Immeuble percuté par un véhicule: une victime témoigne [VIDÉO]

Véronique Demers n’a jamais perdu connaissance lorsque le véhicule a percuté les bureaux de La Station dans le quartier Saint-Sauveur à Québec, le 22 mai dernier. Malgré quatre côtes cassées, les lacérations et les hématomes, ce qu’elle retient de l’incident : «beaucoup de chance et de solidarité», dit-elle, dix jours après l’événement. Et cet élan de camaraderie se traduit entre autres par le lancement d’une campagne de sociofinancement pour essuyer la perte des biens matériels des entrepreneurs de l’environnement de travail partagé.

«Pour moi, ça relève du miracle. Tout le monde a été épargné», laisse tomber Véronique Demers, assise bien droite en entretien au Jardin Jean-Paul-L’Allier. Bien qu’elle ne travaillait qu’une seule fois par semaine à La Station, elle ne croit pas au hasard. «C’est arrivé. Ma vie a été épargnée ce jour-là.»

La voiture a évité de justesse un brigadier et une bande d’écoliers; plusieurs travailleurs se trouvaient à l’extérieur par cette belle journée ensoleillée; un cours de ukulele rassemblant quelques entrepreneurs était donné dans une pièce adjacente; aucun passant n’était devant Le Kaméléon. En plein centre-ville, sur une artère névralgique aussi achalandée, la tragédie aurait pu être très sanglante, croit-elle.

L’accident s’est déroulé vers 12h50 sur le boulevard Charest, près de l’intersection avec le boulevard Langelier.

«Le bruit était si fort, comme si une bombe éclatait à mes côtés, marque Véronique Demers. Je me suis crue sur un champ de bataille l’espace d’un instant.» Déjà, sur les lieux de l’accident, de forts liens étaient créés entre les victimes, quelques secondes après que le véhicule eut terminé sa course dans l’immeuble, juste avant qu’il ne prenne en feu. «On m’a sorti des décombres. Il y avait de la vitre partout. On m’a tenu la main jusqu’à ce que l’ambulance arrive.»

Dans cette vague de solidarité, une cellule de crise a été mise sur pied. Les membres de La Station bénéficient d’aide psychologique, en plus d’un groupe de soutien pour encourager le partage des séquelles du traumatisme.

Rédactrice et journaliste, Véronique Demers accepte d’être patiente dans la guérison. «Je suis incapable de reprendre mes fonctions professionnelles pour le moment. Mon doigt a été sectionné sur la longueur et non la largeur. Mon tendon a été épargné. Je vais pouvoir continuer à écrire.»

Financement participatif

Si les humains ont été préservés, rappelle Véronique Demers, une grande partie de l’équipement des entrepreneurs a été bousillé. «Beaucoup de travailleurs autonomes n’avaient pas d’assurance. On a besoin de matériel pour se remettre à travailler dès maintenant, pour continuer à être rémunérés.»

Plus tôt en matinée, à l’incubateur d’entreprises technologique Le Camp, était ainsi lancée une campagne de sociofinancement. Objectif : 30 000 $. «Un exercice a été effectué par La Station afin de recenser les dommages matériels permettant de fixer le montant. C’est le minimum pour que les entrepreneurs se relèvent», précise Jean-Sébastien Noël, cofondateur et président de La Ruche, colocataire de La Station depuis ses débuts.

Par cette initiative conjointe de La Ruche, donc, des travailleurs de La Station et de Umaneo, entreprise locataire du lieu, en collaboration avec le Fonds d’Emprunt Québec, propriétaire du local, les victimes tendent la main à la population. Desjardins Entreprises a déjà contribué à hauteur de 5000 $. «On voit les chiffres monter, fait valoir Véronique Demers. C’est touchant et encourageant.»

Une contribution de Québec

Plusieurs élus étaient présents lors du dévoilement de la campagne de financement participatif, dont Jean-Yves Duclos, député de Québec et ministre canadien de la Famille, des Enfants et du Développement social, Joël Lightbound, député libéral de la circonscription de Louis-Hébert, et Samuel Poulin, député caquiste de Beauce-Sud, adjoint parlementaire du premier ministre responsable du secrétariat à la jeunesse. Ce dernier assure que le gouvernement Legault contribuera à la campagne de sociofinancement. «Je suis à regarder le montant qui sera accordé. On devrait être en mesure d’aider à atteindre les 30 000 $», dit-il.

Pour Samuel Poulin, la situation, quoiqu’«assez exceptionnelle», a éveillé la population sur la condition des travailleurs autonomes et des entreprises en démarrage, qui très souvent, concerne la jeunesse. «Une réflexion s’entame sur les moyens et les outils devant être mis en place pour les appuyer. En plus de la prudence au volant, l’événement rappelle qu’il faut protéger la jeunesse, les entrepreneurs et les start-ups.»

En tout, 42 personnes ont été relocalisées.

Certaines au Camp, et d’autres, dans les bureaux de la Ville de Québec.

La réouverture de La Station est prévue à l’automne 2019.

Marjorie Parenteau, l'une des victimes de l'accident à La Station.