Les parents d’Alexandre Bissonnette, Manon Marchand et Raymond Bissonnette

La détresse légitime des parents d’Alexandre Bissonnette peut-elle ouvrir la voie à une dérive?

Un paragraphe détonne tellement il est choquant quand les parents d’Alexandre Bissonnette se permettent d’établir un parallèle entre la chance qu’ont les étrangers arrivés au Québec/Canada et les condamnés — criminels avérés — «d’ici», privés selon eux de l’espoir d’une nouvelle vie.

Pareil amalgame est pour le moins indécent, car les nouveaux arrivants sont a priori passés au crible sur les plans de la santé et de la sécurité/sûreté; ils n’ont rien de criminels, car le moindre délit élimine au départ leur candidature à l’immigration. Innocents de toute accusation délictuelle ou criminelle, ils arrivent ici pleins d’espoir certes, mais alimentent sans cesse ce pays d’une main-d’œuvre et de cols blancs qualifiés, souvent hautement éduqués, prêts à assumer leur statut de contribuables. La société d’accueil n’a pas déboursé le moindre sou pour leur formation et leurs compétences. Le privilège d’immigrer au Québec et au Canada relève donc aussi d’un calcul de nature démographique, économique et sociale nécessaire pour contrer le vieillissement d’une population déjà aux prises avec la dénatalité.

De plus, les statuts de résident permanent et de travailleur temporaire ne mettent pas le nouvel arrivant à l’abri d’une expulsion dès qu’un acte criminel a été commis par ce dernier qui, en plus de sa peine méritée et purgée, se trouve expulsé à jamais du Canada.

Malgré le respect qu’on doit à la douleur réelle de ces parents affligés, il y a lieu de leur rappeler que leur fils a bel et bien bénéficié de chefs d’accusation à rabais alors qu’il méritait la qualification de terroriste antimusulman et de criminel haineux, étonnement jamais contestée en cour…au plus grand bonheur de la défense du meurtrier. La sentence est des plus justes et amplement motivée; le jugement s’inscrit déjà dans les plus belles pages de la jurisprudence au Canada.

Ces parents éplorés auraient gagné à observer une digne position de réserve, au lieu de lancer publiquement leur amalgame, lequel ne sert la cause de personne, surtout pas celle des six veuves, des 17 orphelins, des cinq blessés et des rescapés de la tuerie. Pis encore, la comparaison contribue à entretenir le fossé imposé aux «autres» — dont l’étranger que je suis resté, même après 43 ans de présence active et en français — par de (trop) nombreuses personnes «bien de chez nous». Ces dernières se fichent par ailleurs de l’ultime effort d’intégration qui m’anime, à savoir être enterré ici-même, à Québec, droit fondamental nié dans la quasi-indifférence… À méditer.

Touhami Rachid Raffa, Québec