Meng Wanzhou

Huawei: le Canada lance «le processus d'extradition» de Meng Wanzhou

OTTAWA — Le ministère fédéral de la Justice a donné vendredi le feu vert à la procédure d'extradition contre Meng Wanzhou, accusée de fraude aux États-Unis, ce qui marque le début officiel d'un processus très médiatisé qui a placé le Canada dans une position extrêmement inconfortable entre deux superpuissances.

Les relations entre le Canada et la Chine, son deuxième partenaire commercial, se sont d'ailleurs détériorées depuis l'arrestation, à Vancouver en décembre, de Mme Meng, directrice des finances du géant chinois des télécommunications Huawei. Cette arrestation a provoqué la colère de Pékin, qui a mis en garde Ottawa contre de graves «conséquences» si Mme Meng n'est pas libérée.

La Chine reproche au Canada de donner suite à ce qu'elle considère comme une demande d'extradition à caractère politique émanant des Américains - en particulier depuis que le président Donald Trump a envisagé publiquement d'intervenir personnellement dans cette cause afin d'obtenir un meilleur accord commercial avec la Chine.

Le premier ministre Justin Trudeau a toujours plaidé que le Canada ne faisait que respecter l'État de droit dans ce dossier. Dans le communiqué de presse qui annonçait vendredi l'«arrêté introductif d'instance» dans cette affaire, on sentait déjà que le gouvernement marchait sur des oeufs: le communiqué commence par «Le Canada est un pays régi par la primauté du droit».

Ottawa précise dès après que «le processus d'extradition du Canada est guidé par la Loi sur l'extradition, les traités internationaux et la Charte canadienne des droits et libertés». Le gouvernement canadien ajoute plus loin que «la décision fait suite à un examen approfondi et diligent de la preuve».

Au final, ce sera toutefois au ministre canadien de la Justice, David Lametti, de décider si Mme Meng sera extradée aux États-Unis. Pour cette raison, son ministère précise vendredi dans un communiqué qu'il ne commentera pas le dossier.

La cause reviendra mercredi devant la Cour suprême de la Colombie-Britannique. Le tribunal confirmera alors qu'un arrêté introductif d'instance a bien été délivré et fixera une date pour l'audience proprement dite en matière d'extradition. Mme Meng demeure en liberté sous caution pour la suite des procédures.

Cette procédure d'extradition ne se prononcera pas sur les accusations portées par les Américains: si Mme Meng est finalement extradée, son procès aura lieu aux États-Unis.

«Persécution politique» contre Huawei

Après la décision de vendredi, les avocats de Mme Meng se sont dits déçus que le ministre Lametti ait laissé le processus suivre son cours «face au caractère politique des accusations» américaines, alors que le président Trump a «déclaré à plusieurs reprises qu'il interviendrait s'il croyait que cela aiderait les négociations avec la Chine sur un accord commercial».

Les avocats de Mme Meng s'étonnent aussi que le ministre ait donné son accord même si les gestes pour lesquels les États-Unis veulent la juger ne constituent pas une infraction au Canada - on l'accuse d'avoir contourné les sanctions commerciales américaines imposées à l'Iran.

Le département américain de la Justice a déposé 13 chefs d'accusation de complot, de fraude et d'entrave contre Huawei et Mme Meng, fille du fondateur de l'entreprise, Ren Zhengfei.

L'ambassade de Chine à Ottawa a déclaré qu'elle était «extrêmement insatisfaite» de la décision, qualifiant ce dossier de «persécution politique contre une entreprise chinoise de haute technologie».

«Les développements ultérieurs l'ont prouvé: les soi-disant "primauté du droit" et "indépendance judiciaire" avancées par le Canada ne peuvent dissimuler les erreurs commises par la partie canadienne dans l'affaire Meng Wanzhou», soutient l'ambassade dans un communiqué.

Les allégations d'ingérence politique formulées à l'encontre de M. Trudeau et de hauts fonctionnaires dans l'affaire SNC-Lavalin ne sont pas tombées dans l'oreille de sourds au gouvernement chinois.

Un porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères a admis vendredi en conférence de presse à Pékin que la réaction du gouvernement canadien à ces allégations suscitait beaucoup d'intérêt en Chine. On venait de demander à Lu Kang s'il croyait que le gouvernement Trudeau avait fait preuve de «deux poids deux mesures» dans les cas de Mme Meng et de SNC-Lavalin.

«Je pense que les gens de bonne foi sauront bien faire la part des choses», a répondu M. Lu lors de la conférence de presse quotidienne du ministère.

Dix jours après l'arrestation de Mme Meng, le 1er décembre, la Chine a arrêté deux Canadiens - ce que d'aucuns qualifient de mesures de représailles. La Chine a arrêté Michael Kovrig, un diplomate canadien en congé, et Michael Spavor, un entrepreneur, sur des accusations de participation à des activités mettant en danger la sécurité nationale de la Chine. Ils sont incarcérés depuis le 10 décembre.

La Chine a également condamné à mort un autre Canadien, Robert Lloyd Schellenberg, dans le cadre d'un nouveau procès pour une affaire de trafic de drogue. Il avait auparavant été condamné en première instance à 15 ans de prison.