Le centre-ville, avec tous ses commerces, entreprises et institutions, est inondé.

Inondation à Beauceville: «Une des pires depuis longtemps» [VIDÉO + PHOTOS]

Tôt mardi matin, Michel Roy surveillait par sa fenêtre la rivière Chaudière lorsqu’il a vu l’embâcle se rompre. «On voyait les glaces descendre et là je me suis dit : “Ça n’ira pas bien”», raconte le citoyen de Beauceville.

Il était environ 6h quand l’amoncellement de glace qui s’était formé sur la rivière juste en amont du centre-ville s’est brisé. Aussitôt, le niveau de la rivière est monté et celle-ci est sortie de son lit. 

M. Roy, qui habite la 9e Avenue, n’a pas été inondé. Mais juste un peu plus bas, l’eau a envahi le boulevard Renault, l’artère principale de la ville qui longe le cours d’eau et regroupe la majorité des commerces de Beauceville.

L’inondation a en quelque sorte cadenassé le réservoir alimentaire de la ville : le IGA, le Subway, le Tim Hortons, l’Y Pizza et l’institution locale qu’est le restaurant Normandie-Bar l’Entracte ont été sinistrés. 

Michel Roy, qui a 70 ans, a été témoin de nombreuses inondations à Beauceville. «Là, c’est une des pires depuis longtemps», dit-il, comparant l’actuel débordement à ceux de 1991 et de 1957.  

Mardi après-midi, non loin de chez M. Roy, la ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault, est venue constater les dégâts sur place, chaussée de bottes de pluie.  

«Il y a plusieurs régions du Québec en ce moment qui sont affectées par l’accumulation d’eau des derniers jours, par les embâcles aussi. Mais c’est véritablement ici, à Beauceville […], que la situation est la plus critique», a dit la ministre, soulignant aussi des inondations à Saint-Georges et ailleurs dans la région de la Chaudière-Appalaches.

Le centre-ville, avec tous ses commerces, entreprises et institutions, est inondé.

À Beauceville, quelque 230 bâtiments et 36 personnes ont été évacués, l’inondation ayant atteint de nombreux commerces qui n’étaient pas occupés quand la rivière est sortie de son lit. 

Confronté à sa première catastrophe naturelle, le gouvernement Legault s’est interrogé mardi sur le bien-fondé de maintenir des sinistrés dans des zones à risque.

La ministre Guilbault a averti que le programme d’aide annoncé par son gouvernement le 10 avril aurait des limites maximales et imposerait des choix difficiles dans les situations d’inondation à répétition.

Invoquant l’expérience des citoyens de Beauceville «qui sont inondés année après année», Mme Guilbault a été claire sur les limites du soutien de l’État : «Au fil des années, si la personne est toujours inondée et atteint un certain maximum financier [d’aide gouvernementale], on va lui dire : “Soit tu prends ce dernier chèque ou nous t’aidons à te relocaliser ailleurs.”»

Mme Guilbault a d’ailleurs dit ressentir la frustration des citoyens. «On le voit, les gens sont “tannés” ici. Ça fait plusieurs fois que Beauceville est inondée. C’est toujours la même chose, les gens sont “tannés”, sont saturés de cette situation-là. Si le gouvernement peut offrir un incitatif financier, un soutien logistique pour se localiser ailleurs que dans une zone manifestement inondable, je pense que ce sera bienvenu», a-t-elle soutenu.

Accompagnée des députés Samuel Poulin et Luc Provençal, la ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault, est venue constater les dégâts sur place, chaussée de bottes de pluie.

Reloger le centre-ville?

Mais une relocalisation ne serait pas chose simple à Beauceville, où c’est le centre-ville, avec tous ses commerces, entreprises et institutions, qui est inondé. Et la ministre Guilbault n’avait pas de réponse claire à offrir mardi, se référant plutôt au programme d’aide annoncé.

«Il faudra voir au cas par cas», a-t-elle répondu lorsqu’interrogée sur l’hypothèse d’une relocalisation du centre-ville au complet. 

À Beauceville, certains ont déjà choisi d’éviter de s’établir au bord de la rivière. Mardi en milieu d’après-midi, Marjorie Tanguay, 29 ans, regardait un appartement riverain inondé où elle a failli s’installer, l’an dernier, avant de se raviser. 

«Je suis contente de ne pas l’avoir loué, dit-elle. Je trouvais ça trop proche de l’eau».  Avec La Presse canadienne