Il passe deux ans à tenter d’éliminer son ex pour la garde d'un enfant

De 2014 à 2016, le Dolmissois Jimmy Bouchard a cherché des armes, a fabriqué des explosifs et a offert jusqu’à 25 000 $ pour faire éliminer son ex-conjointe. Mais un de ses grands amis a dénoncé ses projets à la police. Le plan machiavélique n’a jamais pu être mis à exécution, car les policiers de la Sûreté du Québec (SQ) ont piégé et arrêté l’individu de 44 ans.

Il ne s’agit pas du synopsis d’un film d’action tourné à Hollywood, mais bien d’une histoire réelle survenue sur le territoire du Saguenay–Lac-Saint-Jean.

Jimmy Bouchard subit actuellement son procès et est accusé d’avoir conseillé une infraction qui n’a pas été commise (article 464 du Code criminel canadien), d’usage d’explosifs (art. 81), de la possession sans excuse légitime de ces explosifs (art. 82) et de possession non autorisée d’une arme à feu (art. 91).

Le juge Jean Hudon, de la Cour du Québec, préside le procès qui est prévu pour une durée de trois jours au Palais de justice de Chicoutimi.

Bouchard n’acceptait pas que la mère de son enfant quitte le domicile familial et l’accusé voulait tout simplement obtenir la garde exclusive du bambin. 

Me Nicole Ouellet, du bureau du Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP), a fait entendre son premier témoin, Éric Maltais, un ami de longue date de l’accusé.

Durant son témoignage, Maltais a expliqué que le plan de son ami a été ourdi en 2013 ou en 2014, lorsqu’il lui a demandé de lui trouver une arme de poing et de lui trouver quelqu’un pour éliminer son ex-conjointe. 

Il a offert des sommes variant de 5000 $ à 25 000 $, mais ne souhaitait pas se rendre à 40 000 $ ou à 50 000 $ pour se débarrasser de son ex-conjointe.

Comme la réponse a tardé à venir pour l’obtention des armes, Jimmy Bouchard a entrepris de fabriquer des explosifs afin de faire sauter le véhicule de sa « cible » et de s’assurer qu’elle ne s’en sortirait pas.

Il souhaitait sa mort avant le 6 décembre 2016, moment où les parties devaient se trouver en cour pour la garde de l’enfant.

Bouchard a été arrêté le 1er décembre 2016 et est détenu depuis plus de deux ans. Éric Maltais a dénoncé le plan aux policiers de la SQ, car il ne pouvait croire que des enfants étaient pour perdre leur mère. Voyant que Bouchard ne renonçait pas à son projet, il est allé parler aux agents.

Ami

Éric Maltais connaît Bouchard depuis l’adolescence. Les deux hommes ont toujours été assez proches l’un de l’autre, au point où l’accusé lui a demandé de lui trouver des armes afin d’éliminer son ex-conjointe. Bouchard a même demandé à Maltais de faire le boulot au nom de leur amitié, que si Bouchard savait que son ami voulait se débarrasser de sa conjointe, qu’il n’hésiterait pas à l’aider.

« Il n’a jamais été question de que je fasse quoi que ce soit. Il m’a demandé de lui trouver des armes et une personne pour faire le travail. J’ai tout fait pour gagner du temps, car j’espérais que cette envie lui passerait. Mais ça n’a pas passé. À la fin, il était véritablement déterminé, surtout que la date de la cour arrivait rapidement pour la garde de l’enfant », a mentionné Éric Maltais, qui craint les représailles de Bouchard.

L’accusé a même imaginé un plan où il pourrait assassiner la dame avec une arme à longue portée. Il avait trouvé l’angle parfait pour atteindre la victime, qui se trouvait à son ordinateur à la maison, alors que lui se serait installé à côté d’un garage.

« L’angle était excellent, mais ça lui prenait une carabine. Il a voulu avoir ma .300 Magnum, mais il n’était pas question que je la lui donne. »

« Lorsqu’il a vu que je tardais à lui fournir des armes et une personne pour tuer sa femme, il a préparé un nouveau plan. Il avait amené toutes sortes de produits dans le sous-sol de la maison pour fabriquer des explosifs. Il a fait des essais qui n’ont pas fonctionné », indique le témoin de la Couronne.

Bouchard a alors trouvé une poudre blanche, auprès d’un ami, afin de réaliser son plan. Il a fait un essai des plus convaincants. Il a fait sauter un tube de métal de six pouces de longueur et d’environ 1,5 pouce de diamètre.

« Et ç’a sauté. Nous étions cachés derrière une grosse roche, et un morceau de métal est passé à côté de nous. Mon camion a été touché par de nombreux petits morceaux de pierre. Même si ça avait fonctionné, il voulait un bâton plus gros. Il ne voulait absolument pas qu’elle puisse s’en sortir », a décrit Éric Maltais.

Nier

En début d’après-midi, le témoin du ministère public a été contre-interrogé par Me Louis Belliard, de la défense. Ce dernier a bien tenté d’obtenir des réponses à ses questions.

« Je n’ai jamais trouvé qui que ce soit pour faire le travail. Je ne lui ai jamais suggéré qu’il mette un télescope sur sa carabine afin d’être plus précis pour atteindre son ex-conjointe. Et je ne lui ai jamais dit qu’il serait préférable qu’il s’installe dans le garage abandonné plutôt que de rester à l’extérieur pour tirer avec une [carabine] .303, sachant que ça ferait du bruit », a répondu Éric Maltais aux questions de la défense.

« Si j’ai collaboré avec Jimmy Bouchard, c’était dans l’espoir qu’il abandonne son projet et qu’il en vienne à se calmer. Et si j’ai pris beaucoup de temps avant de le dénoncer, c’est que j’espérais qu’il change d’idée et parce que c’était mon grand chum », a conclu le témoin.