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Le premier ministre Justin Trudeau
Le premier ministre Justin Trudeau

Gaz à effet de serre: Trudeau s'engage à une diminution de 40 à 45 % d'ici 2030

Stephanie Taylor
La Presse canadienne
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Le premier ministre Justin Trudeau s’est engagé, jeudi, à ce que le Canada réduise ses émissions de gaz à effet de serre de 40 à 45 % d’ici 2030 par rapport aux niveaux de 2005.

Le nouvel objectif est plus ambitieux que la cible de 36 % que le gouvernement libéral avait héritée du gouvernement conservateur, une cible que M. Trudeau affirmait pouvoir atteindre, avec les mesures existantes, d’ici 2030. Cette nouvelle cible de 40 à 45 % est aussi supérieure à l’objectif de 30 % dont le Canada avait initialement convenu dans le cadre de l’Accord de Paris sur le climat en 2015.

Le premier ministre a annoncé ce nouvel objectif jeudi matin dans le cadre d’un sommet virtuel des dirigeants mondiaux sur le climat convoqué par le président américain Joe Biden, qui s’est engagé de son côté à réduire les émissions des États-Unis de 50 à 52 % d’ici 2030.

«Si les grandes économies réunies ici suivaient l’exemple du Canada, fixaient un prix graduellement en hausse à la pollution et s’engageaient à une fermeture graduelle des centrales au charbon, nous pourrions accélérer notre cheminement vers un avenir sécuritaire, prospère et carboneutre», a déclaré le premier ministre Trudeau lors d’une brève allocution au Sommet des dirigeants sur le climat.

La nouvelle cible du Canada ne correspond pas à la réduction minimale de 50 à 60 % que des groupes environnementaux et des partis d’opposition jugent nécessaire pour limiter le réchauffement de la planète à 1,5 degré Celsius. D’ailleurs, Greenpeace n’a pas perdu de temps pour critiquer la nouvelle cible canadienne.

«Après plus de cinq ans au pouvoir, le gouvernement Trudeau n’est même pas capable de proposer une cible aussi ambitieuse que celle de Joe Biden, qui est entré en fonction il y a trois mois», s’est indigné Patrick Bonin, responsable de la campagne Climat-Énergie chez Greenpeace.

«Le Canada est un pays riche, mais sa cible est inférieure à ce que doit être sa juste part de l’effort mondial (...) Il devrait adopter une cible de réduction des émissions d’au moins 60 % d’ici 2030 par rapport à 2005», a également déclaré M. Bonin, dans un communiqué publié jeudi matin. Greenpeace a réclamé une fois de plus que le gouvernement fédéral cesse de subventionner les combustibles fossiles.

L’opposition peu impressionnée

Le chef conservateur, Erin O’Toole, a estimé que le premier ministre libéral, contrairement à lui, n’avait pas de plan précis pour atteindre maintenant les objectifs de l’Accord de Paris, qui sont toujours pertinents à 30 %, selon lui. Pour M. O’Toole, il s’agit d’»une autre annonce par le premier ministre, mais sans un plan».

«Nous, on a annoncé un plan spécifique, on va atteindre nos objectifs et les cibles de Paris, mais en même temps créer des emplois pour les Canadiens après la pandémie, a soutenu le chef conservateur. Je suis fier de notre plan, meilleur que le plan de M. Trudeau, et peut-être c’est pourquoi il vient d’inventer un nouveau plan.»

Le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, a déploré jeudi que le gouvernement libéral n’ait inscrit aucune cible dans le projet de loi C-12 qu’il a déposé plus tôt cette année en matière climatique. «Si le premier ministre Trudeau veut être à la hauteur de ses prétentions et être digne d’être assis autour de la table virtuelle aujourd’hui, à cette réunion de 40 États, et bien il doit s’engager à inscrire les engagements, les promesses, les cibles qu’il énonce dans sa propre loi», a soutenu M. Blanchet.

Le NPD fédéral et le Parti vert du Canada, qui avaient pressé M. Trudeau à adopter des objectifs d’au moins 50 et 60%, respectivement, ont qualifié l’annonce de jeudi de décevante.

La cheffe du Parti vert, Annamie Paul, a comparé les objectifs du Canada au nouvel engagement des États-Unis de réduire les émissions d’au moins 50% et à une promesse similaire de l’Union européenne. Le Royaume-Uni s’est également engagé à réduire ses émissions de 78% par rapport aux niveaux de 1990 d’ici 2035.

«Nous avons dit au monde que nous n’avions pas cette ambition pour nous-mêmes», a-t-elle déclaré.

Le chef du NPD, Jagmeet Singh, a déclaré que le Canada était le seul pays du G7 à avoir augmenté ses émissions chaque année depuis l’Accord de Paris.

«Nous devons faire mieux - nous devons lutter contre la crise climatique d’une manière qui montre que nous voulons réellement gagner», a-t-il affirmé dans un communiqué.

Ce sommet intervient alors que les parlementaires à Ottawa débattent du projet de loi C-12 qui, s’il était adopté, obligerait le ministre fédéral de l’Environnement à fixer des objectifs quinquennaux continus pour réduire les émissions à partir de 2030, jusqu’en 2050. Avant le sommet de jeudi, le ministre Wilkinson avait écrit une lettre aux chefs des partis fédéraux leur demandant de proposer leur nouvelle cible, tout en soulignant la nécessité d’une coopération pour réussir dans ce domaine.

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L'ASSEMBLÉE NATIONALE RÉPOND À L'APPEL DE JOE BIDEN

L’Assemblée nationale répond au signal lancé par le président Biden aux dirigeants dans le monde: elle demande au gouvernement caquiste de revoir ses cibles de réduction des gaz à effet (GES) de serre à la hausse.

Même les caquistes ont voté pour cette motion du député péquiste de Jonquière, Sylvain Gaudreault, adoptée à l’unanimité jeudi matin.

C’est signe que le gouvernement Legault est ouvert à réduire davantage les émissions polluantes d’ici à 2030.

La motion a été entérinée dans le contexte d’un sommet entre le président Joe Biden et le premier ministre Justin Trudeau — où le Canada s’est engagé à augmenter sa cible de réduction des GES de 40 à 45 %, par rapport au niveau de 2005, d’ici à 2030.

L’Assemblée «demande au gouvernement du Québec de manifester lui aussi son désir de contribuer à cette hausse mondiale des ambitions climatiques», peut-on lire dans le libellé.

«Message fort»

«C’est un message fort du Québec envoyé à Ottawa et au sommet mondial sur le climat qui se tient aujourd’hui», a commenté M. Gaudreault, qui dit avoir obtenu une «belle collaboration» du ministre de l’Environnement, Benoit Charette, pour que tous s’entendent sur la motion.

«Si on était un État souverain on serait à la table, mais ça permet au moins au Québec de s’insérer dans ce sommet.»

Le Plan vert du Québec 2020-2030 prévoit déjà de réduire de 37,5 % les émissions de GES, par rapport au niveau de 1990, d’ici à 2030, conformément aux obligations internationales de l’accord de Paris sur la lutte aux changements climatiques.

Quelle cible?

Mais quelle devrait être la nouvelle cible? Une réduction de 40 %? Ou plus, 45 %?

«Moi, je suis qui pour dire 42 % ou 45 %? a répondu M. Gaudreault. Je dis: traçons le chemin pour dire qu’on est prêt à augmenter.»

Sur cet enjeu, il demande d’entendre le nouveau comité scientifique consultatif mis sur pied par la Loi sur les changements climatiques.

Le plan actuel 2020-2030 du gouvernement caquiste comporte toutefois des zones d’ombre: il comprend des mesures pour atteindre environ 40 % de l’objectif, soit une douzaine de mégatonnes sur 29, mais reste silencieux sur ce qui doit être fait pour les 60 % restants.

Cela veut donc dire qu’il reste encore des mesures additionnelles à déployer et qu’il faudra en trouver d’autres pour atteindre l’éventuelle nouvelle cible, a expliqué M. Gaudreault. Il pose une échéance: la prochaine Conférence des Nations unies sur les changements climatiques, la COP26, qui se tiendra à Glasgow à la fin de l’année.

Par ailleurs, la motion rappelle aussi que les autres provinces doivent également contribuer davantage à l’effort de réduction des GES. Et également, elle demande au fédéral de verser au Québec sa juste part des investissements consacrés à la relance verte.

Rappelons qu’une motion de l’Assemblée est non contraignante: elle ne peut forcer l’exécutif, c’est-à-dire le gouvernement, à agir conformément à ce qui a été voté.

«Il y a un poids moral et je vais le rappeler au gouvernement de toutes les façons, a rappelé le député de Jonquière. Il faut que ça se traduise en gestes.» Patrice Bergeron, La Presse Canadienne