Les pressiers Daniel Campbell, Michel Richard, Mario Lebel (chef pressier), Alain Labbé (assistant chef pressier), Luc Coutu et Robert Chicoine composent une équipe qui, nuit après nuit, permet d’imprimer des milliers de copies de La Tribune et de La Voix de l’Est.

Fermeture de l'imprimerie de La Tribune : la fin d'une époque

Ce sera la fin d’une époque vendredi prochain, puisque La Tribune fermera son imprimerie à compter du 14 février. En effet, le quotidien La Tribune est imprimé depuis 110 ans dans ses propres locaux, d’abord sur la rue Dufferin puis sur la rue Roy depuis 1976. Le journal La Voix de l’Est est également imprimé dans les locaux de La Tribune depuis 1977. Les journaux sont ensuite livrés à la porte de milliers d’Estriens aux quatre coins de la grande région de l’Estrie avant 6 h du matin.

Les imposantes presses de La Tribune ont atteint leur fin de vie utile. La Tribune et La Voix de l’Est seront donc imprimées par un sous-traitant à compter du 17 février, un changement qui ne fera cependant aucune différence pour les lecteurs et les abonnés des deux quotidiens.

La fermeture des presses entraîne 46 pertes d’emploi à La Tribune, dont une douzaine à temps complet. En plus des pressiers, les expéditeurs et les encarteuses perdent également leur emploi. Dix-sept de ces employés comptent plus de 20 ans de service à La Tribune

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Le chef pressier Mario Lebel regarde une copie du journal afin de s’assurer que tout est beau. La qualité du journal, c’est une priorité pour les pressiers.

Quitter une famille

Aux petites heures du samedi 15 février, les presses arrêteront d’imprimer pour la dernière fois. Peu après, les encarteuses auront terminé d’encarter Le Mag, au cœur du journal, et les expéditeurs glisseront les piles de journaux pour la dernière fois dans les camions chargés d’en faire la distribution sur le territoire estrien.

À ce moment-là, il y aura de l’émotion dans l’air. Beaucoup de larmes couleront certainement.

« Nous allons travailler fort et bien jusqu’au dernier jour, jusqu’aux dernières copies du journal, pour nos abonnés », soutient avec ardeur Alain Charland, chef du département de l’expédition et employé de La Tribune depuis 46 ans.

Car dans les départements des presses et de l’expédition de La Tribune, on ne vient pas seulement gagner une paie. On vient y retrouver une famille.

« Quand j’ai commencé à travailler, on était la même gang ensemble, tout le temps. Maintenant il y a plus une rotation, mais nous sommes au moins dix à travailler ensemble depuis plus de 30 ans. Alors c’est certain qu’on crée des liens », mentionne Claudette Carrier, qui travaille à La Tribune depuis 42 ans, sans chercher à cacher ses émotions.

Paul Chamberland est pressier depuis 37 ans. Il sera en congé le vendredi 14 février. Mais pour cette dernière impression de La Tribune, il viendra quand même. « Je veux absolument être là quand Mario Lebel, notre chef pressier, va mettre en marche les presses de La Tribune pour la dernière fois. Et peut-être que je vais rester jusqu’à la fin pour la voir s’arrêter. Ça fait 110 ans que La Tribune est imprimée à Sherbrooke, dans nos locaux; ça va être une grosse étape de la voir s’arrêter. Après ça, on va passer à d’autre chose et on va garder de beaux souvenirs de La Tribune », soutient M. Chamberland.

Daniel Doyon tournera aussi une page sur un long chapitre de sa vie. Il travaille à La Tribune depuis 35 ans comme expéditeur. Il a commencé très jeune, alors que la loi sur l’âge minimum des travailleurs de nuit venait juste d’être adoptée. « Je n’ai même pas eu besoin de remplir une demande d’emploi. Je venais donner un coup de main, parce que c’était mon père qui était boss ici, alors ce n’était pas compliqué », se rappelle-t-il en riant.

« Je venais une nuit de temps en temps pour donner un coup de main. Il y a eu des retraites, des départs, et finalement, j’ai eu un poste à l’expédition. Et ça fait 35 ans maintenant », soutient celui qui adorait ses horaires de nuit.

Alain Charland quittera aussi l’entreprise où il travaille depuis 46 ans et une équipe – non, une famille –

qu’il supervisait nuit après nuit depuis plus d’un quart de siècle. C’est à La Tribune qu’il a rencontré sa conjointe, Johanne Henri, qui y travaille aussi depuis une quarantaine d’années.

« Je l’ai remarquée dès qu’elle a mis le pied dans le département », se souvient-il en riant.

Puis Mme Henri a dû quitter La Tribune en raison de la loi sur l’âge minimum des travailleurs de nuit et a travaillé alors comme caissière chez Zellers. « Alain venait deux fois par semaine pour passer à ma caisse et me glisser quelques mots. Il achetait toujours des paires de gants; il devait en avoir toute une caisse! » rigole-t-elle.

Elle est revenue à La Tribune peu après. Le couple s’est formé. Ils ont eu deux enfants tout en travaillant tous les deux de nuit.

« Ça fait 40 ans qu’on est ensemble! » dit-elle avec fierté.