Le juge François Huot a rendu une ordonnance de non-diffusion des images et a rejeté la demande présentée par un consortium de médias, représenté par Me Jean-François Côté (photo).

La diffusion des images de la tuerie à la Grande Mosquée interdite, tranche le juge

Les médias n’auront jamais le droit de diffuser les images de la tuerie à la Grande Mosquée car une telle diffusion est contraire à l’intérêt public et «compromet gravement la bonne administration de la justice», estime le juge François Huot de la Cour supérieure.

Le juge François Huot a rendu une ordonnance de non-diffusion des images et a rejeté la demande présentée par un consortium de médias, dont Le Soleil, qui souhaitait avoir accès à certaines images captées par les caméras de surveillance du Centre culturel islamique, le soir du 29 janvier 2017.

La Couronne et la défense s’opposaient à la diffusion de toute image, soulignant leur impact traumatisant pour les victimes et les risques d’inspirer d’autres tireurs ou de nourrir la propagande des groupes radicaux.

Après avoir entendu la preuve de la poursuite, notamment le témoignage d’une psychiatre et d’un criminologue, le juge François Huot a été convaincu sans l’ombre d’un doute de l’importance d’écarter une diffusion. «Le droit à la sécurité des victimes survivantes, des familles endeuillées, de la communauté musulmane et de la population en général l’emporte largement en l’espèce sur le droit à la liberté d’expression et plus particulièrement sur le droit collectif du public à prendre connaissance du contenu des enregistrements vidéo», conclut le juge Huot.

Les victimes et leurs proches, déjà aux prises avec des graves séquelles psychologiques, risquent fort probablement une revictimisation «extrêmement importante», note le juge, à la suite d'une éventuelle diffusion d’images.

Le juge dit ne pas pouvoir écarter un possible effet de contagion causé par les images. «Il importe, aux yeux du tribunal, de préserver notre population et plus particulièrement ses membres les plus jeunes et les plus influençables contre un tel effet pervers [de contagion]», explique le juge.

Le public, dit le juge, n’a pas besoin de visionner ces images pour se faire une idée de l’ampleur des crimes commis et comprendre la peine qui sera éventuellement imposée.

La proposition de la Couronne de permettre aux journalistes de décrire les enregistrements vidéo est raisonnable, estime le juge. Ainsi, dit-il, le public aura accès à toute l’information soumise au tribunal lors des représentations sur la peine.

«La transparence judiciaire n’exige aucunement que l’on soumette le public à des images pouvant générer un sérieux préjudice psychologique à certains de ses membres ou inciter une fraction de ceux-ci à poser des gestes qui nuiront à la bonne administration de la justice ou à l’intérêt public», tranche le juge.