En octobre 2017, Gilles Parent était visé par une plainte pour des gestes déplacés, des propos de mauvais goût et des textos compromettants.

Gilles Parent brise le silence

CHRONIQUE / Le 19 octobre 2017, Gilles Parent est entré au boulot au FM93 comme tous les jours de la semaine depuis 10 ans.

Il est parti quelques minutes avant d’entrer en ondes.

«Le journaliste m’a appelé pour me dire qu’il avait quelque chose qui s’en venait. [...] Je ne savais pas trop de quoi il était question, c’était 15 minutes avant d’aller en ondes. J’étais un peu mal pris là-dessus. Cinq minutes après, c’était en ligne.»

Sur le site Web du Journal de Québec, une bombe venait d’être publiée. Cinq femmes dénonçaient le populaire animateur pour des gestes déplacés, des propos de mauvais goût et des textos compromettants. Parmi elles, Catherine Desbiens a porté plainte à Cogeco en 2016, Parent s’était excusé.

L’échange de textos s’était poursuivi.

«Quand c’est sorti, j’ai décidé de ne pas aller en ondes. Pierre [Martineau, le directeur des programmes] m’a dit : “Va-t’en chez vous.” C’était un choc complet. Je suis arrivé chez nous, encore sous le choc. J’étais sans mot, ce qui est beaucoup dans mon cas. Comme si j’entendais plus rien, je ne voyais plus rien. Je me suis terré. Le mot qui décrit bien ça, c’était l’humiliation et la honte.»

Après une semaine, son plus vieux garçon lui a dit : «Papa, ça va faire le pyjama. Prends sur toi.»

Sa blonde était replongée malgré elle dans le mauvais film qu’elle avait vécu quand la plainte de Catherine Desbiens avait été déposée. «Ce qui sort dans les journaux, ce n’est pas une nouvelle, me raconte-t-elle, attablée avec Gilles dans leur maison du quartier Montcalm. Ce qui est nouveau, c’est l’angle, la relecture par rapport au contexte [du mouvement #moiaussi]. On a fait face dans notre couple à cette infidélité-là, on a parlé de la dynamique de ces textos-là. Pourquoi il y a du flirt? Pourquoi tu sentais le besoin d’être dans cette dynamique-là?»

Elle a tout su, même les quelques récidives après la plainte.

En 2016, sa blonde a encaissé le choc de ces «infidélités platoniques». Elle a décidé de rester. «Sur le coup, tu te remets en question, tu remets en question le couple, tu te demandes s’il n’y a pas autre chose. Une infidélité dans un couple, ça doit se régler dans un couple, pas dans les médias. On est un couple solide. On est encore passionnément amoureux, on veut être dans la durée.»

Ils sont en couple depuis 21 ans.

Gilles Parent promet alors d’aller chercher de l’aide. «Si j’avais besoin de flirter, fallait que j’aille voir pourquoi. On s’était dit que j’allais me faire aider, c’était mon intention. Ce qui est arrivé [en octobre] est venu bousculer ça. J’ai rappelé mon médecin, je lui ai dit : “Tu sais pourquoi je t’appelle...”»

Il a pris rendez-vous avec la psychologue qu’il lui a suggérée. «La psy a m’a dit : “Je suis content de vous voir, parce que les gens qui ont du succès comme vous, qui sont connus comme vous et qui du jour au lendemain perdent tout, ils se suicident.” C’était ma première demi-heure... Ce n’était pas une blague, quand tu perds tout, tout, tout, ta business, ta réputation… Moi, quand j’ouvre mon coffre à outils, c’est ma réputation. J’ai passé 39 ans sans poursuite, sans rien et d’un coup sec, t’es associé à un des plus gros scandales...»

Il n’a qu’une seule personne à blâmer.

«Si ma blonde et ma famille sont dans la tourmente, c’est à cause de moi. Peu importe ce qu’on a comme interprétation, je sais que c’est de ma faute. Ça, c’est le début. Je m’en viens pour devenir une meilleure personne et on va travailler là-dessus. Moi, ce que je voulais savoir, c’est pourquoi j’avais besoin de ça?»

Il l’a fait aussi pour ses trois gars. «Le jour où c’est arrivé, mon plus jeune me l’a demandé : “Papa, pourquoi t’as fait ça?”»

Les larmes montent quand il parle de sa famille.

Sa blonde a dû réparer les pots cassés. «On se faisait un bien précieux de préserver nos enfants. Ils ont été exposés. Le plus jeune [il avait 15 ans] l’a vécu comme une trahison, il y a eu un mélange de “t’as trahi Maman, t’étais mon héros, qu’est-ce que t’as fait là? À 15 ans, le papa que j’idéalisais est complètement tombé”.»

Il a dû se relever.

Gilles Parent a commencé à consulter en janvier, à raison de deux rencontres par semaine au début. «La psy m’a dit : “Si t’es ici, c’est parce que tu dois admettre que t’as fait des erreurs.” [...] Il faut que je reconnaisse ça, ça fait partie de mon travail d’être une meilleure personne. Il faut reconnaître ce que t’es. Est-ce que j’ai eu la tête enflée par le succès? Assurément. Des fois, tu parles au conditionnel, ben chez la psy, tu lâches le conditionnel. Le présent. Pis, on regarde le futur.»

Il apprend à assumer. «J’ai été malhabile. J’ai probablement mal... Pas probablement, il faut que j’apprenne. J’ai assurément mal maîtrisé mon humour et je ne dis pas que c’était toujours de l’humour... J’ai blessé du monde. Pas présumément. J’ai blessé du monde. J’ai fait mal à du monde avec des mots, je regrette et je m’en veux encore parce que je ne mesurais pas l’impact de mes mots, de mes propos et de mes agissements.»

Il se voyait simplement «complimenteux et flirteur».

Gilles Parent

Du piédestal où il était, il a joué avec le feu. «Les textos, je voyais ça comme un jeu. C’est pour ça que c’était des textos, c’était des infidélités platoniques. Il n’y avait rien d’autre que ça, je le voyais comme un jeu. [...] Ça a été un point majeur de mon travail avec ma psychologue. Je me justifiais en me disant : “Il ne se passe rien.” Pour moi, c’était juste un jeu, mais ce n’est pas tout le monde qui le reçoit comme ça.»

Clairement.

Quand le scandale a éclaté, Gilles Parent s’attendait à se faire apostropher sur la rue. Ce n’est pas arrivé. «Dans la dernière année, j’ai rencontré beaucoup de monde. Les gens m’ont dit essentiellement trois choses, à peu près de façon chronologique. Un, «on a beaucoup pensé à vous. De voir ce qui vous a fait tomber, on s’est tous remis en question». Deuxième point, «on trouve que vous avez payé très cher pour ce que vous avez fait», je l’ai entendu presque constamment. «Vous êtes tombé dans le pire timing, dans une semaine de scandales, vous êtes passé le dernier». Et le dernier commentaire, «on s’ennuie de vous à la radio».»

Et lui, s’ennuie-t-il de la radio? «C’est sûr. Mais chaque chose en son temps.»

À 58 ans, c’est tout ce qu’il a fait dans la vie. «J’y vais par étape. Je suis content de m’exprimer, de parler un peu. Je n’aurais pas pu avant. Mais si tu me demandes si j’aimerais ça que ma carrière finisse autrement, je te dirais oui. J’ai fait ça pendant 39 ans, depuis que j’ai 17 ans. [...] Je ne veux pas que ça finisse de même, que c’est ça qu’on retienne sur une carrière qui n’est quand même pas si mal.»

Il ne referait pas les choses de la même manière. «Être producteur, une grosse émission de quatre heures, ça n’arrivera pas. Ça va être différent. J’essaye d’être plus straight, plus convenu dans mes relations avec les autres, et c’est la même chose dans mon travail. [...] Je mettrais ça plus simple. Faut que je voie que je suis une autre personne, une nouvelle personne, que je ne ferai plus mon métier de la même façon. Je ne voudrai pas. Ma nouvelle façon de faire va tenir compte de ce qui s’est passé.»

Il ne veut plus faire de vagues. «Dans ma nouvelle façon d’être, je n’embarque pas là-dedans, ça ne sert à rien. Je vais faire mes affaires. Il y aura une version light de moi, autant que je peux être light. Il y en a qui voudraient m’entendre comme avant, je ne les juge pas, mais ce ne sera pas pareil.»

Et son rapport aux femmes?

«C’est sûr que je fais plus attention, c’est clair. J’essaye d’être plus distant et de m’organiser et de me structurer, de mettre en place ce que je veux, c’est-à-dire être essentiellement dans ma vie personnelle où je suis plus heureux. C’est sûr que je dois travailler pour être plus respectueux. J’en suis plus conscient.»

Il essaye d’être moins familier.

Il a répondu «non» chaque fois que je lui ai demandé s’il était une victime collatérale du mouvement #moiaussi. 

Je lui ai demandé s’il s’était senti injustement lynché. «La seule personne que je peux changer, c’est moi. Je ne veux pas avoir l’air d’un gars des AA, mais dans la réalité, c’est ça pareil. Moi, je peux me changer, m’améliorer et chacun fait son travail. Des gens ont dit plein de choses. Est-ce que j’ai une opinion? Peut-être... Mais en même temps, ce que je voulais, c’était de travailler sur moi, ramener le respect et l’estime du public, le respect et l’estime des gens proches de moi.»

Il sait qu’«il y a des gens qui ne changeront jamais d’idée».

Après 11 mois, pour la première fois, il a eu le goût de raconter sa version de l’histoire. C’est lui qui a sollicité l’entrevue. «Aujourd’hui, je suis content de dire aux gens qui m’ont reproché, «tu ne parles pas, tu nous as tout conté ta vie, pis là, t’es pu là»... Je n’étais pas prêt, je voulais juste être prêt. [...] J’ai réalisé pour la première fois de ma vie que je n’ai pas toujours mesuré mon ego, un peu tête enflée, que j’étais imposant sans vouloir l’être, le côté flirtage... écoute, ça faisait beaucoup d’affaires. C’est toute qu’une claque sur la gueule quand tu prends ça.»

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L’autre choc

Gilles Parent

Le plus grand choc de Gilles Parent a été le témoignage de Catherine Bachand, complice au micro pendant une douzaine d’années. Elle est revenue sur un geste posé en 2005, en ondes, Gilles Parent lui avait saisi un sein. Elle était enceinte, lui avait donné la permission de toucher son ventre. 

Douze ans plus tard, elle s’est dite toujours blessée par ce geste.

«Je voulais la faire rire... Au lieu de toucher au ventre, j’ai touché plus haut. C’était colon pareil, je ne suis pas en train de dire que c’était brillant, mais je n’ai pas senti là ni après que ça l’avait vexée. [...] J’aurais aimé qu’elle me parle. Ça, ça donne un choc. On a travaillé ensemble [pendant 12 ans après le geste], elle est venue en voyage avec moi, je suis allé au Dream Team à Vancouver avec elle, jamais personne ne m’a parlé de ça. [...] Je l’aime encore, Catherine. Ça a été un des plus gros chocs dans cette histoire. Si je ne l’ai pas vu venir après 12, 13 ans, est-ce qu’il y a quelqu’un qui a quelque chose de cet acabit? Ça, c’est insécurisant. Elle est venue aux funérailles de ma mère, je suis allée à son mariage. J’ai parlé à des gens : “Est-ce qu’elle vous a déjà parlé de ça? ” Pantoute. Je m’en veux de ne pas avoir vu ça. Je me serais excusé, c’est sûr. À quatre heures de radio par jour, on se traitait de colons plusieurs fois par semaine...»