La propriétaire de Zoo Académie, Jacinthe Bouchard (à gauche de la policière), s'est rendue au Zoo de Saint-Édouard avec son équipe, samedi, pour produire une contre-expertise dans le procès à venir de Normand Trahan.

La défense du zoo de Saint-Édouard s'organise

SAINT-ÉDOUARD-DE-MASKINONGÉ — Au lieu des visiteurs habituels, c’est une équipe de spécialistes en santé et bien-être des animaux qui a débarqué au Zoo de Saint-Édouard, samedi, en fin d’avant-midi. Composée par Jacinthe Bouchard, propriétaire de Zoo Académie, à Nicolet, cette équipe avait pour mandat d’inspecter le zoo de fond en comble afin de constater dans quel environnement vivent les animaux qui y logent et dans quel état ils sont.

Cette inspection arrive dans la foulée de l’arrestation de Normand Trahan, propriétaire du zoo, mardi dernier, pour cruauté animale. Mme Bouchard doit produire une contre-expertise à la demande de l’avocat de M. Trahan, Me Michel Lebrun, qui était lui aussi présent samedi matin. Elle a réitéré samedi qu’elle croit que les animaux du zoo doivent y rester jusqu’à nouvel ordre.  «Ils (la SPCA) n’ont aucune notion de ce que c’est que de déménager des animaux exotiques. La moitié vont mourir pendant qu’on va les capturer, ensuite, il faut qu’ils aillent en quarantaine, alors ils vont se retrouver dans un parc huit par huit aux douanes avant d’aller dans un autre zoo. Ça, c’est de la maltraitance», soutient-elle. 

La SPCA de Montréal a convenu vendredi de cesser de déplacer des animaux à l’extérieur du zoo, du moins pour le moment, afin de permettre à Mme Bouchard de faire sa contre-expertise. L’avocat de M. Trahan évalue pour sa part la possibilité de déposer une requête en revendication de propriété pour permettre à son client de reprendre ses droits sur le zoo. Cette requête sera débattue dans la semaine à venir devant la Cour du Québec. Mme Bouchard a pour sa part lancé une pétition en ligne sur le site avaaz.org afin de faire interdire tout nouveau transport d’animaux à l’extérieur du zoo. Dimanche en début de soirée, cette pétition avait recueilli plus de 3200 signatures. 

Des améliorations à faire

Si le rapport produit par l’équipe de Zoo Académie doit servir dans le procès à venir de M. Trahan, Mme Bouchard considère qu’il permettra à ce dernier d’améliorer ses installations et de corriger des lacunes qu’elle dit avoir déjà constatées lors de précédentes visites. 

«Oui, il y a du nettoyage et la reconstruction d’habitats à faire, surtout pour l’hiver. Il y a sûrement énormément d’améliorations à faire pour l’hiver, mais l’été, les animaux sont dans de très grands parcs.» 

Sans entrer dans les détails du procès à venir, Mme Bouchard affirme que plusieurs choses reprochées à M. Trahan par la SPCA de Montréal ne tiennent pas la route. 

«On l’a vue (la liste des choses reprochées) et croyez-moi qu’on a barré plein de choses, affirme-t-elle. Il y a une plainte qui dit qu’il y a un animal nomade en captivité, un chameau. Mais un animal, il est nomade parce qu’il n’a pas le choix: il manque d’eau et de nourriture. S’il a ces choses-là, il n’a aucune envie de voyager 50 milles.»

Mme Bouchard a également donné en exemple une plainte voulant que les renards du zoo soient regroupés dans le même enclos alors qu’il s’agit d’animaux solitaires lorsqu’ils sont à l’état sauvage. La propriétaire de Zoo Académie rétorque toutefois qu’il s’agit d’une obligation de l’AZAC, Aquariums et zoos accrédités du Canada, que de regrouper les animaux en captivité. 

Normand Trahan, pour sa part, avait l’autorisation d’accompagner Mme Bouchard et son équipe, samedi matin. Il ne s’est toutefois pas présenté sur les lieux, possiblement à la suggestion de son avocat ou de Mme Bouchard, qui souhaitait mener son inspection en toute indépendance.

Le dossier pourrait également avoir des échos sur la scène politique provinciale. Rejoint en marge du conseil général de la Coalition avenir Québec, le député de Maskinongé, Simon Allaire, a indiqué au Nouvelliste qu’il s’entretiendrait lundi avec la ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault, à propos de la situation du Zoo de Saint-Édouard. 


Une centaine de personnes se sont rassemblée au Zoo de Saint-Édouard, samedi matin, en soutien à son propriétaire, Normand Trahan.

Du soutien pour M. Trahan

La centaine de personnes déjà présentes devant le zoo à l’arrivée de Mme Bouchard, a chaleureusement applaudi cette dernière. Composée de citoyens, auxquels se sont mêlés quelques élus de la région, cette foule s’était rassemblée pour montrer son soutien envers M. Trahan. Les personnes présentes ont aussi affirmé leur désir de voir le zoo rester ouvert et les animaux rester sur place. 

Plusieurs ont déploré la manière dont se sont déroulées les choses, soit l’arrestation de Normand Trahan pour cruauté animale ainsi que la saisie de plusieurs animaux du zoo, plus tôt cette semaine. «Ça s’est fait brusquement, cavalièrement, estime Kim D’Allaire, conseillère municipale de Saint-Édouard-de-Maskinongé. On est contre la façon dont ça a été fait par la SPCA.»

Mme D’Allaire estime par ailleurs que M. Trahan a besoin d’aide et non de se faire traîner devant la justice. «Il a été dépassé par les travaux et tout ce qu’il y a à faire, croit-elle. Il est quand même d’un âge avancé.»

Sa collègue, la conseillère Nancy Beauregard, abonde dans le même sens. «Je fais comme tout le monde, je viens manifester mon mécontentement face à ce qui se produit et à comment ça s’est produit, indique-t-elle. Je me questionne sur ce qu’il y a en dessous de ça. Tout le monde se questionne.»

Mme Beauregard a d’ailleurs lancé une campagne de financement sur le site gofundme.com pour aider à payer les expertises requises et les frais d’avocat de M. Trahan. Un peu plus de 700 $ avaient été recueillis en date du 26 mai. 

«Je trouve ça injuste, ils tapent trop fort sur sa tête (à M. Trahan). Il a donné de bons services pendant 25-30 ans et là, du jour au lendemain, on salit son nom et sa réputation», ajoute Nicole Simard, une citoyenne venue elle aussi appuyer le propriétaire du zoo. 

Plusieurs citoyens ont par ailleurs lancé des commentaires peu élogieux envers la SPCA de Montréal, dont des employés étaient toujours présents, accompagnés de policiers de la Sûreté du Québec. Un manifestant a accusé l’organisme et les médias d’avoir fait un «show-off» avec l’arrestation de M. Trahan. 

Isabelle Béland, l’organisatrice du rassemblement, était pour sa part satisfaite de la réponse de la population à son invitation. «Je l’ai rencontré à quelques reprises et c’est un homme bien, donc j’ai des doutes sur les accusations, lance-t-elle. Ça m’a incitée à essayer de lui donner un coup de main, à tout le moins de lui montrer que la population est en faveur que le zoo reste ouvert et qu’on va le soutenir. 

M. Trahan, c’est un homme qui est passionné de ses animaux et qu’il y ait eu de la cruauté, ça me surprendrait.»

Le maire de Saint-Édouard-de-Maskinongé, Réal Normandin, a lui aussi fait acte de présence. Comme plusieurs de ses concitoyens, il s’inquiète pour la perte sur le plan touristique que représenterait la fermeture du zoo. «Je suis content que ça prenne cette ampleur-là, que le monde se mobilise», se réjouit-il. 

Les maires de Louiseville, Yvon Deshaies, et de Sainte-Ursule, Réjan Carle, étaient également sur place.