Le ministre du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale, Jean Boulet.
Le ministre du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale, Jean Boulet.

«Fêter la discipline des employeurs et travailleurs»

Marc Rochette
Marc Rochette
Le Nouvelliste
Trois-Rivières — Même s’il reste encore 244 500 chômeurs issus de la pandémie au Québec, le ministre du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale, Jean Boulet, croit néanmoins qu’il y a matière à célébrer en cette fête du Travail 2020.

«Si j’avais à dire ce qu’on a à fêter, je dirais fêter la discipline des employeurs et des travailleurs. On a eu une pandémie, il y a eu un confinement qui nous a imposé d’établir des normes sanitaires par secteur d’activités, avec plein d’outils de communication. Je suis impressionné par la volonté et l’engagement des employeurs et des travailleurs à bien respecter ces normes sanitaires et j’ai trouvé ça remarquable», a-t-il indiqué.

Avec la CNESST et la Santé publique, le ministre Boulet s’est assuré de rendre les environnements de travail les plus sécuritaires possible.

«J’ai déployé beaucoup d’inspecteurs sur le terrain pour faire des interventions et entre le 13 mars et le 30 août, on a fait 9792 interventions relativement à la COVID. Et les secteurs où il y a eu le plus d’interventions, c’est construction, restauration et commerce de détail», a-t-il révélé.

Celui-ci ne cache pas que le secteur manufacturier a connu deux fermetures et les chantiers de construction, pas moins de 23. Mais leurs activités ont repris dès que les corrections ont été apportées.

«Je trouve que l’institution relevant de mon ministère qui s’est particulièrement démarquée, c’est la CNESST. Il y a eu une grosse campagne de publicité qui s’appelait Le Québec se remet au travail, on va lancer une deuxième phase le 7 septembre prochain. On a formé un groupe de 1000 agents de prévention qui se sont déployés un peu partout. On a fait un guide pour le secteur de l’éducation, on va faire des interventions dans les écoles primaires et secondaires pour s’assurer que le retour se fasse bien», fait savoir celui qui prône la collaboration plutôt que la coercition.

Quant aux tours à bureaux, où le taux d’occupation permis est de 25 %, Jean Boulet est en communication constante avec la Santé publique pour évaluer un ajustement selon l’évolution de l’épidémiologie.

S’il s’attend que le nombre de chômeurs issus de la pandémie soit en baisse lors des prochaines statistiques en raison du retour au travail progressif, il se réjouit de voir la PCU être transformée en prestation d’assurance-emploi.

«J’ai toujours dit que la PCU avait des impacts dans certains milieux de travail, que ça n’incitait pas au retour au travail et qu’il fallait l’adapter en période de reprise des activités économiques. Il faut s’assurer que les personnes demeurent toujours disponibles pour travailler et qu’elles ne refusent pas sans motif raisonnable une offre de retour au travail», affirme le ministre.

«Je pense qu’on s’en va dans une meilleure direction, mais il y a encore des ajustements à faire. J’ai encore des discussions que j’anticipe avec mon homologue à Ottawa pour s’assurer que ça respecte bien les besoins de notre marché du travail», renchérit-il.

Selon lui, ce qu’il y a de particulier en période de pandémie, c’est que le taux de chômage reste important dans certains secteurs comme ceux de la restauration, de l’hébergement, du tourisme et de la culture alors que la pénurie de main-d’oeuvre est réapparue dans d’autres secteurs, particulièrement dans les technologies de l’information, la santé, la construction et les sciences de la vie.

«Il va falloir créer des passerelles et requalifier les travailleurs pour s’assurer qu’ils répondent bien aux demandes des entreprises qui sont dans les secteurs névralgiques et en effervescence où il y a beaucoup de demandes», soutient M. Boulet.

Ce dernier n’est pas peu fier de son programme PACME (programme actions concertées pour le maintien en emploi) qui a profité à 48 759 entreprises et 143 709 travailleurs, et ce, tant par le volet individuel que collectif.

«On a connu un succès vraiment extraordinaire. Pour moi, c’est extrêmement révélateur du besoin des entreprises et des travailleurs de participer au rehaussement des compétences qui vont être requises dans l’avenir, dans le marché du travail de demain», a-t-il ajouté.

Tout comme il considère «extrêmement important», dans le contexte de la reprise économique, de s’assurer d’une adéquation entre la formation et les besoins du marché. «Et ça va passer beaucoup par la requalification des travailleurs», précise celui qui, au passage, fait la promotion de la plateforme numérique jetravaille.ca, un service d’arrimage entre entreprises et travailleurs.

Alors que la situation de l’emploi s’améliore en Mauricie, avec l’ajout de 4300 emplois en juillet et une baisse de 2,2 points du taux de chômage, le ministre Boulet veut démystifier et démocratiser l’automatisation.

«Au Québec, il ne faut pas travailler plus, mais il faut travailler mieux. Les technologies numériques sont un puissant outil pour bâtir un Québec qui est prospère. La pandémie nous a forcés à redéfinir le marché, la façon avec laquelle on travaillait. Pour moi, c’est une opportunité extraordinaire pour les entreprises de s’attaquer aux écarts de productivité qui nous séparent encore de l’Ontario et des pays membres de l’OCDE», fait-il valoir.

Pour lui, 2020 se veut donc une année charnière «dans l’évolution de nos approches, nos méthodes de travail, nos environnements de travail».