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«Je m’appelle Bruno et je suis dépendant»: incursion chez les Narcotiques Anonymes

« Quand c’est rendu que tu écoutes Virginie ou que tu fais des mots croisés en prenant de la coke, tu as sans doute un problème. » Bruno est abstinent depuis 18 ans, après avoir consommé quotidiennement durant 22 ans. S’il réussit à rester sobre après tant d’années, c’est en grande partie grâce aux Narcotiques Anonymes (NA). Toujours fidèle aux rencontres et aux groupes d’entraide, Bruno participera au congrès de l’organisme, qui se tient à Jonquière jusqu’à dimanche.

Bruno a toujours baigné dans le monde de la consommation. Plus jeune, le cannabis n’était pas tabou chez lui, ses frères aînés en consommant ouvertement. « On était dans les années 70 ; c’était pas mal la norme ! Moi, je faisais beaucoup de sport à l’époque alors je n’étais pas trop pour ça. Mais en vieillissant, j’ai moi aussi commencé à fumer du pot », raconte Bruno, dont nous préservons l’identité en nous conformant aux règles des Narcotiques Anonymes.

Petit à petit, le cannabis a fait place aux substances plus costaudes, comme le LSD et la cocaïne, par exemple. L’alcool faisait aussi partie intégrante de la vie de Bruno. « Disons que j’étais pas mal sur le party. Mais j’arrivais tout de même à fonctionner. J’avais une bonne job, une conjointe et un bébé en route », se rappelle-t-il.

À l’époque, la conjointe de Bruno, qui n’est plus sa conjointe d’aujourd’hui, ignorait la gravité des problèmes de consommation de son amoureux. « Je consommais tous les jours, mais en cachette. C’était surtout de la coke, du pot et de l’alcool. Un moment donné, elle s’en est bien rendu compte et elle m’a donné un ultimatum. C’était la drogue ou elle. Je lui ai répondu qu’elle n’était pas peureuse », explique Bruno, qui s’est finalement séparé quelque temps plus tard.

Cette séparation a été un prétexte pour sombrer davantage dans le cercle infernal de la consommation. « Je me suis fait une autre blonde, qui consommait également alors c’était le party tous les jours. Je manquais de plus en plus de jours de travail, je commençais à devoir de l’argent à des gens un peu trop dangereux », raconte Bruno.

Au fil du temps, l’homme s’est isolé dans la consommation. Être gelé était son état normal et la paranoïa s’installait. « Je consommais seul, chez moi. Je ne voulais pas que ma blonde prenne ma drogue alors j’attendais qu’elle dorme pour consommer. Écoute, c’était rendu que je regardais Virginie avec mon miroir plein de coke sur la table du salon. Je faisais des mots croisés complètement gelé. Ça n’avait plus de bon sens. Si une voiture passait devant chez moi trop lentement, je m’imaginais que c’était la police ou les motards. J’étais parano. Je pouvais manquer plusieurs jours d’ouvrage sans avertir. Je n’avais plus une cenne », raconte celui qui a alors reçu la visite d’un délégué syndical de son travail.

« Ça faisait trois jours que je ne m’étais pas présenté à l’usine. Je ne le savais pas, mais c’était un Narcotique Anonyme. Tout le monde le savait à la job que j’avais des problèmes. Il m’a parlé sans me juger et il m’a dit que si j’avais besoin d’aide, il y en avait. Vous savez, être dépendant, c’est comme être cocu. Tout le monde le sait que tu as des problèmes avant toi ! », image Bruno.

« J’ai essayé de tout arrêter par moi-même, mais je n’ai pas été capable. Je me rendais à l’hôpital à Jonquière et j’attendais là, sur la galerie. Puis, je repartais. Je voulais de l’aide, mais je n’étais pas capable d’en demander », raconte Bruno.

C’est après la visite du délégué syndical qu’il a rencontré son patron pour lui dire qu’il avait besoin d’aide. C’était en 1999. Bruno a alors pris le chemin d’une maison de thérapie, où il a passé 28 jours. Il a rencontré des gens qui fréquentaient les NA. « Je suis sorti en étant déterminé à m’en sortir, mais j’ai fait quelques rechutes durant l’année qui a suivi. Je buvais un peu et je suis retombé dans mes vieilles habitudes. C’est la veille de la fête de ma fille, qui allait avoir 12 ans à l’époque, que j’ai vraiment compris que ça n’allait plus de tout. Je suis allé aux NA et je n’ai jamais lâché. Ça fait 18 ans que je n’ai pas touché à rien. J’ai hâte que ça fasse 22 ans, car j’ai consommé durant autant d’années. Je me dis que ça va peut-être s’annuler ! », affirme Bruno, en riant.

Même après tant d’années et même si l’envie de consommer est disparue, Bruno continue de s’impliquer et de fréquenter les groupes des NA, qui offrent des réunions chaque jour, aux quatre coins du Saguenay–Lac-Saint-Jean. « Les NA nous apprennent à gérer nos émotions sans consommation. Ils nous apprennent à partager, à écouter. Entendre des partages de gens qui ont vécu la même chose que nous est très encourageant. Ils nous apprennent à revivre », souligne Bruno.

Un sentiment que partagent Désirée et Catherine, deux autres membres des NA.

Pour Catherine, c’était sa consommation quotidienne de cannabis et d’alcool qui l’a menée à une réunion il y a six ans. Pour Désirée, c’est une relation toxique, mélangée à une consommation quotidienne de drogues de toutes sortes, qui l’ont forcée à consulter.

Les deux femmes sont aujourd’hui sobres, mais continuent de fréquenter les rencontres régulièrement. Elles seront également présentes au congrès des NA, qui débutait vendredi, au Delta de Jonquière. Un total de 300 personnes sont attendues jusqu’à dimanche.

Bruno, Désirée et Catherine, dont nous préservons l’identité en respectant les règles des Narcotiques Anonymes, ont parlé de leur parcours avec Le Progrès, plus tôt cette semaine.

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DES RÉUNIONS POUR TOUS, PARTOUT ET TOUT LE TEMPS

Cet été, 850 personnes ont fréquenté les différentes réunions des Narcotiques Anonymes (NA) au Saguenay–Lac-Saint-Jean. Les groupes s’adressent à n’importe qui, que ce soit quelqu’un souffrant de problèmes de consommation ou quelqu’un étant inquiet pour un proche. Les NA aident les gens aux prises avec des dépendances aux drogues, aux médicaments et aussi à l’alcool. 

Narcotiques Anonymes est une association internationale d’entraide de dépendants en rétablissement, tenant plus de 67 000 réunions hebdomadaires dans 132 pays. Au Québec seulement, 262 réunions ont lieu chaque semaine.

« L’important, c’est de pouvoir avoir du soutien et de pouvoir partager. C’est vraiment la clé. Il y a des réunions tous les soirs, ce qui fait en sorte qu’on n’est jamais seuls », explique Catherine, abstinente depuis six ans. 

Les Narcotiques Anonymes organisent aussi des rencontres spéciales, comme à la Saint-Jean-Baptise ou dans le temps des Fêtes, par exemple. « Nous sommes des gens de party, alors c’est important d’avoir des endroits pour faire la fête, mais sans tentations. Aujourd’hui, je n’ai plus de misère à résister à la tentation, mais disons que les premiers temps, aller dans le Sud, par exemple, c’était toute une épreuve ! De plus, si on va à un mariage ou à une réunion familiale, tout le monde nous tente à boire, puisque ce n’est pas tous les membres qui parlent de leur abstinence. Les tentations sont partout et c’est le grand danger », note Bruno. 

Des campings, par exemple, ont été ouverts pour les NA au Québec, afin qu’ils puissent profiter des vacances sans que l’alcool y coule à flots. « Nous avons aussi des Saint-Jean-Baptise sobres. Dsons que ces fêtes-là, c’était un bon moyen pour se déchausser lorsqu’on consommait alors il faut pouvoir continuer à avoir du plaisir », ajoute Bruno, qui a consommé quotidiennement de 16 à 37 ans.