Don Meredith a démissionné en 2017 avant de faire face à un vote d'expulsion. Il était tombé en disgrâce pour une autre affaire — il a été révélé qu'il avait entretenu une relation avec une adolescente de 16 ans.

Harcèlement: des sénateurs veulent retirer le titre d'«honorable» à Don Meredith

OTTAWA — Des sénateurs tenteront de retirer le titre d'«honorable» à l'ancien sénateur Don Meredith, accusé de harcèlement sexuel et psychologique par d'ex-employés, en 2020. Mais tous ne s'entendent pas sur la façon de procéder.

Le président du comité sénatorial sur l'éthique, Serge Joyal, a présenté une motion plus tôt cette semaine pour inviter le premier ministre Justin Trudeau à recommander la révocation du titre «honorable» de M. Meredith à la gouverneure générale Julie Payette.

C'est Mme Payette, comme représentante de la reine, qui aurait le dernier mot sur cette décision. Il s'agirait d'une première au pays.

Les agissements qui sont reprochés à M. Meredith remontent à 2013 et 2014. Six de ses anciens employés et une agente du Parlement allègues qu'il aurait posé des gestes de harcèlement, allant de hurlements et de menaces, à des attouchements non désirés et l'exposition de ses parties génitales.

Ces allégations n'ont jamais été prouvées devant les tribunaux. Mais le plus récent rapport à son sujet, réalisé par le conseiller sénatorial en éthique et rendu public cet été, en est venu à la conclusion que les témoignages des ex-employés étaient crédibles.

M. Meredith a démissionné en 2017 avant de faire face à un vote d'expulsion. Il était tombé en disgrâce pour une autre affaire — il a été révélé qu'il avait entretenu une relation avec une adolescente de 16 ans.

Le titre d'«honorable» est accordé à certains dignitaires fédéraux même après leur retraite ou leur démission. M. Joyal est d'avis que si le titre d'«honorable» est retiré en bonne et due forme, M. Meredith aura à porter la «honte» de cette décision.

Cela ne changera rien au fait, toutefois, que M. Meredith continuera de toucher une pension à vie, ayant accumulé plus de six ans d'expérience au moment de démissionner.

M. Joyal veut permettre à M. Meredith de témoigner devant le comité sénatorial de l'éthique pour plaider sa cause au plus tard le 30 janvier 2020. «Comme on crée un précédent, il est important à mon avis, qu'on respecte [...] la capacité de l'accusé d'être entendu», justifie M. Joyal, en entrevue.

La sénatrice Josée Verner a déposé une motion semblable à celle de M. Joyal, mais sans offrir à M. Meredith de témoigner.

Elle s'indigne du fait qu'un présumé agresseur pourrait venir se défendre devant un comité du Sénat, alors que certaines des présumées victimes de M. Meredith ont tenté par le passé de se faire inviter elles aussi pour témoigner en vain.

«Pour elles, [...] c'est une gifle d'entendre que Meredith pourrait encore une fois se faire entendre, mais pas elles», a critiqué Mme Verner, plus tôt cette semaine.

Certaines présumées victimes de M. Meredith songent à entamer une poursuite au civil contre le Sénat devant la lenteur des procédures à leur endroit. Elles n'ont eu droit à aucune compensation financière, six ans après les événements reprochés.