Justin Trudeau avait dans sa poche une déclaration de clôture supplémentaire au sommet du G7 à La Malbaie, au cas où le président américain Donald Trump bloquerait le communiqué commun.

G7 à Charlevoix: Trudeau avait une déclaration de rechange

OTTAWA — Le premier ministre Justin Trudeau avait dans sa poche une déclaration de clôture supplémentaire au sommet du G7 de l'an dernier, au cas où le président américain Donald Trump bloquerait le communiqué commun habituel, a révélé le principal organisateur canadien.

Le sénateur Peter Boehm était le sherpa de M. Trudeau, le haut fonctionnaire qui a organisé la réunion des dirigeants du G7 à Charlevoix, l'an dernier, et décrit les efforts sans précédent déployés pour composer avec les perturbations potentielles de M. Trump lors de cette réunion dans un article du journal français «Politique étrangère».

M. Boehm a pris sa retraite de la fonction publique trois mois après le sommet, qui s'est achevé par une tirade d'insultes envers M. Trudeau publiée par M. Trump sur Twitter et le retrait de son appui envers le communiqué final du sommet.

En septembre dernier, M. Trudeau a nommé M. Boehm sénateur indépendant, après une longue carrière de diplomate ayant inclus des postes d'ambassadeur et de sous-ministre à Ottawa.

Lors de la préparation du G7 de l'année dernière, ce n'était un secret pour personne que le gouvernement craignait que M. Trump ne soit une force perturbatrice.

M. Trudeau devrait assister à la réunion des dirigeants de cette année plus tard ce mois-ci en France, et les responsables français se démènent pour que le sommet soit un succès - avec ou sans la coopération de M. Trump.

M. Boehm explique dans son essai de 11 pages la nécessité d'un G7 efficace pour s'attaquer aux problèmes mondiaux avec un consensus parmi ses pays membres, comprenant la Grande-Bretagne, l'Allemagne, le Japon et l'Italie.

Selon M. Boehm, le principal inconvénient de l'utilisation de cette méthode dans un organisme comme le G7 est qu'un membre non coopératif peut gâcher les résultats souhaités et défendus par les autres.

Habituellement, le communiqué final, une déclaration que les sherpas élaborent avec soin pour leurs dirigeants, est le principal moyen utilisé par le G7 pour montrer «son unité et son leadership au monde», a déclaré M. Boehm.

Mais le Canada ne tenait rien pour acquis au sommet de l'an dernier.

M. Boehm écrit en effet que le choix, au sommet canadien à Charlevoix, était de savoir s'il fallait ou non tenter de négocier un communiqué.

C'est qu'il y avait «de profondes différences» entre les Américains — M. Boehm ne nomme jamais M. Trump —, les six autres pays et l'Union européenne (également membre du G7) sur plusieurs questions, a-t-il déclaré. Parmi les enjeux à aborder figuraient les changements climatiques, l'ordre fondé sur des règles internationales, le protectionnisme dans les échanges commerciaux et l'accord nucléaire entre l'Iran et les puissances occidentales, duquel M. Trump a depuis retiré les États-Unis.

Finalement, la décision fut prise de s'engager dans un communiqué, mais avec une sorte de Plan B.

Les sherpas et le premier ministre Trudeau ont ainsi convenu que des efforts devraient être déployés pour négocier un communiqué, et que la publication du résumé du président pourrait être une alternative si la recherche du consensus se révélait vaine. Les Canadiens ont conservé une déclaration de rechange à portée de main, juste au cas où, note M. Boehm.

Les dirigeants ont monté un dernier effort décisif, aux côtés de leurs sherpas, et après une session nocturne marathonienne, un communiqué a été adopté.

Le dur labeur s'est effondré après que M. Trump, parti tôt, eut écrit sur Twitter, depuis Air Force One, que M. Trudeau était «très malhonnête et faible» après que le premier ministre eut repris ses critiques sur les tarifs américains de l'acier et de l'aluminium lors de sa conférence de presse de clôture. M. Trump a également déclaré qu'il retirait son soutien au communiqué.

John Kirton, un expert sur les sommets du G7 de l'Université de Toronto, a déclaré qu'il ne s'attendait pas à ce que M. Trump pose la même menace au président français Emmanuel Macron à Biarritz, en France, ce mois-ci.

Il n'y aura pas de consensus sur le changement climatique, car M. Macron, en tant qu'hôte, n'acceptera aucune réduction de soutien concernant l'accord de Paris sur le climat que M. Trump a désavoué, a soutenu M. Kirton. Les États-Unis et le reste du G7 devront simplement accepter d'être en désaccord, a-t-il ajouté.