On voit un chien dans un enclos à l’intérieur de la maison.

Grave cas de cruauté animale à La Tuque

LA TUQUE — «Prendre soin d’un animal, ce n’est pas de la cruauté, c’est de l’amour». Le procès d’André Fraser s’est déroulé au palais de justice de La Tuque, jeudi. L’individu de La Tuque est accusé d’avoir tué 12 chiens et d’en avoir fait souffrir inutilement 16 autres. Le procureur de la Couronne et l’accusé, qui se défend seul, ont soumis leurs arguments à la juge qui a pris l’affaire en délibéré.

«Je vais prendre le temps d’y réfléchir, mais c’est sûr que je ne conclurai pas que c’est de l’amour. […] Ça va assez mal regarder un chien dans les yeux à travers un contre-plaqué», a lancé la juge Guylaine Tremblay en direction de l’accusé.

L’accusé a clamé son innocence et son amour des animaux, particulièrement des chiens.

«Un chien, c’est comme un enfant, ça te regarde avec les yeux du cœur […] C’est ma raison de vivre», a plaidé M. Fraser.

«On me décrit comme un monstre, mais je suis plus le genre à ramasser un chien errant parce qu’il fait pitié», a-t-il ajouté.

En début de procès, la Couronne a fait entendre sept témoins qui sont venus raconter les événements qui remontent à l’hiver 2018. C’est une plainte de l’ex-conjointe de l’individu qui a mené les policiers aux 16 chiens vivant dans une résidence du secteur de Lac-à-Beauce à La Tuque.

Un enquêteur de la Sûreté du Québec a raconté qu’à leur arrivée sur les lieux les chiens étaient agités et agressifs.

«Ils étaient agressifs et mal en point. L’environnement était insalubre», a indiqué le sergent enquêteur appelé à la barre.

Lorsqu’ils sont entrés dans la résidence, ce sont les odeurs d’urine et d’excrément qui ont frappé les policiers.

«Il fallait laisser les portes ouvertes parce que ça sentait vraiment trop fort», a ajouté l’enquêteur.

L’odeur était si intense, qu’un des policiers a vomi à plusieurs reprises avant de pouvoir finalement entrer dans la maison.

«On entendait plusieurs chiens japper à l’intérieur du domicile. […] Je n’ai pas été capable de rentrer. J’ai vomi deux à trois fois. Il y avait une odeur nauséabonde. Ça sentait mauvais comme je n’ai jamais senti de ma vie», a témoigné le policier.

L’intérieur de la maison à l’arrivée des policiers.

Dans la maison, les agents de la Sûreté du Québec ont trouvé des chiens dans des enclos «si petits que les chiens ne pouvaient pas s’étirer complètement». De nombreuses photos ont été déposées en preuve sur lesquelles il était possible de constater qu’il y avait des enclos fabriqués de planche de bois dans toutes les pièces de la maison, certains étaient même presque complètement fermés.

Des traces de liquide rouge qui s’apparente à du sang ont également été repérées sur plusieurs panneaux.

Les 16 chiens ont été amenés à la fourrière municipale de la Ville de La Tuque. Tous les chiens ont dû être euthanasiés en raison des problèmes d’agressivité a confirmé la responsable de la fourrière municipale.

Cette dernière a également mentionné lors de son témoignage que cette situation était du jamais vu dans sa carrière.

Elle a souligné que les chiens avaient les griffes beaucoup trop longues et très coupantes. Elle a aussi expliqué qu’ils avaient des plaies sur les coudes qu’elle explique par le fait qu’ils ne se levaient pas et qu’il n’y avait pas de couverture dans les enclos.

«Les chiens faisaient pitié. […] Tu voyais qu’ils avaient été longtemps couchés parce qu’ils avaient les coudes maganés. Ils étaient sauvages et agressifs. On les a rentrés dans les cages avec une pole. On ne pouvait pas les toucher», a-t-elle raconté.

La Couronne a également déposé en preuve les rapports de nécropsie de deux chiens qui confirment que les chiens ont été tués par balle.

L’accusé a même refusé de regarder des photos à un certain moment.

L’ex-conjointe d’André Fraser s’est amenée à la barre. Elle a expliqué que quelques semaines avant qu’elle quitte l’accusé, il y avait près d’une trentaine de chiens et une quinzaine de chiots dans la maison.

Elle a expliqué qu’avant son départ, les chiens étaient tous en bon état. Lorsqu’elle est retournée sur les lieux, elle a constaté que les chiens, qu’elle appelle pratiquement tous par leur nom, étaient dans leurs excréments, qu’ils étaient nerveux, mais surtout qu’il en manquait.

«J’ai pensé qu’il était allé en porter à la SPCA. […] Quand je les ai revus, ils étaient tous morts dans un tas dans une boîte de pick-up, ringo, drakko, souris, blanka…», a-t-elle témoigné.

Un autre policier est venu expliquer à la Cour que c’est un témoin civil qui a mis les autorités sur la piste des douze chiens morts. L’agent s’est rendu sur les lieux dans un fossé près d’une ligne de transmission, c’est là qu’il a découvert les cadavres gelés à deux endroits différents.

On voit deux museaux de chiens dans cet enclos fermé.

«Il y avait des pattes de chiens qui sortaient de la neige. Je me suis approché pour déterrer un peu et c’était bien ça. Je me suis ensuite rendu compte que j’étais entouré de chiens morts», a-t-il indiqué à la cour.

Un peu plus tôt dans la journée, André Fraser a expliqué sa version des faits.

Il a même raconté que plusieurs fois certains de ses chiens se seraient fait attaquer à mort par ses confrères canins.

«Ça donne froid dans le dos ce que vous dites», a lancé la juge.

Dans la version de l’accusé, les dégâts auraient été faits par les chiens en raison du stress causé par l’arrivée des policiers.

«C’est certain que les chiens étaient en panique alors ils peuvent s’infliger des blessures. Moi je ne ferais jamais de mal à un chien», a-t-il lancé.

Il s’est décrit comme un individu très propre également. André Fraser a même avancé que les policiers pourraient être responsables des taches de sang par terre.

L’accusé a indiqué qu’il pensait que les 12 chiens qui ont été retrouvés morts étaient «rendus à Wemotaci».

Sa sœur, seul témoin de la défense, s’est amenée à la barre pour affirmer que l’accusé n’était pas responsable de la mort des chiens. Tout comme l’accusé, elle a raconté que ce serait un souhait de leur mère décédée qui aurait été exécuté par deux autres membres de la famille.

En contre-interrogatoire, elle avouera que la propreté dans la maison et l’environnement des chiens laissaient à désirer.

En plaidoirie, le procureur de la couronne a insisté sur la version de l’accusé qui ne fait aucun sens et surtout, sur les photos qui parlent d’elles-mêmes.

«L’ensemble de la preuve n’est pas contredit. Ça n’a juste pas de bon sens l’état dans lequel ont été gardés ces chiens-là. […] Sa sœur vient protéger son frère, elle a de la misère à dire que c’est malpropre…», a plaidé Me Éric Thériault.

Des chiens ont été trouvés sous la neige.

«Si ce n’est pas lui qui a tiré, c’est lui qui a passé la commande. Il est assez ingrat pour faire passer ça sur le dos de sa mère morte. C’est cheap», a-t-il ajouté.