Les résultats du vote à l’assemblée générale des syndiqués de l’ABI ont soulagé les intervenants politiques de la région.

Fin du lock-out à l'ABI: une «excellente nouvelle» pour François Legault

Bécancour — «Excellente nouvelle pour la Mauricie, le Centre-du-Québec et tout le Québec.» C’est par un tweet que le premier ministre du Québec, François Legault, a commenté la fin du lock-out à l’ABI, avec l’acceptation des offres par une majorité de syndiqués.

Une réaction largement partagée par le milieu politique en région. «Je suis heureux pour ceux qui vont bénéficier de ce règlement. Je profite de l’occasion pour féliciter les parties. La semaine passée, la compagnie a pris l’initiative de convoquer la partie syndicale sous la supervision du conciliateur du ministère et a présenté une offre globale et finale et le syndicat a pris la décision de convoquer les salariés en assemblée générale. Tout le monde a contribué à sa façon à l’atteinte de ce résultat», a indiqué le ministre du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale, Jean Boulet.

Celui-ci n’a pas manqué de rappeler que depuis son assermentation, il en avait fait un dossier prioritaire. «J’ai tout fait pour jouer du mieux que je pouvais mon rôle de facilitateur et créer les conditions favorables, donner les outils aux parties pour qu’elles puissent trouver un terrain d’entente entre elles-mêmes. C’est un règlement que je salue vraiment», a-t-il ajouté.

Par ailleurs, le député de Trois-Rivières s’est dit étonné par le pourcentage de vote, soit 80 %, et ce, malgré une recommandation défavorable. «C’est quand même assez significatif. C’est certainement le symptôme d’une certaine rupture entre l’exécutif syndical et les salariés. Ce sont eux qui ont décidé», fait-il remarquer tout en «levant mon chapeau» à l’endroit de Clément Masse pour son dévouement.

Selon lui, il faut considérer que les parties n’ont maintenant que des intérêts communs. «Une année et demie, ça laisse des traces, il faut tourner la page. J’envoie le message qu’avec mon ministère, je serai toujours présent. Il y aura des choses à reconstruire, des ponts à refaire, que ce soit au niveau du développement des compétences, des plans de formation, des séminaires de relations de travail. Moi, je serai là. J’ai déjà donné instruction à mes gens de mon ministère d’entrer en communication avec les parties pour établir leurs besoins. On va mettre en place les solutions qui s’imposent, j’ai l’intention d’avoir un plan d’action pour aider à ce que la transition soit harmonieuse et qu’on relève tout le monde ensemble le défi de l’avenir de cette entreprise», a fait savoir le ministre régional.

Son collègue Donald Martel s’est dit «vraiment content», et ce, tant pour les travailleurs que l’économie. «C’est un conflit qui pesait lourd au niveau du climat social. C’est un soulagement pour toute la population de la Mauricie et du Centre-du-Québec», affirme-t-il.

À la lumière de ses échanges avec plusieurs syndiqués au fil des mois, le député de Nicolet-Bécancour a pu constater à quel point ils aiment leur travail, ils savent qu’ils ont des bonnes conditions et ils avaient hâte de retourner. «Après 18 mois de lock-out, ils étaient réalistes par rapport à l’avenir s’ils refusaient la proposition. Ça aurait été encore plus long. Ils ont agi intelligemment. Les travailleurs ont voté pour les travailleurs, et non pour le syndicat. Ils se sont écoutés», croit-il.

Du même coup, celui-ci se montre préoccupé par rapport à l’avenir. «Les syndiqués ont fait un très grand pas. Je souhaite que la compagnie entende ce message-là. Il y a peut-être des projets d’investissements. Notre priorité collective devrait être de s’assurer de la viabilité de cette entreprise pour les 25 prochaines années. C’est un moteur important dans notre économie, les travailleurs ont fait leur bout. Maintenant, c’est sûr que je vais travailler pour les inciter à investir, pour rendre la compagnie plus performante encore et assurer sa viabilité à long terme», promet M. Martel.

De son côté, le maire de Bécancour, Jean-Guy Dubois, parle d’un beau cadeau de fête, lui qui célébrait son anniversaire la veille. «Je suis très content, c’est un grand soupir de satisfaction pour tout le monde, les travailleurs et les sous-traitants qui vont tranquillement se réorganiser et essayer de retrouver leur personnel, et pour nos entreprises et nos commerces. C’est une bonne nouvelle en ce début d’été», a-t-il déclaré.

À son avis, le pourcentage du vote va favoriser un meilleur retour au travail. «On vient de vivre 18 mois d’inquiétude, d’incertitude, de fragilité des finances municipales pour une ville comme Bécancour qui a un parc industriel majeur», admet celui qui évoque les 4,2 millions de dollars en revenus de taxes que rapporte annuellement l’ABI.

Pour lui, les prochains mois seront déterminants. «Je veux faire un appel aux deux parties. On tourne la page, ce qui veut dire regarder en avant et arrêter de regarder en arrière. Tous les verbes qui se conjuguent au passé, on oublie ça. Les mots rancœur, vengeance, on oublie tout ça et on essaie de repartir pour créer une atmosphère de travail intéressant dans cette usine-là. On est chanceux de l’avoir. Prenons-en conscience», lance-t-il comme message.

Finalement, le premier magistrat espère que dans les prochains mois, «on se penchera sur cet abcès qui dure depuis plusieurs années». «Il y a un problème certain. Il n’y a rien qui ressemble plus à une aluminerie qu’une autre aluminerie, et pourtant, ça a l’air à bien aller un petit peu partout au Québec», constate-t-il.

«Évidemment, j’espère des investissements, comme il y en a eu dans les autres alumineries. Je veux qu’on soit au diapason, c’est pour 25 ans qu’il faut penser. Moi, je pense en fonction de 25 ans de production encore. Et ce qu’on a besoin au Québec, c’est de la transformation. S’il y en avait plus, on serait beaucoup moins fragile dans nos finances à la Ville de Bécancour notamment. Ce serait quelque chose qui serait intéressant. C’est peut-être le bon moment, maintenant qu’on a une belle éclaircie de six ans devant nous autres, d’aller de l’avant et de penser positif», soutient le premier magistrat.

Le responsable de Québec solidaire en matière de travail, Alexandre Leduc, parle d’un gouvernement Legault «qui n’hésite pas à briser des promesses et à prendre sans gêne le bord des patrons alors que le rapport de force leur était déjà favorable».