Lancement d’un collectif pour une stratégie nationale de prévention du suicide, Miceal Sheehan et Lorraine Deschenes

Front commun contre le suicide

La pression s’est accentuée sur le gouvernement Legault, lundi, pour qu’il se dote d’une stratégie nationale pour réduire le nombre de suicides au Québec.

Plus de 25 organisations — associations, organismes, centre de recherche, de prévention et d’écoute téléphonique, fondations, ordre professionnel, syndicats de travailleurs, etc. — viennent de se réunir pour lancer le Collectif pour une stratégie nationale en prévention du suicide.

«On sait ce qu’on a à faire, faisons-le!» a dit Lorraine Deschênes, coprésidente du collectif, experte en prévention du suicide et endeuillée par suicide, lors d’une conférence de presse à la Tribune de presse de l’Assemblée nationale, où elle était accompagnée de plus d’une quinzaine de représentants de ce nouveau regroupement.

Depuis 15 ans, le Québec n’a pas de stratégie nationale en prévention du suicide. C’est pourtant la principale mesure préconisée par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) pour réduire le nombre de suicides.

Chaque jour, trois Québécois s’enlèvent la vie. En 2016, il y a eu 1046 suicides dans la province. Le taux de suicide a baissé au Québec dans la dernière décennie, mais il reste une des plus importantes causes de mortalité.

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Le suicide peut être évité, a rappelé le juge à la retraite Michael Sheehan, coprésident du Collectif et père endeuillé par suicide.

«La personne qui pense au suicide ne veut pas mourir, elle veut cesser de souffrir. Elle a perdu espoir, mais elle est ambivalente. Une partie d’elle veut rester en vie», a-t-il dit.

Les membres du collectif souhaitaient que le Québec se dote d’une stratégie qui permettrait d’aider davantage ceux qui ont des idées noires ou qui ont fait une tentative de suicide. Ils espèrent aussi que la stratégie mise sur le développement d’habiletés émotionnelles qui permettraient de mieux composer avec les périodes de crise et les épreuves de la vie quotidienne.

Le Collectif n’a pas estimé précisément le coût du déploiement d’une stratégie nationale de prévention du suicide. Mais selon Lorraine Deschênes, le gouvernement devrait y investir plusieurs, voire des dizaines de millions de dollars.

L’exemple de la SAAQ

Michael Sheehan a pris l’exemple de la Société d’assurance automobile du Québec (SAAQ) pour démontrer l’importance de la prévention. La SAAQ a remporté un «succès énorme», selon ses mots, en réduisant le nombre de morts sur les routes grâce à la prévention.

La SAAQ a fait valoir au juge à la retraite que pour chaque dollar investi en prévention, on épargne cinq dollars en soins et traitements, donc un argument de poids pour les décideurs, qui peut donc être pris en compte également en matière de prévention du suicide.

Après un pic de 1620 suicides en 1999, il y a eu une diminution grâce à la prévention, mais il est maintenant temps de renouveler l’approche et les efforts de prévention, ont soutenu les représentants du collectif.

Le déploiement d’une stratégie nationale de prévention du suicide permettrait de réduire de 15 à 25 % le nombre de suicides au Québec, selon le Collectif. Ce dernier espère que le Québec suivra l’exemple de pays comme la Finlande et l’Australie, qui ont connu du succès dans la réduction des suicides avec une stratégie nationale de prévention.  Avec La Presse canadienne