Cette photo représente un moment que Jérôme C. Rousseau n’oubliera jamais. Celle qui lui a fait vivre son coup de foudre pour les chaussures, la chanteuse de Deee-Lite, Lady Miss Kier, portait ses créations, un soir où elle était DJ et qu’il allait la rejoindre.

Jérôme C. Rousseau dessine des chaussures pour les stars

Scarlett Johansson, Halle Berry, Selena Gomez et Miley Cyrus ont un point en commun. Elles sont au nombre des célébrités qui ont porté les créations de Jérôme C. Rousseau, un designer de chaussures haut de gamme natif de Roberval, qui les a conquises avec ses bottes, sandales et escarpins tout aussi excentriques que luxueux.

Le Progrès a joint le Robervalois pour parler de son parcours et de son processus de création. L’homme vit maintenant à Los Angeles et est très occupé par ses prochaines collections.

Jérôme C. Rousseau est né à Roberval. Après y avoir passé sa jeunesse, il a quitté le Saguenay–Lac-Saint-Jean pour aller étudier à Montréal afin de suivre sa passion. Il est tombé en amour avec les chaussures, à 12 ans. Celui qui écoutait « Musique Plus sans relâche » a eu un coup de foudre pour la chanteuse du groupe Deee-Lite, Lady Miss Kier, qui portait des souliers plateformes extravagants dans l’un de ses vidéoclips.

« Regarder Musique Plus me montrait ce qu’il y avait en dehors du Lac-Saint-Jean, et c’était une bonne façon d’échapper à la réalité du quotidien. Quand j’ai vu le clip de Deee-Lite, je n’avais jamais rien vu de pareil. Je pensais que c’était eux qui avaient inventé les souliers plateformes », a rigolé le créateur.

À partir de ce moment, M. Rousseau n’a jamais arrêté de dessiner des souliers, sans vraiment savoir où cela allait le mener.

Cette pointe sur le talon représente la signature de l’artiste, soit un talon épine.

Cette passion a finalement poussé l’homme à se diriger vers les grands centres, pour tenter sa chance dans le milieu de la mode. Devant l’absence d’une formation postsecondaire en chaussures au Canada, il a décidé de s’inscrire au Collège LaSalle de Montréal et d’entamer un parcours en design de la mode.

« Cette passion pour la chaussure ne me quittait pas. J’ai appliqué pour toutes sortes de bourses dans ma dernière année et j’en ai eu une de la Fondation de la mode de Montréal, ce qui m’a permis d’aller poursuivre mes études dans une école étrangère pendant deux ans », a-t-il continué.

Le Robervalois a alors choisi de s’instruire au Cordwainers College, une école spécialisée dans la création de chaussures du London College of Fashion, où il a appris les rudiments du métier de créateur. Cette école a formé le designer qu’il est aujourd’hui.

Cette expérience l’a amené à travailler auprès de plusieurs designers anglais, avant de lancer sa propre marque, Jérôme C. Rousseau, il y a près de 10 ans, à Los Angeles. Il souligne : « C’est le projet ultime de lancer sa propre marque, ce à quoi on pense toute notre vie. C’est un défi énorme ! Je crois que je n’ai même pas de mots pour dire comment ç’a été difficile et combien de travail ç’a demandé ! J’ai eu de la chance ; les choses se sont très bien passées. »

Récemment, Jérôme C. Rousseau a été invité à donner une conférence au Festival Mode et Design de Montréal, le 19 août, lequel est organisé par le Collège LaSalle.

Avec Stéphane Le Duc, pour qui le créateur a beaucoup d’admiration, il a discuté, en français, de sa carrière et de ses accomplissements en tant que designer, une expérience qu’il n’oubliera pas de sitôt. « Je pense que je n’avais jamais pris, comme ça, une heure pour m’arrêter, réaliser et savourer tout ce que j’ai fait jusqu’à maintenant », a-t-il avoué.

Les souliers de Jérôme C. Rousseau se trouvent dans plusieurs boutiques luxueuses, mais aussi en ligne, ce qui fait que les gens de partout peuvent maintenant s’en procurer.

L’homme, dont la marque fêtera bientôt ses 10 ans, a d’autres projets qui lui trottent dans la tête. Peut-être qu’un jour, il va se lancer dans une collection pour hommes, ou encore ouvrir sa propre boutique . Toutes les options sont devant lui, mais il n’y a aucun doute, il continuera de travailler et de suivre sa passion, annonce-t-il.

+

DES CRÉATIONS UNIQUES ET DIVERSIFIÉS

Escarpins à talons vertigineux, bottes à motifs hautes en couleur, sandales discrètes; les créations de Jérôme C. Rousseau sont uniques en leur genre. 

Toutes les chaussures créées par le Robervalois reflètent des choses qui l’inspirent. Selon lui, ses chaussures sont le reflet de ses intérêts des trois ou quatre mois qui ont précédé les dessins de sa collection. « Les chaussures Jérôme C. Rousseau ne ressemblent pas aux chaussures des autres créateurs. Il faut que je présente une paire qui n’a pas déjà été vue. Je ne veux pas que les clients aient déjà une paire comme ça dans leur garde-robe », explique-t-il. 

Il a ajouté, récemment, un talon épine à ses créations, ce qui commence à devenir sa marque de commerce. C’est une toute petite pointe qui fait penser à l’épine d’une rose et qui est tournée vers l’intérieur, placée sur le talon, explique-t-il. 

M. Rousseau est très fier d’avoir maintenant une signature et d’avoir réussi à développer un signe comme celui-ci, qui permet de reconnaître ses créations automatiquement.

Certaines des plus grandes célébrités d’Hollywood ont aimé les créations du Robervalois et les ont fait parader sur les tapis rouges. 

Les chanteuses Selena Gomez et Miley Cyrus et l’actrice Kristen Bell, entre autres, ont craqué pour les chaussures Jérôme C. Rousseau. 

Le designer est aussi particulièrement fier d’avoir chaussé l’actrice Charlize Theron, la première vedette à avoir porté ses souliers, avant même qu’il ait lancé une collection. Ce fut également un honneur lorsque les actrices Scarlett Johansson et Halle Berry ont chaussé ses créations.

Un moment qu’il n’oubliera jamais est lorsqu’il a vu son idole, celle qui lui a donné la passion pour les chaussures, la chanteuse Miss Lady Kier, porter ses créations à une fête. « J’allais la rejoindre, et lorsque je suis arrivé, elles portaient mes chaussures. Ç’a été un moment magique », révèle-t-il.

+

DU TRAVAIL ET DE LA PASSION

Pour Jérôme C. Rousseau, être originaire d’une région, ce n’est pas un « désavantage », comme le laisseraient paraître certains médias. Au contraire, le designer pense qu’il est possible de réussir, peu importe d’où on vient, si la passion nous allume.

« Je n’aime pas la question “Comment un petit gars du Lac-Saint-Jean réussit-il à se rendre à Los Angeles?’’», laisse-t-il tomber. 

Il voit dans cette question un sous-entendu supposant que venir d’une région est un désavantage. « C’est comme si on disait que c’était impossible parce que je venais de Roberval, alors qu’on peut tous atteindre ce qu’on veut atteindre en travaillant fort », admet-il.

Le designer conseille à tous ceux qui s’intéressent au domaine de la mode et qui vivent en région de suivre leur instinct. Selon lui, il faut avoir une passion sans fin, puisqu’elle sera remise en question à maintes reprises dans une carrière.

De plus, il croit que si une personne veut réussir dans la sphère de la mode, elle doit être prête à travailler, et encore plus que les autres. Il ne faut pas non plus le faire pour la célébrité, car selon lui, ceux qui agissent ainsi ne réussissent pas. 

Sa vie n’a rien de glamour dans son quotidien et son travail peut s’avérer très solitaire, confie-t-il.

Enfin, Jérôme C. Rousseau estime que c’est son travail acharné et sa passion indéniable qui lui ont permis de se démarquer et de se faire remarquer par des célébrités.