La ligne de piquetage à l’Aluminerie de Bécancour pourrait être chose du passé dans l’éventualité d’un règlement au terme de cette journée déterminante dans le conflit à l’Aluminerie de Bécancour.

Jour J pour l'ABI

Bécancour — Après bientôt un an de lock-out à l’Aluminerie de Bécancour, c’est le jour J fixé par le ministre Jean Boulet pour que les parties en viennent à une entente. Un blitz de pourparlers qui aura été marqué, ces derniers jours, par l’annonce patronale d’une réduction de la production et la plainte syndicale pour négociation de mauvaise foi.

En effet, au lendemain de la décision prise par l’employeur de fermer la moitié des cuves et à la veille de la date butoir déterminée par Québec pour parvenir à un règlement, le Syndicat des Métallos a déposé jeudi une plainte à l’encontre de la direction de l’ABI et d’Alcoa auprès du Tribunal administratif du travail.

La partie syndicale rappelle que le Code du travail prévoit que les parties doivent «poursuivre [les négociations] avec diligence et bonne foi». 

«Alcoa ne se comporte pas de façon à chercher une entente négociée. En coupant de moitié la production restante à 48 heures de l’échéance des négociations fixée par le ministre, la compagnie envoie le signal qu’elle ne prend pas au sérieux le processus de négociation. En effet, l’arrêt des cuves accroît le coût du lock-out et le temps nécessaire au redémarrage de l’usine», explique le président de la section locale 9700 des Métallos, Clément Masse.

Celui-ci souligne que la compagnie a multiplié les nouvelles demandes de concessions depuis le début du lock-out le 11 janvier dernier, signe, dit-il, qu’elle ne cherche pas réellement un règlement négocié. 

«Une compagnie qui revient sur des clauses déjà paraphées et qui formule des offres moins avantageuses que celles refusées initialement ne fait pas montre de bonne foi. Le gouvernement a nommé un médiateur spécial au printemps dernier, puis un conseil de médiation le 7 novembre en donnant un ultimatum pour arriver à une entente négociée. Or, Alcoa n’a pas saisi l’opportunité de s’engager dans une démarche constructive», dénonce l’adjoint au directeur québécois des Métallos, Dominic Lemieux.

Le Syndicat des Métallos déplore le déséquilibre dans les négociations, alors que la clause d’Act of God ou de force majeure invoquée par ABI a dispensé la compagnie de payer plus de 200 millions de dollars à Hydro-Québec pour le bloc d’électricité qui lui est réservé.

«La compagnie voit ses pertes épongées par tous les Québécois. C’est 200 millions en moins dans les coffres de l’État en redevances d’Hydro-Québec et cela risque même de faire hausser les tarifs de tous les Québécois. Ce cadeau de 200 millions permet à ABI de réduire ses pertes. Le gouvernement réunit les conditions qui incitent ABI à négocier de mauvaise foi», dénonce le directeur québécois des Métallos, Alain Croteau. 

C’est donc dans cet esprit d’affrontement que les parties vont se retrouver à une même table en cette dernière journée fixée par le ministre du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité, Jean Boulet.

On se rappellera que pour aider les parties à conclure leur convention collective, un conseil de médiation avait été mis sur pied le 7 novembre dernier dans le but de relancer les négociations entre la direction d’ABI et le syndicat représentant les travailleurs de l’Aluminerie afin d’en arriver
à une entente avant le 30 novembre 2018. Or, la veille, le député de Trois-Rivières avait senti le besoin de repousser la date butoir au 21 décembre, les parties n’étant pas suffisamment proches pour permettre de bien définir les paramètres d’une hypothèse de règlement. 

Le conseil de médiation, présidé par Me Lucien Bouchard, est aussi composé de la sous‑ministre adjointe aux relations du travail au ministère du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale, Me Mélanie Hillinger, et du conciliateur Jean Nolin. La formation de ce conseil faisait suite aux différentes rencontres tenues entre le ministre et les parties prenantes de ce conflit. À peine élu,
Jean Boulet aura rencontré la direction locale d’ABI, le syndicat des Métallos et, à Pittsburgh, les dirigeants d’Alcoa. 

Les trois conventions collectives sont échues depuis le 22 novembre 2017 et l’employeur a décrété un lock-out, le 11 janvier 2018, conformément aux dispositions du Code du travail, après le rejet de son offre par les travailleurs syndiqués.

Près d’un an plus tard, l’usine ne fonctionne plus qu’à 17 % de sa capacité alors que la situation des cadres force Alcoa à réduire de moitié les opérations de l’unique série de cuves en exploitation à l’ABI.