Georges Foote Foss, le Sherbrookois inventeur de la première voiture à essence au Canada.

La Fossmobile reviendra dans les rues de Sherbrooke

[PRIMEUR] La première voiture à essence au Canada a beau avoir été conçue à Sherbrooke à la fin du 19e siècle, l’histoire de la Fossmobile, inventée par George Foote Foss, demeure largement méconnue. Cherchant à mettre en lumière l’invention de son grand-père, Ron Foss a entrepris de construire une réplique de l’automobile pour qu’elle soit exposée dans un musée.

« Mon grand-père était un homme effacé. C’est probablement pourquoi il ne s’est pas lancé en affaires avec la Fossmobile. L’histoire s’est effacée avec sa volonté de ne pas construire plus qu’une voiture. C’était donc important pour la famille de reconstituer le casse-tête, mais jusqu’à maintenant, personne n’avait bien réussi à le faire », explique Ron Foss.

Pour la petite histoire, George Foote Foss, un forgeron et réparateur de vélos né en 1876, commence à plancher sur une automobile à quatre chevaux monocylindrique à l’âge de 20 ans. Un an plus tard, il termine son invention. Il roulera pendant quatre ans à Sherbrooke avec sa Fossmobile avant de la vendre pour 75 $ en 1902, à Montréal. Il semble qu’il avait refusé de conclure un partenariat avec un certain Henry Ford de la Ford Motor Company. Il est décédé en 1968 et a été inhumé au cimetière Elmwood.

Depuis que M. Foss est devenu membre honorifique de deux clubs automobiles en 1962, son histoire est un peu tombée dans l’oubli malgré un monument érigé en 1993 à la place Nikitotek. « Un des problèmes que nous avons, c’est que la voiture originale n’a jamais été retrouvée. Voitures anciennes et classiques de Montréal lance d’ailleurs des recherches cet été pour voir si quelqu’un pourrait nous mettre sur sa trace. À mon avis, elle a probablement été démantelée. Sinon, elle aurait attiré l’attention. »

En fouillant dans une boîte de souvenirs, Ron Foss a retrouvé de vieux articles traitant de l’histoire de son grand-père. Il a aussi déniché un cahier publié dans le Record en 1954 qui comporte plusieurs détails. « Je me suis demandé ce que je pouvais faire avec ça. Les musées ne seraient pas intéressés à de petits artefacts comme ceux-là, donc j’ai pensé à bâtir une réplique de la Fossmobile. »

Aucun plan

Le défi, c’est qu’il n’existe aucun plan de la Fossmobile. Il est toutefois possible d’étudier les photos prises à l’époque. À vue de nez, la Crestmobile du début des années 1900 ressemble étrangement à la Fossmobile. M. Foss avait aussi obtenu les droits de distribution de ce véhicule fabriqué à Cambdrige au Massachusetts. « La théorie, c’est que mon grand-père aurait partagé, intentionnellement ou pas, ses secrets avec quelqu’un à Cambridge. »

Ron Foss s’est donc rendu dans un musée à Springfield au Massachusetts pour étudier la Crestmobile. Il a ensuite réussi à trouver des pièces, dont un moteur, un châssis et des roues pour reconstituer la Fossmobile. Sinon, le véhicule sera presque entièrement construit de bois.

Ron Foss souhaite faire connaître l'histoire de son grand-père, Georges Foote Foss.

La réplique sera vraisemblement complétée au printemps. « Nous n’avons jamais vu le moteur que George Foss a utilisé, mais nous devinons en fonction de ce qui était disponible à l’époque. »

Le petit-fils de l’inventeur pourrait ensuite léguer le véhicule à un musée. Les pourparlers vont bon train avec le Canadian Automotive Museum d’Oshawa et l’Ingenium d’Ottawa. « J’ai un penchant pour Ottawa parce qu’on y trouve déjà la voiture à vapeur d’Henry Seth Taylor, de Stanstead. Ce serait bien d’exposer les deux côte à côte. J’aimerais que les Canadiens et les Québécois sachent que la première voiture à essence a été construite ici. J’aimerais aussi arriver à faire fonctionner la voiture et la tester à Sherbrooke. »

Ron Foss estime avoir besoin d’un budget entre 25 000 et 30 000 $ pour réaliser son projet. « C’est difficile à évaluer parce qu’on navigue un peu à l’aveugle. »

M. Foss, qui vit en Ontario, était de passage à Sherbrooke vendredi pour explorer les partenariats possibles. Pour le moment, il rapporte que le Musée d’histoire de Sherbrooke ne pourrait pas accueillir une réplique de la Fossmobile. Mais assurément, le véhicule, une fois terminé, fera une virée dans les Cantons-de-l’Est. 

Le maire Steve Lussier devait d’ailleurs rencontrer Ron Foss et se disait ouvert à explorer les possibilités pour la réalisation d’un projet si telle est la volonté de la famille. Il assure que le monument de la place Nikitotek sera déplacé et rendu visible une fois le pont des Grandes-Fourches construit.

Ron Foss se prend-il à imaginer ce qui serait arrivé si son grand-père s’était allié à Henry Ford? « Oui, mais si on pense à tous ceux qui ont essayé et qui ont échoué dans le monde de l’automobile, je pense que mon grand-père aurait été du lot, simplement à cause de sa personnalité. Il n’y a que les grosses compagnies qui ont compris le principe de la production de masse. »