Les gars, dont la majorité ne se connaissait pas avant le Dad’s Crew, sont devenus des amis à force de s’entrainer et de participer à différentes compétitions, comme Hit the floor à Lévis.

Hit the Floor: les «Boys» de la danse

Un garagiste, un professeur, un agent d’assurances, un comptable, un employé d’Hydro-Québec, des cheveux grisonnants, quelques crânes dégarnis : le Dad’s Crew a davantage l’air d’une équipe de hockey «de garage» que d’une troupe de danse. Et pourtant, la troupe est à prendre au sérieux à l’événement de danse Hit The Floor qui a lieu au Centre des congrès de Lévis.

Car même s’ils n’ont pas la grâce d’un Baryshnikov ou le look d’enfer des frères Laurent «Lil Beast» et Larry Nicolas «Ca Blaze» Bourgeois, ces 10 Lévisiens de 38 à 52 ans qui pratiquent la danse hip-hop depuis huit ans ne sont pas venus comme spectateurs.

«Au début, on faisait ça comme loisir, mais notre prof Marie-Odile Haince-LeBel a décidé de nous inscrire à une compétition et on a gagné!», lance Frédéric Aubin, enseignant au primaire. Les gars ont donc décidé de continuer. Au «Showcase» 2014 de Hit The Floor, cette bande de papas dont les filles les ont amenés vers la danse a pris la deuxième place.

«Nos filles dansaient et il y avait déjà des troupes de parents à l’école de danse District.Mao, mais aucune troupe d’hommes. On nous a demandé si on pouvait former une troupe», explique Karl Guay, le jeunot du groupe, qui a embarqué à fond dans le projet avec quatre autres papas. Le groupe n’a ensuite pas cessé de grossir.

Pas si facile

«Ça nous tentait d’essayer. Moi, ça ne me tentait pas de faire des roues latérales, mais de la danse hip-hop, pourquoi pas?», lance Jean-François Leclerc.

Les frères Michel et Pierre Thibault, eux, pratiquaient déjà la danse sociale avec leurs conjointes. Les dames se sont lassées et ont abandonné, mais les messieurs voulaient continuer. Quoi de plus naturel que de se joindre au Dad’s Crew alors?

«Au départ, on pensait que ça allait être facile...», avoue Frédéric. «Mais on a vite vu que c’était beaucoup de mémorisation, de la vitesse et de la justesse dans le mouvement», ajoute Éric Lavoie.

Des filles enchantées

Évidemment, leurs filles ne pouvaient être plus enchantées de voir leurs pères les suivre dans leur activité préférée. «C’est vraiment une belle activité père-fille. On passe de beaux moments», souligne Frédéric. «Ma fille capotait! Par contre, mes frères et mes sœurs ont ri de moi!», avoue Jean-François en éclatant de rire.

«Nos chums préféreraient qu’on joue au hockey avec eux, mais moi, je ne joue pas au hockey. J’aime bien mieux danser avec le Dad’s Crew!», avoue Marc-André Desmeules, une des deux «recrues» du groupe.

À l’image des «Boys» du film de Louis Saia, le Dad’s Crew met toujours la franche camaraderie et le plaisir au sommet de tout même si les compétitions sont sérieuses.

«À notre âge, les possibilités de faire carrière là-dedans sont assez minces, je dirais. En tout cas, Beyoncé n’a pas encore appelé!», blague Marco Parent, indiquant que le groupe s’entraîne à raison d’une heure et demie par semaine.

Les gars, dont la majorité ne se connaissait pas avant le Dad’s Crew, sont devenus des amis et font aussi d’autres activités ensemble comme des voyages de pêche. Et dans certains cas, leurs filles ont cessé la danse, mais les papas continuent!

Préjugés

Les préjugés demeurent tout de même tenaces cependant quand il est question d’hommes d’âge mûr pratiquant la danse hip-hop. «J’étais censé me joindre à eux la première année, mais ça a pris quatre ans... Je n’étais pas prêt. Mais à un moment donné, c’est ma fille qui m’a dit qu’elle aimerait que j’embarque», confie Jean-François, qui ne pouvait donc plus dire non.

«Il y en a qui rient quand on dit qu’on danse, on se fait agacer un peu, surtout moi, qui travaille dans le domaine de l’automobile», ajoute Éric Pineau, qui n’a clairement pas le look d’un danseur.

«Ça arrive que mes collègues de travail me demandent si j’ai amené mes leggings!», ajoute Jean-François, un travailleur de la construction. «Mais je peux vous dire que les gens arrêtent de rire quand on leur dit qu’on fait de la compétition et, surtout, quand on leur montre nos vidéos sur YouTube», enchaîne Frédéric.

Tout cela peut aussi donner lieu à des situations parfois cocasses, comme cette occasion où Frédéric avait dit qu’il dansait à une connaissance et que celle-ci avait cru qu’il était danseur nu! «Je lui ai vite expliqué que ça n’avait rien à voir!», conclut-il en riant. 

Bref, quelques moqueries, mais rien cependant qui ne vient diminuer le plaisir de ces «Boys» qui ont autant de plaisir sur scène que l’équipe de Stan sur la glace!