Jocelyn Thibault avait prévu le coup. Il y a longtemps. Peu importe le contexte, ou la situation, il avait choisi de quitter son poste de DG du Phoenix il y a plus d’un an, déjà.
Jocelyn Thibault avait prévu le coup. Il y a longtemps. Peu importe le contexte, ou la situation, il avait choisi de quitter son poste de DG du Phoenix il y a plus d’un an, déjà.

Jocelyn Thibault, un départ au sommet

Jocelyn Thibault avait prévu le coup. Il y a longtemps. Peu importe le contexte, ou la situation, il avait choisi de quitter son poste de DG du Phoenix il y a plus d’un an, déjà. S’il assure n’avoir aucun plan dans l’immédiat, outre deux voyages de pêche, l’ancien gardien de la LNH veut malgré tout demeurer dans le monde du hockey, à moyen terme.

C’est un peu à la surprise générale que le Phoenix a annoncé le départ de Jocelyn Thibault de son poste de DG de l’équipe, mercredi. 

Après tout, Sherbrooke venait de connaître sa meilleure saison depuis sa renaissance en 2012 et seule la pandémie de la COVID-19 a mis un terme à ses prétentions légitimes de meilleure équipe au pays. Et à l’aube d’une autre saison où le Phœnix devrait logiquement faire encore partie des équipes favorites au titre, il est plutôt surprenant de voir l’architecte quitter son poste.

Habituellement, lorsqu’il y a un mouvement de personnel au sein d’une de hockey junior, c’est que les choses ne tournent pas rond. Pas quand l’équipe est la meilleure au Canada.

Et pourtant, voilà que l’un des hommes de hockey les plus connus en région, et au Québec, décide de faire un pas de recul.

Le principal intéressé, lui, sourit à l’écoute de cette affirmation. Pour l’Estrien d’adoption, tout était déjà décidé à l’avance. Et le contexte, avance-t-il, est idéal.

Et en même temps qu’il fait un pas de recul, déjà, les rumeurs l’envoient chez les pros, notamment au sein de l’organisation du Canadien de Montréal.

« J’ai avisé les membres du conseil d’administration du Phoenix il y a un an, un an et demi je dirais, que quelque part après la saison 2020-21, que je me replierais au niveau des activités hockey. Avec la saison qu’on a eue, et celle qui s’en vient, la situation des entraîneurs, qui entamaient leurs dernières années de contrat, il y a des grosses décisions hockey à prendre dans la prochaine année. Je voyais mal un DG sur son départ, je vais dire ça comme ça, prendre les décisions importantes pour le nouveau cycle qui s’en vient dans les 12-18 prochains mois. »

Ceux et celles qui chercheront une raison précise qui explique que Thibault ait décidé de léguer son poste à son bon ami Stéphane Julien seront déçus. C’était tout simplement, le temps, dit-il.

Une question de timing

« Personnellement, je voulais aussi me retirer un peu, j’avais l’intention d’en prendre un peu moins sur les épaules. Stéphane est prêt à en prendre plus pour les opérations hockey, le timing était parfait pour lui donner le relais. C’est un ensemble de plein d’éléments. Ça peut paraître surprenant, mais dans ma tête, je suis rendu là. »

« Je quitte l’esprit en paix, même si je vais rester près de l’équipe, en tant que vice-président hockey. Quand c’est ta business, ton équipe, tu ne la quittes pas pour la mettre dans le trouble. Les gens en place vont faire le travail. »

Jocelyn Thibault est habitué aux projecteurs. Nommé joueur-étudiant par excellence au Canada lors de son passage comme joueur dans la LHJMQ, il a su faire sa marque alors qu’il avait bien souvent les caméras braquées sur lui.

Impliqué dans l’échange qui envoyait Patrick Roy au Colorado, il a relevé le défi de garder le filet du CH dans l’un des milieux sportifs les plus médiatisés en Amérique du Nord.

Premier choix des Nordiques de Québec en 1993, il aura joué pendant 16 ans dans la LNH et plus de participer au match des étoiles en 2003.

Et n’allez pas croire qu’il allait se tourner les pouces une fois à la retraite. Il s’est rapidement impliqué dans le hockey féminin, dirigeant notamment ses filles, tout en donnant au passage un lustre que le hockey féminin sherbrookois et estrien affiche encore.

Et enfin, il fait partie des actionnaires qui ont bâti le Complexe Thibault GM, infrastructure sportive désormais incontournable dans le paysage sportif sherbrookois et estrien.

Alors, ne croyez pas qu’il va s’asseoir tranquille dans sa balançoire à roulettes en regardant les nuages.

« Tu as raison, je ne m’en vais pas à la retraite! Je ne sais pas ce qui m’attend dans les prochaines semaines, dans les prochains mois. Un peu de repos, assurément. Je demeure VP hockey. Même s’il ne se passe rien, si je n’ai aucune offre dans une ligue différente, dans un programme différent, je vais rester proche de la ligue, je veux rester dans la «game». Tu sais comment ça marche, tu veux rester dans la «game», tu travailles tes contacts.

Je vais aller voir du midget AAA, le Phœnix, du hockey. J’aime ça. »

Sa présence constante dans le portrait médiatique québécois depuis des années en fait derechef un candidat idéal pour le CH, ou même pour son club-école du Rocket, à Laval.

Joël Bouchard et lui sont d’ailleurs de très bons amis

« Je n’ai pas été contacté par le Canadien ni aucune autre formation de la LNH, d’ailleurs. Mais c’est certain que si Montréal me contacte, je vais être certainement à l’écoute », a-t-il lancé directement.

« Je vais rester actif, et je vais garder les oreilles ouvertes. Je suis un travaillant. Je prends un pas de recul au niveau du Phœnix, mais je vais regarder ce qui se passe, je me garde des options ouvertes pour d’autres défis. Je ne suis pas pressé, je vais regarder ce qui va s’offrir. »

Jocelyn Thibault souhaite que son prochain défi soit lié à la gestion du hockey et de ses opérations. Du moins, c’est l’aspect du hockey qu’il préfère.

Un poste de gestion?

Jocelyn Thibault souhaite que son prochain défi soit lié à la gestion du hockey et de ses opérations. Du moins, c’est l’aspect du hockey qu’il préfère.

« Je ne sais pas dans quel contexte, ni pour quel rôle, je serais approché. Mais je ne suis pas un coach, je l’ai déjà fait, avec l’équipe féminine du Québec, mais je ne vise pas une carrière chez les pros, je ne suis pas un entraîneur professionnel dans l’âme », dit-il.

« J’aime le recrutement, et tout ce qui est en lien avec le personnel des joueurs les mouvements de personnel. J’ai développé un côté business du hockey, j’ai un «background» d’affaires, de gestion sportive, je crois que je me débrouille bien là-dedans et j’ai un intérêt pour ça. Je peux faire du hockey, de l’administration. Quand tu es DG d’une équipe junior, tu touches à tout, c’est une très belle école de hockey pour la formation de gestionnaire. »

C’est le contexte qui a poussé Jocelyn Thibault à occuper le poste de DG du Phoenix. Il n’avait aucune expérience en la matière. Se mesurer aux vieux routiers des autres équipes de la LHJMQ aurait pu devenir un cauchemar non seulement pour lui, mais aussi pour l’organisation.

Assis dans un fauteuil dont il ne maîtrisait pas encore les fonctionnalités, Thibault s’est lancé dans la mêlée avec ce qui lui a réussi lors de sa carrière active; des valeurs solides, et un travail acharné.

« Je n’étais pas destiné à faire ça. Je l’ai fait, mais je crois sincèrement qu’il n’arrive rien pour rien. Tu vas me dire tu pelletes des nuages, mais non. La vie m’a amené à occuper ce poste. Je n’étais pas préparé à ça, ce n’était pas un plan, de prendre la place à Pat (Charbonneau, le DG qu’il a remplacé). J’ai seulement appliqué ce que je pensais être important à appliquer à notre équipe. J’ai fait des bons coups, des erreurs. Mais j’avais mes valeurs, mes convictions profondes, j’étais entouré de bonnes personnes. Le reste, c’est du travail. »

La meilleure illustration de méthode de travail? Peu de temps après son arrivée en poste, Thibault a invité deux journalistes de La Tribune à son bureau du Palais des sports, pour leur montrer le travail de fond qui avait été entamé afin de construire une équipe aux valeurs qui collaient à celles du DG et de son bon ami Stéphane Julien.

Les diagrammes construits par une firme spécialisée en ressources humaines étaient sur la table, le plan était clair, quantifié, et les objectifs, clairs.

Quelques saisons plus tard, le Phoenix terminait une saison écourtée avec une fiche de 51 victoires et 12 défaites.

« Je veux prendre le temps, un peu. L’été 2019 a été difficile, avec le dossier Cameron Whynot (défenseur des Maritimes repêché en première ronde par le Phoenix, et qui ne s’est pas présenté à Sherbrooke, NDLR) ou le dossier des initiations, qui a fait grand bruit dans les médias. En principe, cet été, ça devrait être plus calme. En tout cas, je le souhaite! »