Francis Yergeau lors de son arrestation en 2016.

Francis Yergeau coupable de meurtres prémédités

Un homme d’Acton Vale trouvé coupable de deux meurtres prémédités, jeudi, pourrait écoper d’une peine de prison à vie sans possibilité de libération conditionnelle avant 50 ans.

La Couronne en a fait l’annonce peu après que le juré no. 5 eût prononcé « coupable » en lien avec les deux accusations de meurtre au premier degré auxquelles faisait face Francis Yergeau, un employé d’usine de 39 ans.

« Le ministère public demande l’application de peines consécutives », a indiqué Me Sandra Bilodeau au tribunal.

À la défense, Me Mathieu Rondeau-Poissant a rétorqué qu’il contesterait la constitutionnalité d’une telle sentence, comme c’est le cas dans d’autres dossiers similaires, notamment celui du tueur de la mosquée de Québec, Alexandre Bissonnette.

Me Rondeau-Poissant s’est aussi opposé à ce que son client subisse une évaluation avant sentence comme le demande la poursuite, alléguant que ce document serait « nécessairement défavorable » puisque M. Yergeau nie les gestes reprochés.

Interrogée à sa sortie de la salle d’audience, la défense a aussi indiqué son intention d’en appeler du verdict de double culpabilité. La vidéo de l’interrogatoire policier de l’accusé présentée en cour, et où il est passé aux aveux, pourrait être attaquée sur son admissibilité en preuve.

« Le procès s’est bien déroulé, mais le résultat est décevant », a dit Me Rondeau-Poissant. M. Yergeau est de facto condamné à une sentence minimale de 25 ans de prison. À l’image de son attitude tout au long du procès, l’accusé n’a pas exprimé d’émotion à l’annonce du verdict.

«Visiblement, le jury n'a pas retenu ces explications», a dit Me Sandra Boileau du ministère public.

Propos

De son côté, la Couronne est bien entendu satisfaite du verdict, qu’elle juge « conforme avec la preuve ». « Le jury a fait un travail minutieux, ils n’ont pas cru l’accusé et c’est ce qu’on demandait », a dit Me Bilodeau.

Le fait que M. Yergeau ait tout avoué le jour de son arrestation en mai 2016 a facilité le travail de la poursuite, concède Me Bilodeau. « Les aveux sont une preuve complète en soi et nous avions d’autres éléments pour l’appuyer. »

L’invraisemblance et l’incohérence des propos de l’accusé lors de son témoignage en cour, entre autres pour renier ses déclarations faites lors de l’interrogatoire policier, ont aussi pesé dans la balance, a dit l’avocate. « Visiblement, le jury n’a pas retenu ces explications. »

Les victimes, Martin Bélair et Nancy Beaulieu

Plan

Francis Yergeau avait incité le jury à ne pas tenir compte de cette vidéo présentée en cour et où il explique en détail comment, avec un complice allégué, il a mis fin aux jours de la Granbyenne Nancy Beaulieu et de son conjoint Martin Bélair, qui géraient un bar de danseuses nues à Saint-Hyacinthe.

Le plan consistait à devenir des clients réguliers du Cabaret Flamingo, à s’acoquiner avec M. Bélair puis à le faire disparaître en faisant croire qu’il leur devait une forte somme d’argent issue d’une transaction de cocaïne.

Le duo voulait ensuite extorquer le copropriétaire du bar pour qu’il leur donne la part de la victime, mais comme M. Yergeau l’a exprimé lors de son interrogatoire, « le plan a chié ». Le copropriétaire a refusé de payer et les deux hommes se sont terrés quand la police s’est mise à enquêter sur la disparition des victimes.

Celles-ci avaient été attirées dans l’usine de blocs de béton où les deux hommes travaillaient, à Acton Vale, pour y être tuées à coups de fusil le 6 janvier 2015. Mme Beaulieu a été éliminée parce qu’elle en savait trop.

Les corps ont ensuite été abandonnés dans un stationnement de Mascouche, dans Lanaudière.

Le procès, qui a duré cinq semaines, a nécessité deux jours de délibérations de la part du jury. Une ordonnance de non-publication empêche de nommer le coaccusé de M. Yergeau, qui doit éventuellement subir un procès séparé.

DES PROCHES SOULAGÉS DU VERDICT

Les proches des victimes de Francis Yergeau ont exprimé leur soulagement, jeudi, à l’annonce du verdict de double culpabilité pour meurtre prémédité.

« Je suis contente, je me sens libérée », a dit la mère de Nancy Beaulieu, Hélène Deshaies, qui a été présente tout au long du procès au palais de justice de Saint-Hyacinthe.

Elle a dit avoir craint un autre verdict, mais qu’elle avait confiance. « Y’en a un qui me protège en haut. Je sais que ma fille ne reviendra pas, mais elle est avec moi quand même. »

Chantal Levert, une ancienne conjointe de Martin Bélair, a dit être « satisfaite » et souhaite des peines consécutives pour l’accusé. « On avait peur que ce soit un autre verdict », a-t-elle laissé tomber à sa sortie du tribunal.

Au terme de l’audience de jeudi, les proches des victimes ont d’ailleurs été invités par la Couronne à s’exprimer ultérieurement en cour lors des plaidoiries sur la peine.

Me Sandra Bilodeau, du ministère public, souhaite convaincre le juge Daniel Royer, de la Cour supérieure, de la pertinence d’imposer une double peine de prison à vie à Francis Yergeau.