Un jury a déclaré Michel Cadotte, âgé de 57 ans, coupable d'homicide involontaire, le 23 février, dans le décès par suffocation de son épouse, Jocelyne Lizotte, âgée de 60 ans. Celle-ci résidait alors dans un établissement de soins de longue durée.

La Couronne réclame huit ans de prison pour Michel Cadotte

MONTRÉAL — Michel Cadotte, ce Montréalais reconnu coupable d’homicide involontaire coupable pour avoir étouffé sa femme atteinte d’alzheimer, devrait être condamné à huit ans de prison, a suggéré la Couronne, vendredi. La défense a recommandé une peine de six à 12 mois de prison.

Lors de l’audience de détermination de la peine, la procureure Geneviève Langlois a plaidé que la société devait comprendre qu’on ne peut pas ainsi prendre une vie, même si l’on souffre énormément et qu’on est épuisé.

Un jury a reconnu le mois dernier Michel Cadotte, âgé de 57 ans, coupable d’homicide involontaire relativement au décès de son épouse, Jocelyne Lizotte, qui vivait dans un établissement de soins de longue durée. Mme Lizotte, âgée de 60 ans, souffrait de la maladie d’Alzheimer à un stade avancé.

L’avocat de M. Cadotte, Nicolas Welt, a décrit l’inculpé comme un proche aidant épuisé, qui a agi de manière impulsive lorsqu’il a étouffé sa femme avec un oreiller le 20 février 2017. À l’audience de détermination de la peine, vendredi, il a appelé deux témoins qui sont venus décrire le lourd fardeau imposé aux aidants naturels.

Me Welt a ensuite plaidé que les remords éprouvés par M. Cadotte, le fait qu’il était déprimé à l’époque, son potentiel de réhabilitation et sa volonté de suivre une thérapie devraient tous être pris en compte par la juge qui devra déterminer la peine.

La défense recommande une peine de six à 12 mois de prison; or, M. Cadotte a déjà passé près de sept mois (205 jours) en détention préventive. La défense estime que la société n’a absolument rien à gagner à ramener M. Cadotte en prison: il ne représente aucun danger pour la société, et il n’est pas un militant pour l’aide médicale à mourir.

Il n’existe pas de peine minimale pour l’homicide involontaire coupable, sauf dans le cas où une arme à feu a été utilisée. La juge Hélène Di Salvo, de la Cour supérieure du Québec, rendra sa décision le 25 mai.

Les recommandations des avocats ont fait suite vendredi à des témoignages émus qui ont laissé plusieurs personnes dans la salle d’audience, y compris la juge Di Salvo, en larmes lorsque les membres de la famille ont décrit l’impact qu’avaient eu sur eux la maladie et la mort de Mme Lizotte.

Un acte égoïste?

Ainsi, les fils de la victime ont soutenu que la décision de Michel Cadotte de mettre fin aux jours de son épouse malade constituait un acte d’égoïsme plutôt que de compassion.

Danick Desautels, l’un des fils de Jocelyne Lizotte, a confié avoir perdu sa mère trois fois: une fois lorsque son père est décédé et qu’elle est devenue plus distante, une fois lorsqu’elle a reçu un diagnostic d’alzheimer, et enfin une troisième fois lorsque Michel Cadotte a mis fin à ses jours.

«Malgré tout ce que tu as pu faire de bon pour ma mère avant, pour moi tu resteras celui qui l’a empêchée d’avoir une mort douce, paisible et naturelle, donc son meurtrier», a-t-il déclaré, lisant la lettre qu’il avait écrite pour Michel Cadotte.

Les avocats de la défense ont affirmé que leur client était dans un état d’esprit perturbé et avait agi de manière impulsive le 20 février 2017, cherchant à mettre fin aux souffrances de son épouse, avec qui il était depuis 19 ans. Le crime a été plutôt présenté dans les médias comme un «meurtre par compassion» - une infraction qui n’existe pas dans le Code criminel. Le procès, qui s’est amorcé le 14 janvier, a permis d’apprendre que Michel Cadotte avait demandé l’aide médicale à mourir pour Jocelyne Lizotte un an avant son assassinat.

Mais Danick Desautels a déclaré au tribunal qu’il pensait que Michel Cadotte avait agi dans son propre intérêt, pour mettre fin à ses propres souffrances plutôt qu’à celles de Mme Lizotte.

«J’aurais bien pu passer par-dessus tout ça si tu avais commis ces gestes par compassion, pour ma mère, pour la libérer, mais je sais très bien que tu ne l’as fait que pour toi, pour te libérer toi, a-t-il déclaré. Dans ta tête, ma mère était à toi, était ta possession et tu pouvais en faire ce que tu voulais.»

L’autre fils

L’autre fils de Jocelyne Lizotte, David Desautels, a raconté vendredi qu’il avait dû faire deux deuils: celui de sa mère et celui de Michel Cadotte, qu’il a décrit comme ayant été «le seul père que j’ai eu pour le passage à ma vie adulte».

David Desautels a déclaré que Michel Cadotte lui avait appris à cuisiner, qu’il était assis à ses côtés lorsqu’il s’est réveillé après une opération et qu’il avait rendu sa mère heureuse. Il a ajouté que ces souvenirs agréables étaient désormais «entachés par l’image indélébile que j’ai de lui tenant un oreiller sur ma mère claustrophobe pour l’étouffer».

Il a convenu avec son frère que Michel Cadotte avait agi pour mettre fin à «sa souffrance de sa conviction que ma mère souffrait».

Plusieurs membres de la famille ont décrit leurs sentiments d’impuissance et de culpabilité lorsqu’ils ont vu l’état de santé de Mme Lizotte se détériorer à un point tel qu’elle ne pouvait plus s’occuper d’elle-même ni reconnaître ses proches.

Témoignant pour la défense, la s?ur de Mme Lizotte a décrit son angoisse de voir cette femme claustrophobe obligée d’être constamment attachée à un lit ou à un fauteuil. Johanne Lizotte a même admis qu’elle avait elle-même souhaité la mort de sa s?ur. «J’espérais que le bon Dieu viendrait la chercher. J’espérais qu’elle ne vivrait pas comme ça pendant longtemps.»

Johanne Lizotte a souligné que même si elle n’accepte pas le geste posé par Michel Cadotte, elle le comprend. «Je comprends que cela s’est passé dans un moment de désespoir», a-t-elle déclaré.

La juge Di Salvo, qui a essuyé des larmes à la fin du témoignage de membres de la famille appelés à la barre par la Couronne, a reconnu que cette étape du procès était émouvante. Elle a prévenu la famille que sa décision ne ferait probablement pas l’unanimité, mais elle a promis de tenir compte de l’impact qu’avait eu le crime sur les proches de Jocelyne Lizotte.

Elle a aussi indiqué qu’elle annoncera sa décision le 28 mai.