Renée Toupin

Harcèlement criminel à l'endroit de Kevin Parent: Renée Toupin coupable

TROIS-RIVIÈRES — Renée Toupin a été déclarée coupable de harcèlement criminel à l’encontre de l’auteur-compositeur-interprète Kevin Parent.

Au terme d’un procès qui s’était tenu en janvier dernier, la juge Guylaine Tremblay a en effet conclu, lundi matin, que la femme de Trois-Rivières avait agi de façon à ce qu’il se sente harcelé et qu’il craigne pour sa sécurité. Les événements étaient survenus le 24 juin 2015 lors d’un spectacle à Val-Bélair, le 31 juillet 2016 à la Marina de Carleton-sur-Mer, le 10 février 2017 dans une église de Shawinigan et enfin, le 14 juillet 2017 à Joliette. 

Kevin Parent avait d’ailleurs livré un témoignage très émotif dans lequel il disait craindre pour sa sécurité. Il avait affirmé ne pas lui vouloir de mal; il souhaitait seulement dormir en paix et faire ses spectacles l’esprit tranquille. En ce sens, la juge a retenu que l’artiste avait témoigné avec sincérité en prouvant la peur, la crainte, le malaise et le sentiment d’être harcelé qu’il ressentait. «À toutes les occasions, il a manifesté sa pleine volonté de ne pas la voir et en l’expulsant des lieux publics. Mme Toupin ne peut pas ne pas savoir que sa seule présence indispose hautement M. Parent mais elle persiste», a déclaré la juge. Elle ajoute: « C’est l’aspect irrationnel de sa conduite qui engendre la peur chez M. Parent. Sa conduite est inconcevable pour une personne équilibrée. Le passage des années et les nombreuses démarches de la victime ne freinent pas le comportement harcelant, ce qui objectivement, constitue une crainte raisonnable.»

Le comportement obsessif de Renée Toupin ne date pas d’hier et va bien au-delà des quatre événements au cœur de cette cause. Kevin Parent avait rencontré cette femme, dont il qualifie le regard de «troublant et vide», en 2003 lors d’une manifestation. Elle l’avait abordé comme s’ils se connaissaient déjà. Elle avait ensuite continué à le poursuivre tant dans sa vie privée et que dans ses activités professionnelles, en lui envoyant des lettres d’amour, des demandes en mariage, etc. 

Elle avait ensuite violé son intimité en s’introduisant dans sa maison à deux reprises en Gaspésie. La première fois remonte en 2004. L’artiste avait appelé le 911 et Renée Toupin avait été arrêtée ce qui lui avait valu une peine de trois mois de prison. 

Elle avait malgré tout récidivé en 2007 et cette fois-ci au beau milieu de la nuit. Lorsque l’artiste s’était réveillé, elle était assise à ses côtés, sur son lit et lui parlait doucement comme si tout était normal. Une autre plainte avait été portée mais elle avait été déclarée non-criminellement responsable. En 2009, elle s’était pointée sur son terrain privé, effrayant sa copine de l’époque. 

Elle s’était également installée en Gaspésie, ne se gênant pas pour agir dans la communauté comme s’ils formaient un couple. Au fil des ans, plusieurs interventions ont été faites auprès d’elle sans pour autant mettre un terme à cette obsession. 

C’est dans un tel contexte que le 24 juin 2015, il l’avait aperçue au premier rang d’un spectacle à Val-Bélair. Sa présence l’avait grandement incommodée au point qu’il l’avait faite expulser du site. Puis, elle était revenue à la charge le 31 juillet 2016 dans le stationnement de la Marina de Carleton-sur-Mer pour lui proposer, sur un mode séducteur d’aller prendre un verre. Il l’avait de nouveau repoussée.

 Elle s’était également pointée à un spectacle-bénéfice à l’église de Saint-Georges-de-Champlain à Shawinigan en 2017 et avait tenté de se faufiler parmi les enfants pour s’approcher de lui. Son regard avait inquiété le chanteur de sorte qu’il avait mis fin plus rapidement que prévu à ses activités. 

Kevin Parent avait témoigné en janvier dernier dans le cadre du procès qui s’était tenu au palais de justice. Il disait craindre pour sa sécurité.

Enfin, le dernier épisode remonte au 14 juillet 2017 à Joliette. Elle était entrée dans sa loge sans invitation pour lui dire sur un ton agressif. «Là, il faut qu’on se parle.» Il l’avait expulsée mais celle-ci avait malgré tout insisté et frappé dans la porte.  Le chanteur était devenu à ce point perturbé qu’il avait envisagé de ne pas monter sur la scène. 

Or, la juge en vient à la conclusion que la procureure de la Couronne, Me Catherine Lacoursière, a démontré hors de tout doute raisonnable les cinq éléments essentiels de l’infraction en matière de harcèlement. 

Renée Toupin devra maintenant revenir devant le tribunal le 9 octobre au stade des plaidoiries sur la peine. D’ici là, un rapport pré-sentenciel sera confectionné. À la demande de Me Lacoursière, on évaluera également son niveau de dangerosité et le risque de récidive afin de trouver des solutions. «Mon objectif premier est de protéger M. Parent et qu’elle ne récidive plus», a indiqué Me Lacoursière.

Cette demande a été contestée par l’avocat de la défense, Me Bertrand Jacob. Selon lui, ce n’est pas opportun car sa cliente a respecté toutes ses conditions depuis le dépôt des accusations contre elle mais le tribunal en a décidé autrement.