Martin Racine et ses élèves de Jeunes musiciens du monde à Québec ont interprété une chanson composée spécialement pour l’occasion, Papa tout bas.

Grande Mosquée: la musique pour alléger les coeurs

Une chanson tendre sur les papas disparus, un évêque catholique à la guitare, un quatuor anglican a capella et un Hallelujah multiconfessionnel. Les paroles ont pesé lourd, dimanche soir, au rassemblement spirituel en mémoire des victimes de l’attentat à la Grande Mosquée de Québec, mais la musique a allégé les coeurs.

Le rendez-vous était donné à 19h au Pavillon de la jeunesse sur le site d’ExpoCité. Une centaine de membres des familles des disparus et les dignitaires — parmi lesquels le maire Régis Labeaume et le lieutenant-gouverneur du Québec, J. Michel Doyon — occupaient les premières places, derrière un cordon leur réservant un peu d’intimité. Derrière eux, près de 200 personnes remplissaient tant bien que mal la première moitié du parterre.

Sur l’estrade, des proches d’Ibrahima Barry, Mamadou Tanou Barry, Khaled Belkacemi, Abdelkrim Hassane, Azzeddine Soufiane et Aboubaker Thabti ont d’abord décrit et salué chacun des hommes tombés sous les balles le 29 janvier 2017. Sur un écran géant, leurs visages souriants. Mis de l’avant dans les témoignages, leurs efforts pour se bâtir une nouvelle vie et s’intégrer à la société québécoise. 

Magda, la fille du professeur d’université Khaled Belkacemi, a ouvert la voie à la musique en rappelant le spectacle Ensemble, tenu au Capitole en février, un mois après la tragédie. «Je me suis dit alors : voilà comment nous pouvons combattre la haine qui n’a pas sa place dans notre société», a-t-elle raconté. 

Magda, la fille du professeur d’université Khaled Belkacemi, a ouvert la voie à la musique en rappelant le spectacle Ensemble, tenu au Capitole en février, un mois après la tragédie.

Puis le professeur Martin Racine et ses élèves de Jeunes musiciens du monde à Québec ont interprété une chanson composée spécialement pour l’occasion, Papa tout bas, dont nous reproduisons le texte touchant de simplicité et de vérité (voir ci-bas). 

Les représentants des Premières Nations, de l’Église catholique de Québec, du diocèse anglican de Québec, de la communauté juive et bien sûr de la communauté musulmane ont ensuite pris la parole à tour de rôle, entrecoupant leurs messages de solidarité de prestations musicales. 

L’évêque auxiliaire de Québec, Monseigneur Louis Corriveau, a lui-même pris la guitare pour s’accompagner. Les anglicans y sont allés d’une prière, Nunc dimittis ou Cantique de Syméon, chantée a capella

La soirée s’est terminée avec une version française du classique Hallelujah de Leonard Cohen, agrémentée de quelques lignes de la chanson Everybody Hurts, de REM — prestation dirigée par Nancy Lapointe et Daniel Moisan.

Les porte-paroles musulmans sont ensuite revenus en force. Mohamed El Hafid, imam de Québec vêtu d’une chemise à carreaux, a dénoncé l’«acte terroriste et lâche» du 29 janvier, mais aussi «l’extrémisme dans toutes ses formes». 

«Le premier garant de victoire dans ce combat contre l’extrémisme dans toutes ses formes est notre unité et solidarité citoyennes et le fait de multiplier les occasions d’échanges et de rencontres mutuelles car les extrémistes de tous bords essaient de profiter de notre ignorance et de nos peurs, de nos préjugés mutuels pour monter une partie de la population contre une autre et faire ainsi avancer leur agenda de haine, de mépris et d’intolérance», a-t-il déclaré. 

On l’a entendu souvent et partout depuis un an, mais le confondateur du Centre culturel islamique de Québec, Boufeldja Benabdallah, a réussi à récolter les applaudissements les plus nourris. «Comment le cœur ne peut pas frémir et comment les yeux ne peuvent pas pleurer devant cette soirée, cette communion et ces belles paroles en mémoire de ceux qui sont partis», a-t-il commencé. 

Le confondateur du Centre culturel islamique de Québec, Boufeldja Benabdallah, a soulevé la foule et récolté les applaudissements les plus nourris.

Mais c’est en remerciant les organisateurs, le maire Régis Labeaume et le peuple québécois qu’il a soulevé la foule. Essuyant ses larmes, M. Benabdallah a salué «le peuple québécois dans son entièreté de générosité et plein de compassion pour les siens, un exemple de résilience et qui doit être porté dans les honneurs des peuples pour la paix». «Je veux remercier les Québécois, je suis un Québécois et je suis entier pour ce peuple», a-t-il lancé. 

La soirée s’est terminée avec une version française du classique Hallelujah de Leonard Cohen, agrémentée de quelques lignes de la chanson Everybody Hurts, de REM. Dirigée par Daniel Moisan et Nancy Lapointe, la prestation était le fait d’un chœur multiconfessionnel spontané incluant même quelques orphelins. 

Quand tout a été fini, après 90 minutes de communion, une dame derrière moi a bien résumé le sentiment ambiant : «On aurait manqué quelque chose si on n’avait pas été là». 

Le maire Régi Labeaume a pris part au rassemblement en mémoire des victimes.

***

Papa tout bas*

J’ai perdu mon papa

Perdu dans un attentat

J’ai perdu mon papa

Car il priait tout bas la la la la


J’ai peur qu’une autre fois

Ça pourrait être moi


Moi j’ne comprends pas

Non je n’y crois pas

Expliquez moi pourquoi

J’ai perdu mon papa


J’ai quitté mon pays

Quitté ma belle Algérie

Laissé la guerre derrière moi

Cherché la paix devant moi


Construisons-nous un abri

Laissons tomber les fusils

Ne restons pas solitaires

Soyons plutôt solidaires

*Chanson composée et interprétée par Martin Racine, professeur, et ses élèves de Jeunes musiciens du monde