Le Soleil rapportait mardi que peu importe que ce leur coûtent leurs frais de pratique, les médecins sont toujours compensés à hauteur de 30 %, et qu’il est à peu près impossible de savoir si cet argent sert véritablement au financement de l’organisation clinique, comme à l’embauche de personnel supplémentaire.

Frais de cabinet des médecins: l’absence de reddition de compte reprochée à Barrette

La question de la majoration de 30 % de la rémunération des médecins qui pratiquent en clinique pour compenser leurs frais de cabinet a rebondi à l’Assemblée nationale, mardi, alors que la péquiste Diane Lamarre a reproché au ministre de la Santé, Gaétan Barrette, de ne pas exiger de reddition de compte «pour savoir à quoi sert ce 30 %».

Le Soleil rapportait mardi que peu importe que ce leur coûtent leurs frais de pratique, les médecins sont toujours compensés à hauteur de 30 %, et qu’il est à peu près impossible de savoir si cet argent sert véritablement au financement de l’organisation clinique, comme à l’embauche de personnel supplémentaire. 

Or selon un omnipraticien à qui nous avons parlé, de plus en plus de propriétaires de cliniques «non-médecins», notamment des promoteurs, arrivent à attirer des médecins en leur offrant des loyers peu chers. «Sur le 30 % de majoration qu’il reçoit pour ses frais de cabinet, le médecin peut en réalité payer entre 8 % et 12 %, en moyenne. La différence, il la garde, ça ne va pas à la clinique», nous a dit ce médecin, lui-même propriétaire d’une clinique.

«Théoriquement, ce supplément de 30 % doit servir à payer loyer, équipements, salaire du personnel administratif, mais il n’y a aucune reddition de compte qui est demandée. La RAMQ ne sait pas si ce supplément sert vraiment à ça. […] Le gouvernement est au courant de la situation, pourquoi le ministre n’a-t-il rien fait?» a demandé la députée Diane Lamarre pendant la période de questions. 

«Des médecins le disent eux-mêmes, dans plusieurs cas, les frais de cabinet sont versés en trop. Pour savoir si ces cas sont anecdotiques ou si le problème est généralisé, il faut une reddition de compte», a ajouté la porte-parole de l’opposition officielle en matière de santé, accusant le gouvernement de se fermer les yeux sur l’utilisation de ces sommes. 

«Lorsqu’on négocie une rémunération, on fait certaines évaluations qui se traduisent dans des négociations locales entre le médecin qui est un travailleur autonome et le milieu dans lequel il travaille. Si certains médecins vont potentiellement négocier des situations qui sont plus avantageuses […], il y a des médecins qui n’arrivent pas à négocier des arrangements avantageux et même qu’ils perdent de l’argent», a répondu le ministre Barrette. 

Selon lui, «c’est une situation complexe, qui ne s’analyse pas dans un article de journal, qui est l’objet certainement d’un examen, que nous avons fait dans l’histoire périodiquement». Dans notre reportage, le ministère de la Santé se disait d’avis que «compte tenu des augmentations significatives récentes de la rémunération des médecins, il serait justifié de procéder à une mise à jour globale de cette composante», tout en soulignant que «cette mise à jour ne peut se faire qu’à la table de négociations» avec les fédérations de médecins. 

«Entrepreneurs sans concurrence»

Selon Diane Lamarre, le modèle de rémunération des médecins «leur permet d’agir comme des salariés sans patron et comme des entrepreneurs sans concurrence». «Au moment où chaque dollar compte […], est-ce que le ministre va faire la lumière sur l’utilisation réelle du supplément de 30 % versé aux médecins dans leur rémunération?» a insisté la députée de Taillon. 

Le ministre n’a pas directement répondu à la question, mais il a néanmoins convenu que «chaque dollar qui vient des impôts et des taxes payés par les citoyens et citoyennes du Québec doit être dépensé judicieusement».