères ont besoin de ça aussi. Souvent, les pères disent "ce qui me soutient le plus de ma conjointe, c’est quand elle s’en va et qu’elle me laisse seul avec mon enfant". [...] C’est un gage de confiance que les pères ressentent. Ils ont besoin de sentir qu’ils font équipe avec la mère, et c’est ça qui leur donne envie de continuer à s’engager. À l’inverse, quand ils sentent que [la mère] est trop présente, qu’elle surveille, ou qu’elle les remet dans un rôle d’aide ou de subalterne [...] ça leur donne essentiellement envie d’aller prendre une bière avec leurs chums.»

La réalité est qu’il est relativement nouveau pour l’homme de prendre sa place au sein la famille, et c’est souvent une place qu’il doit prendre sans pouvoir se fier à l’exemple de son propre père, qui était issu d’une autre génération.

«Au sein de la famille, on doit inventer la place du père, le rôle du père, a dit Mme Piere. Il n’a pas à être l’aide de la mère. Il a sa place réelle comme parent. C’est une identité qui est en construction pour les hommes d’être père, de trouver comment on est père. On gagne à laisser les pères prendre leur place, à reculer un petit peu et à les laisser aller parce qu’avec le temps et l’expérience ils sont tout aussi compétents que les mères.»