Jean Boulet, ministre du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale et responsable de la Mauricie, en compagnie du ministre de l’Économie et de l’Innovation, Pierre Fitzgibbon.

Internet haut débit: Québec annonce 100 millions $

SHAWINIGAN — Le gouvernement du Québec a décidé de prendre sur lui la desserte internet à haut débit de 70 000 foyers et de plusieurs milliers d’entreprises à travers le Québec, sans attendre l’appui du fédéral. Vendredi matin, le ministre de l’Économie et de l’Innovation, Pierre Fitzgibbon, s’est déplacé au DigiHub de Shawinigan pour lancer l’appel de projets Régions branchées, qui bénéficiera d’une enveloppe de 100 millions de dollars pour rencontrer ses objectifs.

Il peut paraître un peu ironique qu’à la fin d’une campagne électorale fédérale au cours de laquelle l’importance d’une desserte internet fiable ait représenté un enjeu prioritaire dans toutes les communautés concernées, Québec décide d’appuyer sur l’accélérateur en solo. Le ministre convient que le déploiement tarde dans les régions moins bien desservies, d’où l’importance de poser un geste significatif.

«On va être les seuls maîtres à bord», se targue-t-il. «Ce 100 millions $ va nous coûter plus cher, parce que nous n’aurons pas de subvention du fédéral. Mais au moins, nous serons en action sur des choses tangibles.»

Ces 100 millions $ font partie d’une enveloppe globale de 400 millions $ annoncée lors du dernier budget pour brancher tout le Québec. «S’il en manque, on va en rajouter», glisse M. Fitzgibbon.

«Les gens en région veulent être branchés, ils exigent un service internet de qualité et performant. Sinon, ils vont partir», constate Gilles Bélanger, adjoint parlement du ministre de l’Économie et de l’Innovation (volets économie et Internet haute vitesse).

«Ça fait presque 20 ans qu’on parle de brancher les régions. On laissait souvent aller les fournisseurs de service. Qu’est-il arrivé? On s’est retrouvé avec un paquet de trous. Le Québec en région, ça ressemble à un gruyère. Le projet que nos proposons, c’est de brancher à 100 % ces régions.»

En 2016, Québec estimait à 340 000 le nombre de foyers mal desservis par internet haute vitesse. Avec le gouvernement fédéral, le programme Québec branché - 1 devait permettre de faire entrer dans le 21e siècle une première tranche de 110 000 foyers. 

«Je dois dire que ça a été très long avant de signer les contrats», convient M. Fitzgibbon, avant de confirmer que l’entente avec le fédéral était finalement réglée. Ces 110 000 foyers seront connectés d’ici 2021.

«Le programme Québec branché - 2, qu’on espère avoir après l’élection fédérale et celui du CRTC (Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes) (devaient) couvrir le reste des foyers», explique M. Fitzgibbon. «Nous avons décidé d’aller de l’avant, sans égard au fédéral, parce que sur les 230 000 qui nous restent, des gens ne seraient pas couverts. On pense qu’il y en a 70 000, mais ça pourrait aller jusqu’à 100 000. Nous allons connecter ces gens avant la fin du mandat.»

Pour les 160 000 derniers foyers, le ministre de l’Économie et de l’Innovation reconnaît être à la remorque d’Ottawa. «Nous sommes confiants que nous pourrons signer des contrats d’ici la fin 2020, pour avoir un déploiement le plus vite possible.»

M. Fitzgibbon doute que la couleur du gouvernement fédéral ou son statut majoritaire ou minoritaire influencera vraiment la suite des événements.

«Le problème du Québec pour le branchement internet à haut débit est le même dans toutes les provinces», fait-il remarquer. «Tous les gouvernements sont sensibles à ça.»

M. Fitzgibbon ne peut préciser les moments où tels secteurs seront enfin desservis dans telle tranche de programme, mais il souhaite mettre en ligne une carte interactive, au cours de la prochaine année, qui pourrait fournir ces informations.

La FQM enthousiaste

Jacques Demers, président de la Fédération québécoise des municipalités, s’était aussi déplacé à cette conférence d’information. Son degré de confiance paraît assez élevé à la suite de cette annonce, mais il convient que ses membres doivent aussi faire le travail sur le terrain pour être prêts.

«Internet à haut débit partout sur le territoire, ça fait trop longtemps qu’on en parle», convient-il. 

«Pourquoi j’y crois? À un moment donné, ça fait combien de fois qu’on dit que c’est essentiel? Peu importe le gouvernement, la population le dit: c’est un besoin. C’est un investissement qu’on fait une fois. Quand ce sera réglé, ce domaine sera autosuffisant sans problème. Réglons-le pour tout le monde.»

Jean Boulet, ministre du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale et responsable de la Mauricie, indique qu’il ne faut surtout pas sous-estimer l’impact de la mesure annoncée vendredi. 

«En 2016, le Forum économique mondial de Davos a calculé qu’une augmentation de 10 % de la numérisation d’un pays entraîne une croissance de 0,75 % du produit intérieur brut par habitant et une réduction du chômage de 1,02 %, ce qui n’est pas peu», fait-il remarquer. «Une connexion internet performante et de qualité a une incidence directe sur l’attractivité de nos régions.»

L’appel de projets est maintenant lancé et les soumissions pourront être déposées jusqu’au 18 novembre.