Le CIUSSS adopte une politique 100 % sans fumée qui entrera en vigueur de façon progressive sur une période de cinq ans, mais qui débutera dès l’automne prochain à l’Hôpital du Centre-de-la-Mauricie.

Fini de fumer à l’hôpital

TROIS-RIVIÈRES — Tant les usagers que les visiteurs et le personnel du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux de la Mauricie-Centre-du-Québec (CIUSSS MCQ) qui aimaient griller une cigarette devront écraser, et ce, même s’ils se trouvent à plus de neuf mètres des édifices concernés.

Le CIUSSS adopte une politique 100% sans fumée qui entrera en vigueur de façon progressive sur une période de cinq ans, mais qui débutera dès l’automne prochain à l’Hôpital du Centre-de-la-Mauricie.

«À compter du 1er mai 2023, nous serons un établissement 100 % sans fumée pour l’ensemble de nos installations, tant sur les terrains que dans les stationnements. D’ailleurs, en novembre 2017, nous avons adopté une politique pour un environnement sans fumée», explique Geneviève Jauron, porte-parole du CIUSSS MCQ. Même le vapotage sera interdit. «La nouvelle politique est déployée de façon progressive sur cinq ans. Elle s’appliquera pour tous les produits du tabac, la cigarette électronique et le cannabis fumé», précise Mme Jauron.

Certaines exceptions pourraient s’appliquer dans certains établissements qui sont considérés comme des milieux de vie tels les CHSLD. «Exceptionnellement, des mesures particulières pourraient être mises en place dans certains endroits. Si c’est évalué pertinent qu’un milieu garde un fumoir, ce sera évalué, mais l’idée c’est de favoriser un établissement sans fumée.»

D’ailleurs, à la suite d’un sondage mené à l’été 2018, il a été déterminé que très peu d’usagers des CHSLD fument. Les 29 CHSLD de la région comptent 2496 lits, et moins de 50 personnes ont déclaré être des adeptes du tabac. De plus, une mise aux normes devait être faite dans certains fumoirs alors que plusieurs ne sont même pas utilisés.

Il n’est pas question pour le CIUSSS MCQ de mettre en place une politique coercitive mur à mur. «On souhaite vraiment que ce soit une mesure pour aider les personnes dans leurs démarches de cessation tabagique. On sait qu’environ 70% des personnes qui fument souhaitent cesser. Cette démarche vise à les aider. Loin de nous, l’idée de faire un virage drastique. On met vraiment l’accent dans notre politique et dans notre démarche sur la notion progressive de ce changement. L’idée, ce n’est pas que les gens arrêtent à tout prix, c’est de vraiment favoriser la santé globale des personnes», note Mme Jauron.

Et pourquoi débuter par l’hôpital du secteur Shawinigan-Sud? Des conditions favorables sont déjà en place, selon le CIUSSS, dont la présence d’une infirmière clinicienne. «Avant qu’on devienne un établissement sans fumée, on veut mettre en place l’aide préventive pour les usagers. À Shawinigan, c’est possible par la présence d’une infirmière clinicienne. On va demander à toutes les personnes qui vont être admises à l’hôpital si elles ont fumé au cours des six derniers mois. Si c’est le cas, l’infirmière clinicienne va leur offrir certains services comme le counseling et une possibilité d’amorcer le sevrage. Il y a un suivi qui va être fait dès la sortie de l’hôpital s’ils le souhaitent. Il y aura vraiment un accompagnement de l’usager.»

Du côté du Syndicat des professionnelles en soins de la Mauricie et du Centre-du-Québec, la présidente, Nathalie Perron, convient que cette nouvelle politique correspond à la mission de l’employeur. Toutefois, elle espère que des endroits sécuritaires seront aménagés pour ceux qui tiennent à continuer à fumer. Malgré l’accompagnement prévu, il y aura des irréductibles, croit-elle. «Quelqu’un qui fume va continuer à fumer. Les gens sortent dehors fumer avec leur chaise roulante et leur tige à soluté. Il faut que ce soit sécuritaire pour ne pas qu’ils se blessent et qu’ils y aient d’autres conséquences. Il faut qu’ils aient un accès, sinon ils vont le faire en cachette. (...) On a beaucoup de patients en santé mentale, parfois c’est leur seule soupape», note-t-elle.

Cette décision va assurément amoindrir la problématique d’amoncellements de mégots près des établissements de santé. La situation était particulièrement rebutante à l’Hôpital du Centre-de-la-Mauricie, selon des lecteurs qui nous avaient contactés cet hiver.

Le CIUSSS MCQ n’est pas le seul à mettre en place une telle politique. En effet, le CIUSSS du Saguenay-Lac-Saint-Jean deviendra un établissement sans fumée dès cet automne.

Selon le CIUSSS MCQ, cette démarche s’inscrit dans sa responsabilité «de veiller à la santé et au bien-être du personnel et de la population en favorisant l’adoption de saines habitudes de vie et en créant des environnements sains et sécuritaires». «Comme établissement de santé, on veut donner l’exemple. Nous, ce qu’on souhaite, c’est une meilleure santé pour tous. On sait aussi que la Politique gouvernementale de prévention en santé vise, en 2025, 10% de fumeur pour la population en général, et la stratégie canadienne de lutte au tabagisme vise, en 2035, 5 % de fumeurs au Canada.»