Jonathan Falardeau-Laroche (à gauche, en compagnie de Me Simon Roy) est accusé de négligence criminelle causant la mort de Marie-Pier Gagné et causant des lésions à son bébé et à une autre conductrice.

Femme enceinte tuée sur Laurier: le conducteur épileptique savait qu’il ne devait pas conduire

Jonathan Falardeau-Laroche savait depuis l’âge de 13 ans qu’épilepsie et conduite automobile ne font pas bon ménage, affirme son neurologue. Et le jeune homme se l’était fait répéter quelques minutes avant de happer mortellement une femme enceinte devant le CHUL, le 10 août 2016.

Le DMichel Sylvain, neurologue pour enfants depuis 24 ans, a déjà raconté son récit de cette terrible journée plusieurs fois. D’abord pour les enquêteurs de la police de Québec, puis lors de l’enquête préliminaire. 

Malgré tout, au début du procès de Jonathan Falardeau-Laroche, 25  ans, accusé de négligence criminelle causant la mort, la voix douce du médecin se remplit de tristesse. 

«Ce n’est pas normal pour moi de venir témoigner contre mon patient», explique-t-il, tête baissée, sans regarder le jeune homme vêtu d’un habit sombre, assis à quelques mètres de lui.

Jonathan Falardeau-Laroche a consulté le DSylvain pour la première fois en 2003, à l’âge de neuf ans, après avoir vécu de curieux épisodes d’absence. Un diagnostic clair d’épilepsie partielle ne sera posé qu’en 2005 par le DSylvain. Le garçon de 11 ans commence alors à prendre de la médication.

À l’âge de 13 ans, Jonathan n’a plus eu de crise depuis deux ans. Le neurologue évoque un éventuel sevrage de la médication. Le Dr Sylvain témoigne qu’il voulait tester l’arrêt de la médication suffisamment en amont de l’âge de 16 ans, période de l’apprentissage de la conduite automobile. 

Jonathan arrêtera donc la médication en 2009. Il refera des crises en janvier 2012. Son père interdit au jeune homme de 17 ans de conduire et prend rendez-vous avec le neurologue. Lors de la consultation, quelques jours plus tard, le Dr Sylvain annonce à Jonathan qu’il ne pourra pas conduire pour les trois prochains mois, en conformité avec le règlement de la SAAQ.

En novembre 2013, patient et médecin conviennent de continuer le traitement.

Le Dr Sylvain ne reverra Jonathan qu’en juillet 2016, un mois avant le drame, quand le jeune homme l’aborde dans un corridor de l’urgence. «Il me dit qu’il ne va pas bien, il est inquiet», témoigne le neurologue.

Le rendez-vous est fixé au 10 août 2016 à 8h30. La rencontre à la clinique externe du CHUL commencera finalement à 9h20. 

Préoccupé, Jonathan Falardeau-Laroche décrit des épisodes où il se sent à l’extérieur du monde réel, où il prononce des phrases insensées. Puis, dit-il, il ressent une grande fatigue.

Le médecin constate avec regret une récidive de l’épilepsie. 

Le Dr Sylvain affirme que, pendant qu’il écrit, il lance au jeune homme, sur un ton mi-affirmatif, mi-interrogatif : «tu ne conduis pas, là». 

Hésitant, Jonathan bredouille un «non», puis ajoute qu’il conduit parfois dans la cour du garage où il travaille.

Le médecin assure qu’il a alors adopté un ton ferme, en regardant son patient droit dans les yeux. «Tu ne peux pas conduire et tu ne dois pas conduire», aurait-il dit.

Le jeune homme aura alors une réaction de colère, avec quelques jurons, qui montre au médecin qu’il a compris les conséquences de cette récidive. «Je perds mon permis», aurait-il lancé, dépité.

Jonathan quittera après 40 minutes de consultation, avec en poche une référence pour consulter un neurologue pour adultes, afin de vérifier s’il peut être candidat à une chirurgie.

Environ une heure plus tard, un médecin de l’Enfant-Jésus téléphone au Dr Sylvain pour lui annoncer que son patient est impliqué dans un accident mortel face au CHUL. «Lorsqu’il part, je n’ai aucun indice qui me fait croire qu’il ne suivra pas mes recommandations, répète le neurologue. J’ai confiance en lui et j’aime beaucoup ce garçon.»

Sous les yeux horrifiés de nombreux témoins, Marie-Pier Gagné a été percutée par la petite Rio conduite par Jonathan Falardeau-Laroche, le 10 août 2016.

Les circonstances des collisions

Les circonstances du tragique accident qui a coûté la vie à Marie-Pier Gagné ne font pas l’objet du litige. 

Le procureur de la Couronne Me Thomas Jacques n’aura pas mis plus de deux heures à les établir avec les déclarations écrites des témoins et le témoignage du technicien en scène d’accident de la police de Québec.

Vers 10h15, Marie-Pier Gagné et son conjoint traversaient le boulevard Laurier sur le passage réservé aux piétons après s’être rendus à un rendez-vous de suivi de grossesse. La jeune femme de 27 ans, habitant à Saint-Lambert-de-­Lauzon, était à ce moment enceinte de 40 semaines et deux jours.

Sous les yeux horrifiés de nombreux témoins, la jeune femme a été percutée par la petite Rio blanche conduite par Falardeau-Laroche. Le corps de Marie-Pier Gagné a été projeté dans les airs.

Le jeune conducteur a poursuivi sa route en direction ouest sur encore 330 mètres, jusqu’à l’avenue Germain-des-Prés, où il est entré en collision avec deux voitures.

De nombreux médecins et membres du personnel hospitalier sont sortis du CHUL pour porter secours à la jeune femme enceinte. Son décès a malheureusement été constaté quelques heures plus tard.

Les médecins ont réussi à accoucher la petite fille de Marie-Pier Gagné avec une césarienne d’urgence. La petite a eu une double fracture au crâne et fait une commotion. Elle a été transférée en avion dans un hôpital de Montréal. Une conductrice percutée par l’accusé a subi des fractures aux côtes.

Jonathan Falardeau-Laroche est aussi accusé de négligence criminelle causant des lésions au bébé et à la conductrice.

Ce matin-là, Marie-Pier Gagné traversait le boulevard Laurier sur le passage réservé aux piétons pour se rendre, avec son conjoint, à son rendez-vous de suivi de grossesse. Elle était à ce moment enceinte de 40 semaines et deux jours.

+

REQUÊTE EN ARRÊT DES PROCÉDURES

L’avocat de Jonathan Falardeau-Laroche, MSimon Roy, a déposé une requête en arrêt des procédures pour ce qu’il qualifie de faille importante dans la divulgation de preuve. Le neurologue Michel Sylvain a en effet détruit les notes manuscrites de sa consultation du 10 août 2016 avec son jeune patient. Le médecin a expliqué que lui, et la plupart de ses collègues, dit-il, procèdent ainsi puisque le contenu des notes manuscrites se retrouve dans son rapport de consultation. Pour cette atteinte au droit de l’accusé d’avoir une divulgation de preuve la plus complète possible, la défense demande au juge Pierre-L. Rousseau de la Cour du Québec d’exclure le témoignage du Dr Sylvain. L’accusé nie avoir été avisé par le médecin de ne pas conduire après la consultation. Le procès de Jonathan Falardeau-Laroche est prévu pour deux semaines. Plusieurs proches de Marie-Pier Gagné sont présents au procès. Son conjoint a toutefois choisi de ne pas assister aux procédures.