Valentin Auclair était détenu depuis janvier, après la publication d’un article faisant état de ses nombreux messages haineux à saveur néo-nazi tenus sur son compte VK, l’équivalent russe de Facebook.
Valentin Auclair était détenu depuis janvier, après la publication d’un article faisant état de ses nombreux messages haineux à saveur néo-nazi tenus sur son compte VK, l’équivalent russe de Facebook.

Incitation à la haine raciale: la cour interdit les réseaux sociaux à un homme de Granby

Un homme de Granby détenu depuis cinq mois pour avoir tenu une pléthore de propos racistes et violents sur internet a reconnu ses torts, mardi. Valentin Auclair, 38 ans, a plaidé coupable à l’accusation d’avoir incité à la haine contre un groupe identifiable par le truchement des réseaux sociaux.

Suivant une suggestion commune de la poursuite et de la défense, la juge Danielle Côté, de la Cour du Québec, l’a condamné à sept mois et demi de prison, soit l’équivalent du temps d’incarcération déjà purgé et calculé en tant que «détention préventive». M. Auclair a donc retrouvé sa liberté dans la journée.

Il lui est interdit d’utiliser les réseaux sociaux tels que Facebook et Twitter pour la durée de sa probation, qui est de trois ans, ainsi que d’utiliser Internet pour accéder à tout contenu illégal ou raciste.

«On veut vous éviter de refaire ce que vous avez fait», a déclaré la juge Côté, soulignant que les propos tenus par l’accusé étaient «d’une violence assez exceptionnelle».

Dénonciation

M. Auclair avait été arrêté en janvier dernier par la police de Granby après la publication d’un article de La Voix de l’Est faisant état de ses nombreux messages haineux à saveur néonazie tenus sur son compte VK, l’équivalent russe de Facebook, la censure en moins. 

La veille, l’homme chauve avait été dénoncé sur le blogue d’un enseignant de philosophie montréalais, Xavier Camus.

«Ça bouille de sous-races, ça devient insupportable.» «Nègres, latinos et juifs au crématoire.» «On désinfecte ça au bon gaz du Führer.» Ces extraits des 300 pages de captures d’écran retenues pour son dossier, qui ont été relatés mardi par Me Cassandre Hamel, du bureau de la Couronne à Granby, donnent un aperçu du ton et des propos tenus entre juillet 2019 et janvier 2020.

Dans une autre entrée, le bénéficiaire de l’aide sociale suggérait l’utilisation d’armes à feu pour «la chasse aux juifs, aux nègres et aux mahomardes». Les homosexuels faisaient également partie de ses cibles, tout comme il louangeait les tueurs de l’École polytechnique et de la Grande Mosquée de Québec.

Valentin Auclair avait été arrêté une première fois en octobre 2019, mais n’a pas cessé de faire ce type de commentaires. Il a ensuite dénoncé la «discrimination systémique envers un Aryen» dont il s’est dit victime. À sa première comparution en cour, en janvier dernier, il a fondu en larmes. Une juge a ensuite refusé de le remettre en liberté pour la suite des procédures, estimant qu’il avait «déjà eu plusieurs avertissements».

Frustration

Souffrant d’autisme, mais déclaré criminellement responsable et apte à comprendre le processus judiciaire, il a toujours admis être l’auteur des propos retenus contre lui et souvent écrits à partir de la bibliothèque municipale. Interrogé par les policiers, il a plaidé qu’ils étaient le résultat d’une frustration et qu’il ne les mettrait pas à exécution.

«Il a dit qu’il ne ferait du mal qu’à lui-même», a dit Me Hamel.

La sentence prononcée mardi ordonne également que M. Auclair recontacte son médecin et reprenne sa médication, qu’il joigne un organisme d’aide aux personnes vivant avec un trouble du spectre de l’autisme et qu’il suive une thérapie visant à contrer sa radicalisation.

«C’est important de dénoncer ces crimes, qui sont graves, a dit Me Hamel. La violence et la dureté des propos méritaient une peine de détention.»

Pour ce type d’infraction, la jurisprudence prévoit des peines allant de sept mois à un an de prison.

Interdiction

À la défense, Me Geneviève Cardin a souligné que son client était «excessivement influençable», qu’il n’avait pas d’antécédent judiciaire et a admis tôt ses gestes, évitant la tenue d’un procès.

Son comportement, a-t-elle ajouté, peut s’expliquer par une «blessure» subie en 2016, alors qu’il aurait été victime d’une arnaque par une femme qui lui aurait écrit de la Côte d’Ivoire. Il avait également cessé de prendre sa médication depuis deux ans.

«Une personne autiste réfléchit aussi différemment», a-t-elle précisé. Homme de peu de mots, son client est «totalement conscient du caractère inapproprié de ses gestes». M. Auclair ne s’est pas exprimé devant le tribunal.

Une interdiction totale d’Internet aurait été «peu appropriée en 2020», a dit Me Cardin lors de l’audience au palais de justice de Granby à laquelle l’accusé et les avocates assistaient par visioconférence. «J’espère que vous allez suivre les traitements, c’est ce qui va faire que ça va bien aller», a dit la juge Côté.