Des membres de La Meute et des Soldiers of Odin vêtus des couleurs qui se sont présentés mercredi à un colloque sur l'extrême droite tenu au Cégep Édouard-Montpetit ont été rappelés à l’ordre à plusieurs reprises.

La Meute et les Soldiers of Odin chahutent un colloque sur l’extrême droite

LONGUEUIL — Une trentaine de membres de La Meute et des Soldiers of Odin vêtus des couleurs de leurs organisations se sont présentés mercredi à un colloque du Centre d’expertise et de formation sur les intégrismes religieux et la radicalisation (CEFIR) au Cégep Édouard-Montpetit pour protester bruyamment contre l’étiquette d’extrême droite qui leur est accolée par le centre.

Dès la première conférence, donnée par Martin Geoffroy, directeur du CEFIR, des membres de la Meute ont chahuté les propos du professeur. Celui-ci expliquait en quoi La Meute montrait toutes les caractéristiques de l’extrême droite dans son discours public en se basant sur l’analyse de centaines de captures d’écran tirées de la page Facebook publique du groupuscule.

Les visiteurs ont d’ailleurs dû être rappelés à l’ordre à plusieurs reprises et le professeur Geoffroy a même parlé de techniques d’intimidation. «Je ne suis pas habitué de faire un colloque avec l’objet de l’étude qui me chahute. Ce sont des techniques d’intimidation et de «décrédibilisation». Quand quelqu’un parle et qu’on intervient en criant, c’est de l’intimidation», a déclaré M. Geoffroy après la première partie du colloque. 

Sectaire

«J’en ai vu, des sectes étranges, dans ma vie, mais ce que j’ai vu aujourd’hui, je n’avais jamais vu ça. Débarquer comme ça dans un colloque avec ses couleurs, c’est une démonstration de force», a-t-il poursuivi.

Lors de la période de questions, deux leaders de La Meute, Sylvain Brouillette et Stéphane Roch, de même que la chef des Soldiers of Odin du Québec, Katy Latulippe, avaient pris la défense de leurs organisations.

«Vous faites abstraction de plein de choses, dont le fait qu’il y a des musulmans pratiquants dans La Meute. On n’est pas anti-islam, on est anti-islam radical. Vous décidez des conclusions avant de terminer votre étude et vous cherchez des faits pour confirmer ces conclusions», a dénoncé Sylvain Brouillette.

«On ne se fera pas traiter de fascistes ici. Laissez-moi 20 minutes pour expliquer ce qu’est La Meute», a pour sa part lancé Stéphane Roch, qui n’a pas obtenu la tribune qu’il réclamait.

Sylvain Brouillette est un des leaders de La Meute.

«J’ai étudié les sectes depuis 20 ans et c’est la même chose : les membres de la secte réagissent souvent comme ça quand quelqu’un de l’extérieur essaie de les décrire. La seule personne autorisée à les décrire est le chef et là, c’est Maïkan [NDLR: le surnom de Sylvain Brouillette] et il s’est fait entendre», a déclaré M. Geoffroy aux médias.

Il ne regrettait toutefois pas d’avoir permis à La Meute et aux Soldiers of Odin d’assister au colloque, qui se déroulait avec des mesures de sécurité prises en collaboration avec la police de Longueuil. «Nous, on cherche à comprendre et on ne peut pas les comprendre si on les exclut. On ne peut pas les faire réfléchir si on ne leur parle pas. Vous avez peut-être l’impression qu’ils n’ont pas réfléchi ce matin, mais moi je crois qu’ils ont réfléchi plus que d’habitude», a philosophé le professeur.

Martin Geoffroy, directeur du CEFIR

Pas contactés

De son côté, Sylvain Brouillette a déploré en point de presse que les chercheurs n’aient jamais contacté La Meute, même par téléphone, et se soient concentrés sur l’analyse de captures d’écran en indiquant que les commentaires sur la page publique de La Meute étaient filtrés.

«Si nous filtrons les commentaires sur la page publique, c’est qu’il y a des gens de l’extrême gauche qui utilisent de faux profils pour nous faire mal paraître», a justifié celui qui n’a pas non plus apprécié la comparaison avec une secte et son assimilation à un gourou. «C’est son opinion, mais ça ne veut pas dire qu’il a raison. Nous n’essayons pas de convertir personne, on essaie seulement de réunir ceux qui pensent comme nous.»

La chef des Soldiers of Odin du Québec, Katy Latulippe

+

OUVERT À «OBSERVER» LA MEUTE

Même après avoir été chahuté par les membres de La Meute, le professeur Martin Geoffroy s’est dit ouvert à aller «observer» le groupuscule d’extrême droite après avoir été critiqué pour avoir tiré ses observations de captures d’écrans. «J’ai l’impression qu’ils vont m’inviter à aller les observer au cours des prochains mois car ils veulent que ça se fasse comme du monde. Je suis très ouvert à cela. Si on m’invite, je vais y aller, mais moi j’ai une référence scientifique, pas idéologique», a-t-il mis en garde, ajoutant qu’il voulait dépolariser le débat. «Je veux amener ces gens à s’instruire à l’extérieur de leur réseau et je crois que c’est ce qu’ils ont fait aujourd’hui [mercredi], même s’ils ont été choqués», a résumé M. Geoffroy. 

+

COMBIEN DE MUSULMANS?

Le porte-parole de La Meute, Sylvain Brouillette, se fait un devoir de dire que des musulmans pratiquants font partie de son organisation, une affirmation dont doute le chercheur Martin Geoffroy. «S’ils veulent me présenter des musulmans dans leur groupe, je vais y aller en courant. Je n’en ai jamais vu! Est-ce que des membres de La Meute sont Noirs? Là non plus, je n’en ai jamais vu», a déclaré le professeur Geoffroy. Quant à Sylvain Brouillette, il n’a pas été capable de quantifier le nombre de membres musulmans de son organisation. «Je ne sais pas combien sont membres de La Meute, mais j’en connais quatre dans mon entourage, dont un qui est sur notre exécutif.»

+

L'IMPACT DE LA GRANDE MOSQUÉE

Maryse Potvin, professeure en sciences de l’éducation à l’Université du Québec à Montréal, a analysé les principaux médias québécois et les pages Facebook des groupuscules d’extrême droite dans les semaines suivant les attentats de la Grande Mosquée de Québec. 

Elle a remarqué que les mots raciste, extrême droite et, parfois, terrorisme étaient souvent utilisés dans les médias alors qu’on voyait très peu les mots radical, islamophobie et radicalisation. «Nous sommes en train de comparer avec les attentats de Charlie Hebdo, mais on constate déjà que les médias n’utilisent pas les mêmes mots quand le tireur fait partie du groupe majoritaire que quand il fait partie du groupe minoritaire», souligne-t-elle. 

Quant aux groupuscules d’extrême droite, Mme Potvin indique que presque tous ont donné leurs sympathies aux victimes le soir du drame. 

«Mais, dès le lendemain, ils sont repartis sur les mêmes thèmes, comme par exemple pourquoi donner de l’argent pour un cimetière musulman? La Fédération des Québécois de souche fait même une cartographie des églises vandalisées au Québec dans une logique victimaire», fait-elle remarquer.