Jean-François Labrie

Jean-François Labrie refuse le titre de guérisseur

Jean-François Labrie refuse le titre de guérisseur parce qu’il affirme que seul Dieu peut guérir et il ne prétend aucunement être médecin ou psychologue.

Le révérend de l’Église Inter-Foi de North Hatley subissait le contre-interrogatoire de son témoignage, mardi, au palais de justice de Sherbrooke.

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Selon lui, même un professionnel de la santé ne peut guérir une personne.

« Dans ma conviction, seul Dieu peut engendrer un processus aussi miraculeux qu’une guérison. La seule chose qui peut engendrer la guérison, c’est la foi. C’est par la grâce de Dieu. Les gens peuvent me nommer comme ils veulent », soutient Jean-François Labrie qui refuse toutefois le titre de guérisseur.

Le révérend Labrie est accusé de 21 chefs de pratique illégale de la médecine.

Les chefs d’accusation concernent le fait que Jean-François Labrie a laissé croire qu’il était autorisé à exercer la médecine lors d’une consultation, qu’il a fait des diagnostics, qu’il a prescrit des médicaments et qu’il a déterminé le traitement médical sans être titulaire d’un permis valide et approprié et sans être inscrit au tableau du Collège des médecins.

C’est le Collège des médecins qui a porté les accusations de pratique illégale de la médecine.

En entrevue, l’avocat de Jean-François Labrie, Me Robert Brunet, explique que les activités spirituelles de son client peuvent « ressembler étrangement » à celles du frère André qui demandait l’intercession de Saint-Joseph.

« C’est de la guérison spirituelle. Ce sont des soins spirituels. Autant le frère André, mon client ou les prêtres à Notre-Dame de Lourdes ne guérissent pas; ils procurent de l’espoir. Ils procurent des soins spirituels. Ils écoutent. S’il y a une guérison, c’est, selon eux, l’Esprit saint, mais ce n’est pas eux », signale Me Brunet.

L’avocate du Collège des médecins, Me Joanie Poirier, a demandé à Jean-François Labrie pourquoi il était inscrit dans la salle d’attente de l’Église Inter-Foi qu’il n’est pas médecin. Ce dernier est formel : il agit sur la dimension spirituelle des personnes qui viennent le consulter.

« Je suis révérend, je ne suis pas médecin. C’est pour être clair qu’il n’y a pas de contexte médical qui se fait là. Je veux distinguer que je ne suis pas psychologue ou médecin. Je veux les aider dans un contexte de culte. Il doit y avoir la compréhension que c’est un lieu de culte, ce n’est pas un hôpital », assure Jean-François Labrie.

Il explique que les gens viennent le consulter pour diverses raisons à son bureau de l’église Inter-Foi.

« Il y a des gens qui me racontent leurs bobos sur le plan physique ou ce qu’ils vivent au travail ou dans leur vie de couple. Tu reçois les gens. Dès que les gens me posent des questions, je les réfère à la bible, que l’on va prier ensemble. Ils vont me raconter leurs douleurs. Les gens se racontent. Je ne pose pas de question. Je suis simplement à l’écoute », explique Jean-François Labrie.

L’avocat de la défense Me Robert Brunet
L’avocat du Collège des médecins, Me Stéphane Gauthier

Rédemption de l'âme

Il est revenu sur le rituel de « rédemption de l’âme » qu’il a démontré devant le tribunal lundi. Lors du rituel, il utilise du coton, de l’huile, de l’eau bénite et de la terre sainte et fait des signes de croix à certains endroits sur le corps de la personne qui le consulte. Lorsqu’il se fait poser des questions, il répond que c’est « à la grâce de Dieu ».

« La base du rituel est toujours la même. Les gestes restent les mêmes. Mais le matériel peut changer parfois selon l’inspiration du Saint-Esprit. Il peut y avoir certaines variantes. Des fois les gens sont sur le dos sur la table ou assis en fonction de la demande des gens », indique Jean-François Labrie qui mentionne que pour l’une des plaignantes, il avait utilisé de la terre.

Une trentaine de fidèles étaient présents dans la salle d’audience pour appuyer le révérend dans sa défense devant le tribunal.

Il accueille les gens bénévolement

Jean-François Labrie assure qu’il ne demande pas d’argent et ne retire rien sur le plan monétaire des consultations spirituelles qu’il donne à l’Église Inter-Foi de North Hatley.

Comme indiqué dans son bureau, il affirme que les contributions pour les consultations demeurent volontaires, mais qu’un montant de 80 $ est suggéré pour l’entretien et la survie de l’église.

Jean-François Labrie a remis au tribunal des documents concernant les finances de l’Église Inter-Foi de North Hatley. Il spécifie que depuis 2010, les surplus de l’église ont été remis à plusieurs autres organismes de charité.

Il affirme ne pas connaître les revenus de l’Église Inter-Foi.

« Je n’ai aucune idée », a spécifié Jean-François Labrie.

Il a répété qu’il ne recevait aucun salaire ou contribution de la part de l’église, dont il n’est pas membre du conseil d’administration. Jean-François Labrie mentionne qu’il donne des formations spirituelles en Europe, aux États-Unis et au Canada. Ces conférences lui rapportent des revenus d’environ 100 000 $ par année.

« Je donne des formations de croissance personnelle dans lesquels on voit notamment des techniques de méditation, de développement de la personne. C’est de cette façon que je vis. L’église est du bénévolat. Ce sont ces formations où je suis invité comme conférencier qui me permettent de vivre », précise le révérend Labrie.

Il affirme qu’entre 80 et 130 personnes venaient le rencontrer chaque semaine pour des consultations sur une période de neuf à dix mois par année.

« Ça s’est fait progressivement en augmentation », signale Jean-François Labrie.

Il affirme que le procès intenté contre lui a fait réduire le nombre de personnes qui viennent le consulter à une cinquantaine par semaine.

Jean-François Labrie a rejeté le montant du calcul réalisé par le juge Érick Vanchestein de la Cour du Québec qui établissait à environ 300 000 $ les revenus annuels de l’Église Inter-Foi. Jean-François Labrie a mentionné que la plus grosse année de l’Église Inter-Foi avait été de 83 000 $.

L’église doit remettre aussi 10 pour cent des dons à l’église centrale aux Philippines.

Il a affirmé ne pas prendre de notes ou constituer de dossiers des personnes qui le consultent.

« Je ne suis pas un professionnel. Je suis là pour écouter les gens. Je n’ai pas besoin de constituer un dossier personnel », affirme Jean-François Labrie.

Il affirme cependant avoir pris quelques notes sur un papier concernant une plaignante qui s’est avéré être une enquêteuse du Collège des médecins parce qu’il avait des doutes.