Le fait de dormir seulement quelques heures par nuit, puis de soudainement changer son horaire de sommeil pour récupérer, et ensuite retourner encore à une privation de sommeil, est presque pire que la privation de sommeil elle-même, conclut une nouvelle étude.

Inutile, la grasse matinée

Inutile de faire la grasse matinée la fin de semaine pour combler le déficit de sommeil accumulé pendant la semaine : non seulement ça ne fonctionne pas vraiment, mais vous êtes peut-être même en train d’aggraver votre état de santé.

Des chercheurs de l’Université du Colorado à Boulder ont recruté 36 adultes en santé âgés de 18 à 39 ans et les ont répartis en trois groupes : un qui a dormi neuf heures par nuit pendant neuf jours, un autre qui a dormi seulement cinq heures par nuit pendant la même période et un dernier qui a dormi tout au plus cinq heures par nuit pendant cinq jours, suivi d’un week-end pendant lequel il a pu dormir autant qu’il le désirait.

Les deux groupes privés de sommeil ont grignoté davantage en soirée, pris du poids et réduit leur sensibilité à l’insuline. On a noté des améliorations modestes chez ceux qui ont profité de deux jours de récupération, mais ces bienfaits se sont volatilisés dès que la privation de sommeil est revenue.

«C’est ça qui m’a interpellé le plus, a dit la docteure Marie Dumont, du Centre d’études avancées en médecine du sommeil de l’Hôpital du Sacré-Cœur de Montréal. [Les chercheurs américains] ont remarqué que [dormir la fin de semaine] avait réduit un peu les dommages, mais que finalement ce qui était le pire, c’était le yoyo. Ceux qui dormaient cinq heures par nuit pendant les neuf nuits étaient presque moins pires que ceux qui essayaient de récupérer pendant une fin de semaine dans le milieu de la série.»

Le fait de dormir seulement quelques heures par nuit, puis de soudainement changer son horaire de sommeil pour récupérer, et ensuite retourner encore à une privation de sommeil, était presque pire que la privation de sommeil elle-même, a-t-elle précisé.

Horloge biologique

On pourrait comparer cette situation à celle des jeunes qui ont tendance à aller au lit très tard la semaine, puis à dormir jusqu’en début d’après-midi la fin de semaine, ou encore à celle des travailleurs de nuit qui changent d’horaire continuellement, qui sont généralement privés de sommeil pendant qu’ils travaillent de nuit, et qui essaient de récupérer pendant leurs journées de congé, ou lorsqu’ils sont en rotation, quand ils travaillent de jour.

«Ces changements-là d’horaire perturbent énormément l’horloge biologique», a prévenu la docteure Dumont, qui enseigne aussi au département de psychiatrie de l’Université de Montréal.

Les cinq heures de sommeil par nuit allouées à certains participants à l’étude représentent une privation de sommeil «sévère», a dit Mme Dumont, et surtout pour des jeunes. «Ça fait longtemps qu’on sait qu’à court terme une privation de sommeil aussi intense a toutes sortes de conséquences directes sur le métabolisme», a-t-elle dit.

La majorité des gens ont besoin de sept heures par nuit, poursuit-elle, mais certains pourront s’en tirer avec six ou six heures et demie par nuit, en récupérant un peu la fin de semaine.

Pas banal

Mais il n’y a rien de banal à manquer de sommeil, a-t-elle prévenu.

«On pense que manquer de sommeil fera seulement qu’on est plus fatigués et on est capables de combattre la fatigue et de fonctionner quand même, mais ce n’est pas vrai, a-t-elle dit. Le niveau de performance n’est pas le même, et ça, ça a été démontré depuis longtemps même si la personne ne s’en rend pas compte. Ça a aussi des conséquences physiologiques, en particulier sur le métabolisme, et ça, ça fait déjà plusieurs années qu’on le sait. Ça favorise l’obésité, ça favorise le diabète, ça favorise l’augmentation des taux de cholestérol.»

Ceux qui dorment aussi peu la nuit devraient essayer de toujours le faire aux mêmes heures, puis d’essayer de dormir un peu plus la fin de semaine, «mais je ne vais pas recommander à personne de dormir cinq heures par nuit, ce n’est pas bon et on le sait», a lancé Mme Dumont.

D’autant plus, selon elle, que les gens qui ne dorment que quelques heures par nuit le font souvent par choix, parce qu’à leurs yeux le sommeil est moins important que leurs autres activités, qu’ils tiennent à écouter la télévision ou à travailler avant de se lever le lendemain matin pour aller courir.

«Mais ils doivent être conscients qu’il y a des désavantages à ces choix-là et que le fait de manquer de sommeil peut entraîner des problèmes physiologiques, a dit la docteure Dumont. Ce n’est pas énorme [...] de trouver sept heures de sommeil par nuit. Essayer d’avoir suffisamment de sommeil pour être en forme est super important, quitte à faire des choix pour favoriser le sommeil, et autant que possible essayer d’avoir des horaires de sommeil assez réguliers, pour que l’horloge biologique puisse faire son travail de bien réguler toutes les fonctions de l’organisme.»

Les conclusions de cette étude sont publiées par le journal médical Current Biology.