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Rencontrée dans le stationnement de l’hôpital, mardi, la Dre Doyon explique qu’elle a été «saisie» par les chiffres et a voulu en appeler à la solidarité des Beaucerons. «On sait qu’on peut faire mieux», dit-elle.
Rencontrée dans le stationnement de l’hôpital, mardi, la Dre Doyon explique qu’elle a été «saisie» par les chiffres et a voulu en appeler à la solidarité des Beaucerons. «On sait qu’on peut faire mieux», dit-elle.

La Beauce, zone rouge foncé

Marc Allard
Marc Allard
Le Soleil
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En sortant d’une réunion virtuelle sur l’évolution de la pandémie en Beauce, la Dre Julie Doyon, interniste à l’Hôpital de Saint-Georges, a lancé un cri du coeur sur Facebook.

«Ma belle Beauce d’amour, a-t-elle écrit jeudi denier. Ton taux d’incidence de la COVID-19 est le double du reste de la région de Chaudière-Appalaches et se compare même à celui de la région de Montréal... C’est pas reluisant, avoue! Je sais bien que tu as l’esprit festif, que tu aimes être avec les tiens... [...] Mais là il faudrait que tu te ressaisisses».

Rencontrée dans le stationnement de l’hôpital, mardi, la Dre Doyon explique qu’elle a été «saisie» par les chiffres et a voulu en appeler à la solidarité des Beaucerons. «On sait qu’on peut faire mieux», dit-elle.

Une semaine après le cri du coeur de Dre Doyon, le portrait n’est guère plus reluisant en Beauce. Selon les données fournies au Soleil par la Santé publique de Chaudière-Appalaches, la Beauce enregistre un taux de 467,3 cas actifs par 100 000 habitants. C’est près de deux fois plus élevé que Chaudière-Appalaches ou la Capitale-Nationale et comparable à certains quartiers montréalais (Hochelaga, Mercier-Ouest, Rosemont).

Rassemblements privés

La Beauce est une zone rouge foncé. Et ce n’est pas seulement à cause des éclosions dans les résidences pour personnes âgées ou les milieux de travail, qui comptent pour 30% des cas. La transmission communautaire «pure» a causé 70% des cas, indique Dre Liliana Romero, directrice de la santé publique de Chaudière-Appalaches.

«C’est très élevé, dit Dre Romero. Ça veut dire que plus de la moitié des cas sont associés à la transmission dans la communauté, que ce soit des contacts familiaux ou des contacts sociaux».

Les cas ont augmenté chez la population active de 20 à 50 ans, indique la Dre Romero. Les enquêtes épidémiologiques montrent que les petits rassemblements privés en famille ou entre amis pendant les Fêtes ont particulièrement accéléré la pandémie, précise-t-elle.

La plupart des Beaucerons respectent les mesures sanitaires, souligne directrice de Santé publique de Chaudière-Appalaches, mais le non-respect des consignes y est tout de même plus répandu qu’ailleurs dans Chaudière-Appalaches.

La Beauce avait été relativement épargnée lors de la première vague. «Peut-être que plusieurs personnes ont gardé cette perception», dit la Dre Romero.

La Beauce avait été relativement épargnée lors de la première vague. «Peut-être que plusieurs personnes ont gardé cette perception», dit la Dre Romero.

Croisés alors qu’ils revenaient de leur marche à la passerelle de la Seigneurie, qui enjambe la rivière Chaudière, à Saint-Georges, Bruno, 78 ans, et Lisette, 74 ans, racontent qu’ils ont passé les Fêtes sans voir leur famille. Mais à Noël et au jour de l’An, ils ont vu qu’il y avait bien plus de voitures dans les stationnements des maisons que d’habitude, signe que plusieurs se sont autorisés des exceptions durant les Fêtes.

Après 10 mois de pandémie, le couple comprend que les gens sentent le besoin de se rassembler, mais ils auraient préféré qu’ils s’abstiennent pour casser la deuxième vague. Avec les cas qui se multiplient en Beauce, «on est plus inquiet quand on va faire nos courses», dit Lisette. Mais pas question pour le couple de s’envoler vers la Floride , comme il le fait chaque hiver. «Personne ne m’aurait fait sortir du Québec», dit Bruno.

Manifestations

Hugo Morin, lui, n’est pas d’accord avec les mesures de santé publique. Samedi dernier, comme une trentaine d’autres personnes, ce résident de Saint-Georges pro-Trump a participé à une manifestation contre le couvre-feu près du Centre de Congrès Le Georgesville. En juillet, M. Morin avait aussi marché dans les rues de sa ville avec environ 500 autres personnes pour protester contre le port du masque obligatoire.

Le Beauceron croit que le gouvernement devrait se contenter de dire qu’il «suggère fortement» les mesures sanitaires, sans remettre des amendes aux contrevenants.

Hugo Morin porte le masque dans les commerces où les propriétaires sont «stricts», explique-t-il au Soleil par Messenger. «Sinon à 50% des endroits où je vais je ne le mets pas. Je sais qu’il ne sert strictement à rien. Et la distanciation je ne me suis jamais collé et j’ai jamais frenché personne au dépanneur, donc ça ne change rien à ma vie. Et les rassemblements je ne me suis jamais empêché de voir ma famille ou mes amis et je ne le ferai jamais. Surtout pas sur ordre du gouvernement corrompu et des journalistes pourris non plus. Le couvre-feu, avec 2 enfants je le respecte déjà depuis 3 ans.»

Après sa publication sur Facebook, la Dre Julie Doyon redoutait de faire face à un barrage d’opposants aux mesures sanitaires. Au contraire, elle a reçu de nombreux messages d’appui sur sa page.

«Le post que j’ai fait sur Facebook, ce n’était réellement pas pour stigmatiser la population, dit la médecin. Moi, je suis Beauceronne, je suis fière de mes racines. C’était vraiment plus un appel à la solidarité».

En ce moment, l’hôpital où travaille Dre Doyon soigne des patients atteints de la COVID-19, mais ceux qui ont besoin d'hospitalisation sont transférés à l’Hôtel-Dieu de Lévis.

Mais si l’hôpital de Saint-Georges en vient à accueillir un afflux de personnes atteintes de la COVID-19, l’interniste espère que son hôpital ne devra pas se rendre au point où les patients qui ont besoin d’un lit aux soins intensifs seront triés pour déterminer qui aura un respirateur ou non, comme ce fut le cas en Italie au printemps.


« Un cauchemar pour un médecin serait vraiment d’avoir à choisir entre deux vies à sauver »
Dre Julie Doyon


Comme citoyenne de Saint-Georges, Dre Doyon connaît par ailleurs de nombreux employés et propriétaires de PME en Beauce dont le gagne-pain a été malmené par la crise sanitaire. Et elle croit que les Beaucerons seront sensibles à cet égard. «Ces gens-là méritent qu’on fasse tout en notre possible pour freiner la pandémie», dit-elle.