La Meute navigue-t-elle en eau trouble?

Qui dirige La Meute? La confusion semble régner dans les hautes sphères du groupe identitaire alors que deux des trois actionnaires principaux de l’organisation avaient annoncé leur démission jeudi matin. En soirée, un démissionnaire aurait finalement changé son fusil d’épaule et réintégré le groupe.

La principale figure de La Meute, le porte-parole officiel Sylvain Brouillette, a démissionné de l’organisation de droite identitaire jeudi à la suite d’un conflit avec un autre actionnaire du groupe, Éric Proulx. Au même moment, ce dernier a annoncé son désir de «prendre du recul», laissant l’organisation en situation trouble.

«Je pars en bons termes avec tout le monde et je crois encore à la cause. Cependant, il y a des chicanes internes qui ne finissent plus à La Meute et je ne veux pas être lié à ça», a déclaré Sylvain Brouillette au Soleil, jeudi en début de journée.

À ce moment, M. Brouillette confirmait du même coup le départ du deuxième actionnaire du Groupe La Meute inc., Stéphane Roch. Ce dernier avait annoncé sur Facebook qu’il donnait sa démission en tant que membre du conseil et en tant que membre de La Meute. Mais selon des informations relayées par les médias sociaux dans la soirée de jeudi, M. Roch aurait finalement décidé de ne pas quitter et de réintégrer le rang. 

Porte-parole officiel de l’organisation, Sylvain Brouillette a quitté La Meute à la suite d’un conflit avec l’autre actionnaire du groupe, Éric Proulx.

Dans une vidéo dans laquelle Stéphane Roch avance les raisons pour lesquelles il revient sur sa décision, il invite les membres de La Meute à décider s’il pourra reprendre sa position de leader. «Je ne veux pas qu’on se divise, je ne veux pas que le Québec vive une noirceur», lance-t-il. 

«2018 sera une année importante pour La Meute qui sera (sic) se positionner comme groupe citoyen avec élégance et respect», a écrit un des administrateurs de la page Facebook dans un appel à l’unité. 

Conflit d’opinion

Quant à Sylvain Brouillette, il a expliqué sa décision au Soleil en entrevue Soleil jeudi matin.  «L’un des dirigeants a “pété une coche”. Je ne sais pas ce qui est arrivé, mais Éric Proulx est en conflit personnel avec moi. C’est arrivé d’un coup sec, le 24 décembre, il a pris le contrôle de la page publique de La Meute. J’ai essayé de lui parler, mais il n’y a rien à faire. Il m’accuse de toutes sortes d’affaires», a-t-il déploré.

«On dirait que les gens se battent pour le contrôle du pouvoir. Moi, je ne suis pas là pour m’accrocher», a-t-il poursuivi, conscient que sa décision déstabilise un peu l’organisation. «Mais La Meute est moins en danger que si j’étais resté et qu’Éric avait continué à “garrocher” des bombes partout», a-t-il précisé.

Pourtant, il y a quelques semaines seulement, Sylvain Brouillette se portait à la défense d’Éric Proulx, qui avait été critiqué par certains membres et ex-membres sur les réseaux sociaux à propos de sa conduite et ses commentaires envers des membres féminines.

Stéphane Roch a annoncé sur Facebook qu’il donnait sa démission en tant que membre du conseil et en tant que membre de La Meute.

Page Facebook modifiée

Jeudi matin, Éric Proulx modifiait le nom de la page Facebook publique de La Meute pour le remplacer par «La Publique» et écrivait sur sa page personnelle qu’il prenait du recul par rapport à son militantisme. Or jeudi en cours de journée, la page Facebook du groupe retrouvait son nom initial. 

«Après trois ans d’implication intense, sept jours sur sept, entre 12 et 18 heures par jour, au prix d’immenses sacrifices tant financiers que familiaux et même au niveau de la santé, il est temps pour moi de prendre du recul», a-t-il écrit, ajoutant qu’il souhaitait «retrouver sa vie perdue». 

«C’est avec un certain bagage d’expériences que je laisse ce “mode de vie” qui m’a appris un certain nombre de choses comme ne jamais accorder plus de confiance sur le simple fait que c’est un “frère” ou une “sœur”. La confiance est un concept naïf», poursuit-il dans ce message qu’il avait tout de même commencé en mentionnant que «notre patrie court un grand danger» et que «le grand remplacement est enclenché déjà.»

Sylvain Brouillette signale que l’ex-policier de Québec Jacques Gagné ainsi que Myriam Boyer demeurent au conseil de La Meute. «Ils vont rester et former un autre conseil», a poursuivi celui qui était le premier actionnaire et le porte-parole officiel de l’organisation.

Ce n’est pas la première fois cette année que La Meute, fondée en 2015, est aux prises avec des dissensions internes. Au début de 2017, son fondateur, l’ex-militaire Éric Venne, était expulsé sans que les raisons de cette décision ne soient précisées.

Celui qui avait pris sa place, Patrick Beaudry, également un ex-militaire, avait aussi fait l’objet d’un putsch en septembre alors que des membres influents l’avaient expulsé à son tour, le blâmant pour manque de transparence sur la gestion des fonds de La Meute. Sylvain Brouillette avait part la suite pris les rênes de l’organisation et du Groupe La Meute inc., enregistré ainsi au registre des entreprises.