Ruben Dario Meza Lazaro a reçu une peine de 90 jours de prison à purger les fins de semaine. Une probation de deux ans avec suivi concernant notamment la violence lui a aussi été imposée.

Il risque la déportation pour avoir lancé un ballon à la tête d’un arbitre

Ruben Dario Meza Lazaro n’évitera pas la prison, mais surtout se voit imposer un casier judiciaire qui le place devant un risque d’expulsion du Canada pour avoir blessé un arbitre en lui lançant un ballon derrière la tête lors d’un match de soccer amateur.

Ce joueur de soccer sherbrookois d’origine colombienne a été reconnu coupable de voies de fait armées et voies de fait causant des lésions.

Les événements se sont déroulés lors d’un match de soccer senior amateur houleux le 26 juin 2017 au parc Bureau de Sherbrooke

La juge Hélène Fabi de la Cour du Québec l’a condamné, jeudi, à une peine de 90 jours de prison à purger les fins de semaine.

Une probation de deux ans avec suivi concernant notamment la violence lui a été imposée.

« La violence dans le sport est inacceptable envers qui que ce soit, mais surtout envers les arbitres qui sont responsables de faire respecter les règles du jeu », soutient la juge Fabi.

La victime Gustavo Arango a vécu des conséquences importantes du ballon qu’il a reçu derrière la tête. Il a été en arrêt de travail pendant 14 mois. Il doit porter des lunettes et prendre des médicaments. Le tribunal a tenu compte des nombreuses séquelles de la victime.

« Il a d’énormes séquelles telles des maux de tête et une grande sensibilité à la lumière. Il doit être suivi par plusieurs spécialistes. Le tout a entrainé des conséquences économiques et médicales importantes. Les facteurs aggravants l’emportent sur les facteurs atténuants », estime la juge Fabi.

Immigration

L’accusé de 35 ans est arrivé au Québec en 2008. Il a fui la guerre civile en Colombie et ne possède pas son statut de citoyen canadien.

Son avocat Me Jean-Guillaume Blanchette plaidait que les conséquences de renvoi vers son pays d’origine seraient néfastes pour Lazaro et demandait une absolution conditionnelle.

La juge a évalué les conséquences indirectes en matière d’immigration pour l’accusé.

« La règle générale demeure. La peine doit être juste à l’égard du crime commis en fonction de l’individu (...) Le public serait non seulement surpris, mais choqué. L’absolution dans ce cas-ci est une mesure incompatible avec l’intérêt public. L’accusé a déjà bénéficié d’une absolution pour un crime de même nature », signale la juge Fabi.

Lazaro n’avait pas témoigné lors des observations sur la peine.

« Le tribunal ne possède aucune information au sujet des remords de l’accusé », a indiqué la juge Fabi.

L’accusé a fait une thérapie au Seuil de l’Estrie et avait déposé plusieurs lettres de recommandation.

Le tribunal a retenu la gravité du geste, qu’il occupait le poste d’entraîneur, qu’il avait été averti de rester calme sur le banc des joueurs ainsi que ses antécédents en semblable matière où en 2011 où il avait lancé un téléphone à sa conjointe de l’époque.

« Sa réhabilitation n’apparaît pas convaincante et le tribunal ne peut écarter le risque de récidive » retient la juge Fabi.

C’est Me Isabelle Dorion qui représentait le ministère public dans cette affaire.

« La violence n’a pas sa place dans le sport »

« Le message doit être clair que la violence n’a pas sa place dans tous les sports. »

Gustavo Arango, l’arbitre victime de cet épisode de violence d’un joueur de soccer, estime que le message doit être clair tant pour les joueurs, les entraîneurs, les parents, les associations et que les fédérations sportives.

« C’est arrivé au soccer, mais ça doit s’appliquer à tous les sports. Pour moi il est important que ce message passe. Ce n’est pas normal que des jeunes ou des adultes qui sont des intervenants dans le sport subissent de la violence parce qu’on pense qu’il n’y a pas eu de bonne décision », estime M. Arango.

Ce père de famille a entrepris une poursuite civile de 195 578 $ contre Ruben Dario Meza Lazaro, mais aussi la Fédération de soccer du Québec, l’Association régionale Soccer Estrie et le club de soccer le Mistral de Sherbrooke.

« Je vis encore des conséquences. J’ai dû m’adapter. Je commence à m’en sortir. Je dois gérer les symptômes. Je vis encore des conséquences financières », signale Gustavo Arango.

Ce dernier ne veut pas commenter les risques d’expulsion de l’accusé du Canada.

« Je suis content de la décision. Je crois au système de justice et il faut y croire indépendamment des conséquences pour l’accusé », indique la victime. 

Risque d’expulsion

Ruben Dario Meza Lazaro risque d’être expulsé du pays une fois que sa peine sera purgée.

« C’est l’immigration qui va se charger du dossier. La Loi sur l’immigration mentionne qu’étant donné qu’il n’est pas citoyen canadien, il fait face à cette mesure d’expulsion. Ce sont d’autres procédures qui devront être enclenchées », mentionne l’avocat de la défense Me Jean-Guillaume Blanchette.

Il entend analyser la décision de la juge Fabi avec son client avant de déterminer si elle sera portée en appel.

« Pour moi il est important que ce message passe. Ce n’est pas normal que des jeunes ou des adultes qui sont des intervenants dans le sport subissent de la violence parce qu’on pense qu’il n’y a pas eu de bonne décision », fait valoir Gustavo Arango, qui discute ici avec son avocat au civil Me Marc Vaillancourt.

L’Agence des services frontaliers du Canada (ASFC) signale qu’une peine criminelle doit être purgée avant que les mesures d’expulsion soient mises en branle.

« La décision de renvoyer une personne du Canada n’est pas prise à la légère. Selon la Loi sur l’immigration et la protection des réfugiés, les mesures de renvoi doivent être exécutées le plus tôt possible. L’ASFC est déterminée à le faire. Avant d’être renvoyée, une personne peut tenter d’obtenir l’autorisation de présenter une demande de contrôle judiciaire ou d’examen administratif visant à évaluer le risque que présenterait pour elle le fait de retourner dans son pays d’origine. L’examen des risques avant renvoi est l’une des mesures qui permettent d’éviter de renvoyer des personnes qui ont besoin de protection. Cette évaluation est effectuée par des agents d’Immigration, réfugiés et citoyenneté Canada », explique l’ASFC par courriel.