Les centaines de clients qui ont foulé une dernière fois le Sears de Fleur de Lys n’avaient plus grand-chose à se mettre sous la dent.

La lente agonie de Sears Canada s'achève

Présentoirs dépouillés, rabais monstres, des dizaines de personnes agglutinées autour des rares articles en stock, des files d’attente incessantes aux caisses… La lente agonie de Sears Canada s’est achevée dimanche par une ultime course aux aubaines.

Comme des centaines de citoyens, Le Soleil s’est présenté dimanche matin au Sears de Place Fleur de Lys, en cette dernière journée d’ouverture de ce qui était jadis une entreprise fière et profitable. 

Passé les portes extérieures placardées d’affiches annonçant des «rabais sur absolument tout», les clients tombaient sur de grandes sections de magasin désertes, sans la moindre chose à vendre. Ne restaient que des tablettes vides sur les murs dégarnis, autrefois occupés par des mannequins souriants. Le deuxième étage était complètement fermé. 

La majorité des articles toujours en vente avaient été regroupés à quelques endroits précis, donnant davantage l’impression de magasiner dans une brocante que dans une grande chaîne.

Impression renforcée par la «section des fixtures», soit les installations intérieures. Après 14 semaines à écouler ses stocks, les magasins Sears en étaient en effet ces derniers jours à liquider le mobilier. Présentoirs, caisses enregistreuses, étagères, cintres, supports, tablettes, chaises, tables et meubles divers étaient tous à vendre au rabais. Le Soleil est même tombé sur des plans d’électroménagers sur microfilms datant des années 70 et 80, ainsi que le lecteur (à vendre) qui va avec. Tout ce qui n’aura pas été vendu dans cette section sera acheté par une grande chaîne existante, a-t-on appris au passage.

Employés discrets  

Une consigne très claire de ne pas parler aux médias avait été donnée aux employés et aux cadres du Sears Place Fleur de Lys. Le gérant et la directrice du magasin ont d’ailleurs refusé de répondre à nos questions.

Une employée a tout de même accepté de parler, mais a préféré ne pas être identifiée. Cette dernière a témoigné des changements qui ont eu cours ces dernières années dans le magasin. Selon elle, des signes ont progressivement laissé présager que l’entreprise était en difficulté.

«Ça a vraiment changé. Quand j’ai commencé [il y a une quinzaine d’années] on était plusieurs employés par rayon. […] Ces derniers temps on était seul [dans notre section] et on ne faisait même pas le quart de travail complet», a-t-elle relaté. «Un moment donné [il y a environ cinq ans], ils ont mis à pied tous les chefs de section.»

Elle a aussi dit ne pas avoir eu d’augmentation de salaire en sept ans. «Je suis tranquillement retombée au salaire minimum.» Pourquoi être restée? «De bonnes assurances, les semaines de vacances.»

Sears a bien tenté de se renouveler, a-t-elle poursuivi. De la marchandise «meilleur marché» a fait son apparition sur les rayons. «Mais ça a plus ou moins [fonctionné].» L’entreprise a aussi perdu quelques marques au passage, ce qui n’aurait pas aidé. 

La dame a dit ne pas encore avoir cherché d’emploi, bien qu’elle compte travailler encore un peu avant sa retraite. Contrairement à certains collègues, elle n’a placé aucun avoir avec l’entreprise. Ses économies pour les vieux jours sont ailleurs. «Il y en a qui ont été pénalisés. Leurs fonds de retraite ont été grugés.» Certains employés de Sears à Place fleur de Lys y étaient depuis plus de 35 ans.

Le grand détaillant a déclaré faillite l'an dernier, et annoncé à l'automne qu'il liquiderait ses 130 magasins restants, laissant ses 12 000 employés sans travail. La fermeture de la chaîne a provoqué son lot de controverses. D'abord, Sears Canada avait choisi de distribuer des primes de rétention à ses cadres alors que l'entreprise était aux prises avec un déficit de plus de 260 millions de dollars dans son régime de pension. Plus tard, le Bureau de la concurrence avait ouvert une enquête sur des allégations selon lesquelles Sears Canada aurait gonflé ses prix avant le début de sa vente de liquidation.

La percée du commerce en ligne fait partie des nombreux facteurs qui ont contribué aux difficultés de Sears Canada. De plus, les détaillants à rabais, dont Walmart, se sont multipliés et ont forcé les entreprises comme Sears à réduire leurs prix.

Le sort de Sears Canada fait suite à plusieurs autres fermetures dans les dernières années, dont celles plus récentes de Target et Zellers.  Avec La Presse canadienne